parution novembre 2016
ISBN 978-2-88927-369-0
nb de pages 450
format du livre 140x210 mm

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Matthias Zschokke

Trois saisons à Venise

Traduit de l'allemand par Isabelle Rüf

résumé

En 2012, Matthias Zschokke passe trois saisons à Venise, invité par une discrète fondation suisse qui met à sa disposition un appartement au cœur de la ville. De sa résidence, il écrit quotidiennement à son frère, à sa tante de Palerme, à son éditeur, à sa traductrice, à une chanteuse d’opéra, à une directrice de musée, à son fidèle ami de Cologne, parmi d'autres de ses connaissances et relations professionnelles. Ces lettres par mail s’enchaînent comme un roman dense, drôle, désopilant même, qui donne à voir Venise à travers un kaléidoscope malicieux et philosophique.

Zschokke note, raconte, commente avec passion tout ce qu’il voit, entend ou sent. Les touristes ne le dérangent pas, ils sont amusants à observer, avec les murs et les canaux qu’ils longent, les piazzette où ils se serrent, les palazzi, les musées, le Lido, les ponts. Lui, le résident, zigzague à travers eux, relève leurs particularités avec une hilarité joyeuse. La beauté de Venise l’empêche de travailler, la déambulation continuelle devient une drogue d’où surgissent les scènes les plus mélancoliques et les plus humoristiques.

biographie

Matthias Zschokke, né à Berne en 1954, a d’abord choisi une carrière de comédien. Mais les quelques années qu’il passera au Schauspielhaus de Bochum, dirigé à l'époque par Peter Zadek, le convaincront à tout jamais qu'il n'est pas fait pour cet art-là. En 1980, il part s'installer à Berlin et se lance à corps perdu dans trois autres activités artistiques, écrivain, dramaturge et cinéaste.

Ces trois professions, il les mène de front, "comme on assaille une forteresse, en attaquant de tous les côtés". Jour après jour, il se rend dans une usine désaffectée où il dispose d'un étage entier pour réfléchir au monde qui l'entoure. C’est là qu’il écrit six œuvres en prose, sept pièces de théâtre et trois films. Des œuvres que la critique, immédiatement séduite par son style reconnaissable entre mille, commente et encense abondamment, à commencer par Max, son premier roman, qui lui vaudra le Prix Robert Walser en 1981. Cinq ans plus tard, son talent du cinéaste lui vaut le Prix de la Critique allemande pour son film Edvige Scimitt. Puis en 1989, tandis que la prestigieuse revue théâtrale allemande Theater heute l’élit meilleur jeune auteur de l’année après la création de sa pièce Brut à Bonn, son second film, Der wilde Mann, se voit primé à Berne.

Prix Gerhard Hauptmann en 1992 pour sa pièce Die Alphabeten, et plus récemment, Grand Prix bernois de littérature pour l'ensemble de son œuvre, Matthias Zschokke est l'unique écrivain de langue allemande à avoir reçu le prix Femina étranger, pour Maurice à la poule, en 2009. Il n'a pourtant jamais été un auteur "en vogue". Son nid, c'est en marge des phénomènes de mode en tous genres qu'il a choisi de le faire et c'est de là qu'il observe le monde. 

La Cause littéraire

"...le plaisir d’un tel récit ? Outre celui de la claire et légère traduction d’Isabelle Rüf, celui encore d’un écrivain qui, sous couvert d’un mécénat littéraire d’apparence innocente, le plonge, lui, cet être bizarre, souvent en retrait parce que tourmenté, incertain de chacun de ses mots, dans un réel faussement réel : le réel de la Venise quotidienne, avec ses marchés aux légumes et aux poissons, ses marchandises arrivant par canaux, sa vie secrète et parfois visible dans d’étranges cérémonies religieuses où règne la saveur de la mort en des églises retirées, sa cuisine singulière et toujours à découvrir, ses petits bars discrets où l’on peut aller au-delà de la grappa en guise d’alcools… Et dans un autre réel, qui paraît artificiel, voire irréel, celui de la Venise touristique, avec ses rues envahies, ses canaux encombrés, jusque par d’immenses paquebots accélérateurs de la destruction des soubassements de ses immeubles. Jeté dans ce maelstrom des merveilles, il arrive à M.Z. de se réfugier devant son écran de télévision pour regarder un match de football et de s’y chagriner un instant de la défaite d’une équipe allemande. Cela peut étonner, mais c’est ainsi. Le Lido, les îles vénitiennes, la découverte d’églises, de chapelles, de palais inouïs, cela comble le temps, occupation qu’on imaginerait de peu d’intérêt si l’on ne savait qu’elle suffit à nourrir en premier lieu ce récit de voyage à l’ancienne, un brin XIXe siècle, et probablement d’autres livres à venir, dont peut-être M.Z. n’a encore rien imaginé. C’est ainsi que fonctionne la littérature lorsqu’elle n’est pas entièrement dictée par une programmation des profits ou un plan de carrière établi. Car c’est ainsi, qu’en dépit d’apparences trompeuses, travaillent les authentiques écrivains lorsqu’ils font escale à Venise ou ailleurs" Michel Host

