« « Erik goûtait peu les imprévus ». Or, ce soir-là, il allait être servi ! Parce que lui, le PDG d’une grande multinationale à qui tout semble réussir, se retrouve esseulé sur une route de campagne à court de téléphone, et les quatre fers en l’air dans un champ de purin. La scène d’ouverture est cocasse, la suite beaucoup moins : Erik est pris en auto-stop par une jeune femme, Fortuna qui l’invite à partager une tablée dans une maison « brinquebalante », en compagnie de trois amies que les convictions plus ou moins malignes poussent à jouer au jeu de l’accusé. Car Erik est forcément coupable de quelque chose… Fortuna et son « charme vénéneux », aidée de Gwendoline, Alizée et Fernande va donc passer Erik au crible, dans un interrogatoire sans pitié, à traquer ses moindres petites failles. « Confiez-nous vos pires actions, celles qui vous font honte et que vous avez dissimulées » : voici l’entrée en matière diabolique de ce quatuor disposé à en découdre. Et lui de sauter à pieds joints dans ce piège farfelu et si bien tendu, débitant avec vaillance coups bas, infidélités, travers, broutilles, délits mineurs et majeurs… Au gré du repas, les langues se délient et le réquisitoire n’en est que plus croustillant pour l’accusation comme pour le lecteur, qui assiste impuissant à la dégringolade du PDG aux allures irréprochables, magnat de l’industrie phytosanitaire aux pratiques frauduleuses. L’intérêt de ce livre réside tout entier dans l’expérience du jeu collectif et des multiples retournements : on pense faire le procès d’un adultère, puis d’un meurtre alors même qu’on bascule quelques lignes plus loin dans une histoire encore plus sordide, pour l’humain et la planète. De sa plume acérée, Layaz fait usage avec délice : on se délecte des tirades éblouissantes de la procureure et l’avocate, on compatit ou l’on doute de ces personnages assurés de leur bon droit — des justicières au héros à l’éthique plus que douteuse —, et on se laisse doucement happer par ce huis-clos haletant, qui reprend magistralement les codes de Dürrenmatt. A découvrir sur nos tables dès cet automne ! »