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le Lorgnon mélancolique

"...un roman épistolaire dense, drôle qui donne à voir la Sérénissime à travers un kaléidoscope d’observations malicieuses et un rien philosophiques. Rien n’échappe à l’œil aussi chagrin qu’émerveillé de Zschokke (...)
Ces notations qui varient au gré des jours, du temps climatique et d’une humeur variable inscrivent en creux un portrait de Matthias Zschokke qui, exorcisant sa honte de profiteur gavé de beauté, s’efforce de remplir noblement sa mission d’écrivain en résidence.
Amusante et mélancolique, élégante et poétique cette correspondance à sens unique (les réponses des destinataires restent confidentielles) peut fièrement figurer parmi les conseils de lecture à côté des guides de voyage. Dans cette écrasante coopérative de chefs-d’œuvre qu’est Venise, Matthias Zschokke nous fait faire un pas de côté pour nous révéler avec maestria – loin des habituels et fatiguants clichés – la perturbante familiarité de ce que l’on voit pour la première fois: une vraie ville. (...)" Patrick Corneau

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En attendant Nadeau

"...un livre d’une drôlerie invasive et d’un humour pince-sans-rire comme on le pratique en général oralement (...)" Cécile Dutheil

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Le Courrier

"... on suit [Matthias Zschokke] avec (...) ravissement dans ses pérégrinations, ses messages formant peu à peu un roman dense et captivant. (...) [L]e regard qu’il pose sur ce qui l’entoure est aussi ému et profond que malicieux. Il excelle à repérer le comique de certaines situations, tandis que son sens de l’autodérision et sa prose aérienne autorisent toutes les audaces. On rit beaucoup, à la lecture de ces saisons vénitiennes. Entre humour et mélancolie, c’est ainsi toute une manière d’être au monde qui se déchiffre au fil de l’apparente banalité des jours. (...) [I]l est par ailleurs souvent question de livres, de films, d’émissions, de critiques et d’écrivains que Matthias Zschokke encense ou épingle avec la même liberté, dévoilant au passage sa vision de l’écriture, de la vie littéraire ou du rôle public de l’écrivain. (...)" Anne Pitteloud

Le Monde

"... Montaigne à l'heure du courriel. Un Montaigne en vacances, "loin de son Moi normal". Qui s'étudierait comme on étudie un arbre ou un meuble. Et dont les sujets seraient différents selon les interlocuteurs...: voilà donc l'histoire d'un ouvrage qui ne ressemble pas aux autres. Ni agents, ni enchères, ni avances phénoménales. Ni strass ni paillettes. Juste une bonne messagerie électronique dans un décor de rêve. Et l'art d'être soi-même la matière de son livre. (...)" Florence Noiville

Le Figaro Littéraire

"... Entre deux réflexions sur la littérature et l'écriture ou entre deux soucis domestiques, Zschokke nous fait découvrir son amour grandissant pour l'ex-Sérénissime, avec des mots que n'aurait pas désavoués un Henry James (...)." T.C.

Le Temps

"... Trois saisons à Venise est une collection d'instantanés. Rien de clinquant ni de grandiloquent. (...) Non sans autodérision, [Matthias Zschokke] se met en scène aux prises avec [d]es ennuis mineurs. (...) Néanmoins, c'est dans la miniature comique que Matthias Zschokke réjouit le plus. (...) Et après tout, c'est bien un livre, drôle et vivant, qu'aujourd'hui nous tenons entre nos mains." Éléonore Sulser

"Trois saisons à Venise" dans "Le Temps"

"le livre court sur six mois de résidence littéraire à Venise, à l’invitation d’une fondation suisse. Matthias Zschokke reproduit les mails qu’il envoie, pendant cette période, à toute une série de gens – familles, amis, éditeurs, traductrice. Unité de lieu, temps circonscrit, variété de destinataires, on ne suit plus la vie d’un écrivain suisse qui vit à Berlin et se raconte au jour le jour à un ami, mais on s’installe, avec lui, dans une ville dont la féerie enchante." Isabelle Rüf

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La Tribune de Genève

"...Moins correspondance (...) que journal de bord adressé. Voire partition musicale lancée à la lagune par un Vivaldi contemporain [à] la plume allègre et mordante. (...)"  Katia Berger

Le blog de Fabien Ribery

"... Entrecoupés de notations sur la Syrie (de la responsabilité occidentale dans la déstabilisation du régime, peut-être), et d’incessantes choses vues (la fête du Redentore, le prix des plats, des musées…), Trois saisons à Venise fait souvent mouche, tant la lucidité de l’écrivain, jusque dans les anecdotes apparemment insignifiantes, y est à l’œuvre sans relâche. (...) Livre à lire dans la continuité ou au hasard, en concentrant son attention sur les premières pages (« Qui connaît les premières pages connaît tout le livre ») ou les dernières, Trois saisons à Venise exerce une force magnétique drapée de drôlerie, et invite à cesser toutes affaires supposément urgentes pour un départ dans l’heure vers la noble cité sise à l’Orient. (...)"

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Télérama

"...Amusante et désespérée, cette correspondance à sens unique (les ré- ponses des destinataires restent confidentielles) ne tardera pas à figurer parmi les conseils de lecture des guides de voyage sur Venise. Rien n'échappe à l'oeil aussi ronchon que ravi de Zschokke. (...)" Marine Landrot

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Livres Hebdo

"... [Matthias Zschokke] nous fait rire (...) avec ses petits côtés vieux ronchon fauché, jaloux, frustré du succès, (...) qui cohabitent avec un esprit féroce exprimé dans des jugements tranchés, une façon expéditive de déboulonner les idoles (...), des fermes partis pris littéraires (...)" Véronique Rossignol

Henri IV

Matthias Zschokke nous raconte la Sérénissime au quotidien. Un récit épistolaire drôle et joyeux. Le roman parfait pour se donner envie d'y aller ou d'y retourner.

Le Gros Poète

Berlin, début des années 1990. Le héros de Matthias Zschokke, un gros poète débonnaire, croit devoir écrire le grand roman de la capitale allemande réunifiée. Mais ce n'est pas son registre. Il préfère quand rien ne se passe, les histoires ordinaires qui révèlent nos failles et celles de la société. Pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, pour obéir à un petit elfe insatiable qui le supplie de lui raconter "quelque chose de beau", il convoque des souvenirs d'enfance, décrit son travail vain et quotidien, s'inquiète du temps qui file. Puis, il en meurt, sans faire de bruit. Dans ce roman paru il y a 25 ans perce déjà la profonde mélancolie de Matthias Zschokke. À sa manière incomparable, élégante et allusive, il interroge le roman engagé, la réussite sociale, le couple, la sexualité enfantine, tous thèmes dont l'actualité n'est pas à démontrer.

Quand les nuages poursuivent les corneilles

Matthias Zschokke ne donne jamais à ses héros des facultés hors normes qui attireraient un regard admiratif ou envieux. Au contraire : il les place au niveau du lecteur et se met lui-même à côté d’eux, il les observe dans leur vie quotidienne, avec le plus grand étonnement.

Dans Quand les nuages poursuivent les corneilles, le héros se repose quand il est rassasié et se relève quand il a faim. Il aime que la femme avec qui il vit soit là à ses côtés. Pourtant, les grandes questions du destin ne lui sont pas épargnées : sa vieille mère et son ami de toujours lui demandent de mettre fin à leurs jours. Pour les aider, il envisage un hold-up improbable puis tente de monter une pièce de théâtre, mais c’est sans compter l’essentiel : boire des cafés, regarder vivre les gens et les canards, manger du fromage. Et surtout, contempler des lambeaux de nuage qui poursuivent des corneilles.

L'Homme qui avait deux yeux

L’Homme aux deux yeux est à la fois le roman d’aventures d’un héros moderne et la mise en scène d’un monde aussi noir que vide de sens. Dans cette histoire, Matthias Zschokke est acerbe contre la société d’aujourd’hui et sa diatribe est ici brillante.

L’homme qui avait deux yeux se distingue à peine des autres, visage, cheveux, vêtements et mallette couleur sable. Il perd sa femme, son chat, son travail de chroniqueur judiciaire, son appartement dans la capitale. A cinquante-six ans, il s’en va à Harenberg, une petite ville de province dont la femme avec qui il vivait lui a recommandé les bienfaits.

Tout au long de sa lente marche vers la grisaille, le dénuement et la mort possible ou souhaitée, ses souvenirs lui apparaissent, aussi attendrissants que fâcheux, ses révoltes éclatent dans des formulations caustiques, mais son corps a encore besoin de chaleur. A Harenberg Rosaura, qui tient un bar et accepte de longs diaogues, lui offre de curieux plaisirs.

 

Ce roman raconte en filigrane une histoire d’amour avec «la femme qui préférait se taire», celle qui chantait dans la même chorale au temps de leur jeunesse.

Matthias Zschokke est passé maître dans l’art de raconter de petits riens en les tirant à hue et à dia jusqu’à ce qu’ils apparaissent dans une lumière étrange où ils perdent leur évidence et nous étonnent.

Nous sommes là devant un diamant noir.

Courriers de Berlin

 

Courriers de Berlin est à la fois une curiosité et une première car il est fait de mille cinq cents mails envoyés par l’auteur à son meilleur ami, d’octobre 2002 à juillet 2009.

Matthias Zschokke est mélancolique, les hauts et les bas de son humeur s’enchaînent à une vitesse vertigineuse. Ses messages laissent deviner un interlocuteur bourru, emporté, plus acerbe encore que lui-même; tous deux aiment la littérature, le théâtre, l’opéra, le cinéma et la télévision, ainsi que les voyages, les restaurants et les parfums. Les livres qu’ils lisent, les spectacles qu’ils voient suscitent des avis féroces, Courriers de Berlin est un essai monumental sur la culture d’aujourd’hui et ses fabricants.

C’est aussi un livre sur l’amitié.

La critique allemande a été unanime à reconnaître dans ce texte une œuvre pleine d’humour au style aérien.

 

 

 

Amman, New York, Berlin et autres... Extraits audios de Circulations lus par Gilles Tschudi

Ces extraits mènent l’auditeur de Berlin à New York en passant par les Alpes, Budapest et Amman. Journal de voyage ou guide touristique, en tout cas un grand portrait de nos espaces de vie, à la façon des grands auteurs du XIXe siècle qui décrivaient aussi bien paysages, auberges, que les hommes et les femmes y vivant. Sur la route, le lecteur partage avec le promeneur solitaire moderne qu’est Matthias Zschokke des moments de grande jubilation et des instants d’extrême mélancolie. 

 

 

Gilles Tschudi, comédien à la haute précision, aime le regard candide et philosophe que Matthias Zschokke porte sur le monde. Il nous fait voyager avec l’auteur dans un juste mélange de douceur et d’ironie.

Circulations

Amman, Budapest, Baden-Baden, Saint-Luc, New York, et en entrée, Berlin. De la ville omniprésente dans son œuvre, Matthias Zschokke nous entraîne dans le vaste monde. Avec son sens si aiguisé de l’observation et son regard plein d’humour et d’empathie, il nous guide de mégapoles en coins perdus, saute de l’une à l’autre au fil des mots.

Plus que le voyage, c’est le génie des lieux qui l’intéresse, comme des personnages qui se révèlent peu à peu. Et même si le lecteur peut puiser dans cet ouvrage quelques bonnes adresses, il s’agit avant tout ici de littérature. La subjectivité et la poésie qui habitent cette mosaïque de petits récits ne laissent aucun doute sur la nature de cette invitation au voyage.

 

Maurice à la poule

Maurice passe ses jours dans son bureau du quartier nord de Berlin, là où débarquent les habitants de l’Est, une zone déclarée «sensible». Il écrit à son ami et associé Hamid à Genève, le plus souvent il ne fait rien. De l’autre côté de la cloison, quelqu’un joue du violoncelle, cela l’apaise, mais il ne réussit pas à dénicher le musicien tant le dédale des immeubles est inextricable. Il fréquente souvent le Café Solitaire, la Papeterie de Carole, passe devant le Bar à Films de Jacqueline, des lieux dont les propriétaires changent souvent pour cause de faillite.

Dans ce roman fait de détails, d’esquisses et de lettres, Zschokke met en scène des existences sans gloire, des êtres blessés par la vie, pour qui il nourrit une tendresse sans limites.

La Commissaire chantante, L'Invitation, L'Ami riche

Si les personnages du théâtre de Matthias Zschokke sont des adeptes de l’autodérision, si leur esprit est férocement perspicace et lucide, ils restent capables de grandes amours et sont au fond des romantiques. C’est tout l’art de Matthias Zschokke. Il ressort de ses pièces un esprit sombre peut-être, mais aussi tendre, espiègle et brillant. La Commissaire chantante sait raconter des histoires comme personne et sa maladresse est bien plus charmante que désespérante ; L’Ami riche incarne moins un espoir dérisoire que l’espérance réelle d’un changement fondamental ; et les protagonistes de L’Invitation pratiquent l’art de ne pas tricher dans un contexte de convenances sociales qu’ils sont tous incapables d’adopter.

Les trois pièces réunies dans ce livre sont d’une profonde humanité, notre désir d’être aimé y est omniprésent. L’élégance mélancolique de la langue de Zschokke permet à ce théâtre de se lire comme de la littérature de fiction.

Max (2005, Zoé poche)

Max

 

« Max est devenu acteur. Mais il ne l’est plus depuis longtemps. Le théâtre est un pays froid. D’innombrables fois, il a tenté de le quitter. Il se tenait à l’arrière de cet iceberg, à moitié dans l’eau, car pour quitter l’esquif, il faut se tenir au bord. Du regard, il cherchait des possibilités plus aimables, et quand quelque chose apparaissait dans le lointain, il fléchissait les genoux, prêt à sauter, plein d’espoir, mais ça n’en valait jamais la peine car les autres icebergs étaient très ressemblants, et ainsi il tendait, il détendait, tendait, et entre-temps il attrapa un sérieux rhume. »

Max (1988)

Max

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/max-2

extrait

Début janvier, dans sa boîte, une lettre. Une fondation culturelle lui demandait s’il aurait l’envie et le temps de résider six mois avec sa famille dans un appartement vénitien. Tout serait pris en charge. Une femme, sur place, lui remettrait les clefs et s’occuperait de tous les problèmes pratiques qui pourraient surgir.

Il n’avait pas de famille. Des amis, il ne lui en restait plus beaucoup non plus depuis que le bruit s’était répandu que la chance le favorisait d’une manière inquiétante. Il craignait que cette invitation à Venise soit considérée comme une preuve supplémentaire de cette chance supposée, ce qui inciterait ses dernières connaissances à rompre tout contact avec lui – « à se détourner de lui avec horreur ». Pourtant I., la femme avec laquelle il vivait à Berlin, trouvait que c’étaient des bêtises. Elle ne craignait pas la jalousie des dieux. L’idée de passer six mois à Venise lui plaisait. « Partout tu trouveras mieux que la mort », lui dit-elle. Aussi accepta-t-il l’invitation.

 

01.06.

Dernier mail de Berlin à son ami de Cologne,

ce que je veux savoir, ce n’est pas ce qu’on fait en cas de piqûre (compresses de vinaigre, acide citrique, salive de maman, blanc d’œuf – ou pommade de silicium, etc.) mais, une fois pour toutes, comment éviter de me faire assaillir toute la nuit  par des bourdonnements: bouquets de lavande dans la chambre, citronniers devant la fenêtre, cadavre de chat sur le rebord de la fenêtre, entretenir des chauves-souris domestiques, laisser la lumière allumée, garder les fenêtres fermées, se coucher dans les courants d’air, se frictionner à l’alcool, avec de l’huile de foie de morue ? Qu’est-ce qui empêchera les moustiques de bourdonner à mon oreille et de me maintenir éveillé ? Dès demain, il me faut connaître la réponse.

 

02.06.

Premier mail de Venise à l’ami de Cologne,

à peine branché, j’y étais déjà. Un mystère vénitien. Pas la moindre petite boîte à allumer. Simplement brancher l’ordinateur, l’allumer – et on y est.

Stupéfiant ! Après avoir poussé la porte de l’appartement, je suis resté cloué, j’ai ouvert la bouche pour crier quelque chose d’approprié, mais rien ne m’est venu à l’esprit, aussi me suis-je tu, j’ai posé les valises sur le sol et bouche ouverte – j’avais oublié de la fermer – j’ai traversé l’entrée jusqu’à la façade vitrée, j’ai regardé au-delà des canaux qui se croisent devant la maison et je n’ai plus bougé. Puis je suis retourné à mes valises, les ai posées sur une table sans mot dire, rangé les affaires dans les armoires, branché l’ordinateur, me suis assis devant sur une chaise – et je n’y tiens pas à rester assis ici et à t’écrire. En bas et dehors, tout de suite.

 

/2

Juste au coin à gauche, en bas, il y a un coiffeur. Par la fenêtre, je l’ai vu travailler, un jeune homme. Il s’appelle Valon. C’est lui qui me coupera les cheveux. Il a des boucles aile de corbeau et une peau très claire. Dans son enfance, il a sûrement fait le zanzarotto (j’ai lu qu’à Venise de pâles garçons se tiennent à deux devant les fenêtres ouvertes des palais, face aux salles, en livrée, le dos nu pour attirer les moustiques – les zanzare – et les capturer avec leur sang sucré ; des zanzarotti, donc ; Valon en était certainement un).

J’ai tenu le coup sur environ deux cents mètres, puis mes pieds se sont soulevés du sol et j’ai commencé à planer. Je ne resterai pas une seconde de trop ici dans l’appartement, assis sur une chaise, à ma table ! Je sortirai chaque fois que ce sera possible – ce qui me fera finir dans le caniveau : une bière sur la piazzetta coûtait… Ah, peu importe ce que ça coûte, je ne peux pas faire autrement, il me faut redescendre immédiatement et aller en boire encore une.

 

A la femme qui s’occupe de l’appartement,

savez-vous comment on fait fonctionner la télévision ? A vrai dire, il y a plusieurs modes d’emploi et une feuille manuscrite à côté de l’appareil, mais peu importe comment je l’allume, il ne se passe rien sur l’écran. Tout est branché et la prise est bien enfoncée, on peut visionner des DVD, mais regarder la télévision, ce n’est pas possible.

 

03.06.

A l’ami de Cologne,

du point de vue technique, tout a marché du premier coup, du point de vue de la technique existentielle, non. Coucher dans un lit inhabituel me met au martyre. En plus, cette nuit, un moustique bourdonnait effectivement à mon oreille. Par la présente, j’envisage de déclarer que l’expérience est un échec et de rentrer à Berlin. Pas à cause du moustique. A cause du dos tordu non plus. Seulement à cause des finances. Je ne peux pas me permettre Venise Ici, impossible d’avoir envie de boire un café, un apéritif, de lécher une glace, de manger dehors. Tout ça est hors de prix. Qu’ai-je à faire ici ? A Berlin, c’est beaucoup plus facile de n’avoir droit à rien. Là-bas, j’ai mon fauteuil et un climat qui ne permet que de lire, de penser et de se languir d’un ailleurs.

Si je restais, je devrais descendre et remonter plusieurs fois par jour ce qu’on appelle un escalier da Vinci, un escalier sur lequel, avant mon arrivée, il paraît qu’une femme d’un certain âge a glissé et s’est presque tuée. Depuis lors, à l’intérieur de la porte d’entrée, figure : Attenzione ! Scala pericolosa. Chaque locataire de la maison – haute de cinq étages si l’on compte le galetas aménagé – a sa propre entrée avec sa propre cage d’escalier. Même après longue réflexion, je ne parviens pas à me représenter dans l’espace comment les escaliers sont conçus et construits les uns autour des autres. On leur donne le nom de Leonardo da Vinci car, comme me l’a expliqué la femme qui s’occupe de l’appartement, il serait le premier à avoir conçu des cages d’escaliers aussi complexes. Elles semblent avoir répondu au besoin d’une certaine classe de Vénitiens qui, à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècles, n’avaient pas les moyens de s’offrir tout un palais rien que pour eux. Ils ont constitué des propriétés collectives et fait édifier des immeubles d’habitation. Pour se distinguer des minables qui vivaient entassés dans des cages à lapins, ils se sont offert le luxe d’entrées individuelles.

I. et moi habitons au troisième étage. Depuis la petite place devant la maison, nous pénétrons par notre propre porte d’entrée dans notre propre cage d’escalier. Les appartements au-dessus et au-dessous ont également leur propre porte d’entrée et leur propre cage d’escalier. Les escaliers s’enroulent mystérieusement les uns autour des autres, relativement raides, les marches lissées par un long usage. Dans l’aile arrière, une grande cuisine avec une table pour huit à dix personnes attend qu’on s’en serve ; nous n’y avons pas encore mis les pieds.

Dans les bars, le café est très bon. Au comptoir – au fond la plus noble façon de boire un expresso, qui m’est hélas interdite car mes jambes sont toujours fatiguées quand j’arrive dans un bar – la petite tasse coûte quatre-vingt-dix centimes ; c’est sympathique. Qui veut s’asseoir paie le double.