parution avril 2021
ISBN 978-2-88927-893-0
nb de pages 128
format du livre 105 x 165 mm

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Gustave Roud

Essai pour un paradis suivi de Pour un moissonneur

résumé

Pour un moissonneur paraît en 1941, un peu moins de dix ans le séparent d’Essai pour un paradis : deux jalons dans l’œuvre du poète Gustave Roud (1897-1976), réunis ici pour la première fois et ponctués de photographies de l’auteur. Dédiant l’un et l’autre recueil à un ami paysan, le narrateur dit autant l’amour qui le porte vers lui que la distance qui l’en sépare, avant le nécessaire retour à la solitude : le paradis traversé, pour le poète, n’a nulle permanence.

Préface de Maryline Desbiolles

biographie

Poète, Gustave Roud (1897-1976) est l’auteur d’une œuvre rare. Les trois volumes d’Écrits, publiés par Philippe Jaccottet en 1978, qui rassemblent l’ensemble de son œuvre poétique, sont de plus en plus lus. Ses textes poétiques répondent à des préoccupations contemporaines via une écriture d’une grande pureté classique : L’imaginaire roudien séduit les amateurs de poésie mais intéresse aussi les champs suivants : écocritique, géographie littéraire, études sur le paysage, ou encore queer studies.

Le Matricule des anges

"À la fois humble et douloureuse, éperdue et blessée, l’œuvre de Gustave Roud, l’un des grands noms de la littérature de Suisse romande, a quelque chose de bouleversant. Comme poète et comme homme, c’est un être à l’écart, qui restera fidèle à la ferme familiale, sur les hauts plateaux du Jorat, dans le canton de Vaud. (…)

[Ce] livre n’est qu’ondoiement du sensible, entremêlement d’imaginaire et d’énergies latentes, fragrances et saveurs. À l’image de l’art qu’a Gustave Roud de transfigurer le pâtir en instants paradisiaques." Richard Blin

La Librairie francophone

"C’est un pur délice, qu’on peut accompagner du livre Là-bas août est un mois d’automne, de Bruno Pellegrino, qui a si merveilleusement décrit le monde de Gustave Roud. Ce sont des livres beaux, poétiques, tous les deux en poche chez Zoé, donc à trimballer partout pour s’évader !" Dominique Bressoud

Une émission à retrouver en entier ici

Le Monde

"La nuit a laissé, en gouttelettes, un peu du brillant de ses étoiles dans les pâtures. Au matin, tôt, il se forme une buée éphémère. Le paysage respire. Lire Gustave Roud (1897-1976), c’est se laisser aller à la contemplation. Permettre qu'au fond de soi tressaille l'émotion pure d'être simplement au monde, d'être vivant au monde." Xavier Houssin

Terre et Nature

"Imprégnée de ces espaces où l’esprit s’emballe comme la bise, la langue de Roud chante ses propres ardeurs, vers la figure idéalisée du laboureur Aimé autant que vers ce paradis né d’un travail dont il ne se lasse pas de décrire la nature spirituelle et sensuelle. Une marche méditative et disponible au monde, dont le lecteur épouse irrésistiblement le rythme et la mélancolie, porté par la beauté d’une langue qui en fait oublier le caractère un peu suranné." Blaise Guignard

Une petite prose

"C’est un pur délice, qu’on peut accompagner du livre Là-bas août est un mois d’automne, de Bruno Pellegrino, qui a si merveilleusement décrit le monde de Gustave Roud. Ce sont des livres beaux, poétiques, tous les deux en poche chez Zoé, donc à trimballer partout pour s’évader !" Dominique Bressoud

Le Divan

"La campagne romande vue par Gustave Roud: sublimes textes en prose, paysages et paysans, douloureuse nostalgie et joie d'être de ce monde. Extraordinaire !"

Oeuvres complètes (2022, domaine français)

Oeuvres complètes

Grand marcheur, déchiffreur infatigable du Jorat, cette région de plaine et de collines où il a vécu toute sa vie, Roud a suscité de son vivant l’admiration de ses lecteurs et de ses pairs, qui tous ont souligné le caractère envoûtant de sa prose lyrique.   Gustave Roud regarde la nature à l’œil nu, et la nature ne le distrait pas, commente par exemple Jean Paulhan en 1957. Le poète ne considère pas la campagne de l’extérieur : il entretient une relation intime, intense, avec le vivant – arbres et fleurs, forêts, champs et prairies, oiseaux et bêtes sauvages, ciel et constellations, étangs et rivières. Parlant des paysages, des saisons, des gestes et des corps des paysans, ses textes témoignent de la quête d’un paradis immanent. À la fois chant du monde et méditation sur la fin de la ruralité traditionnelle, la poésie de Roud apparaît aujourd’hui comme précurseur des écritures contemporaines qui tentent de renouer le lien défait entre l’humain, son habitat terrestre et les vies qui le peuplent. Cette édition critique des Œuvres complètes rassemble, en quatre volumes enrichis d’un choix de photographies de Roud, la production littéraire du poète (vol. I), du traducteur (vol. II), de l’auteur du Journal (vol. III), du critique littéraire et du critique d’art (vol. IV). Elle rend compte du rôle majeur que Roud a joué dans la vie culturelle de son époque, comme collaborateur et rédacteur pour divers éditeurs, Henry-Louis Mermod et la Guilde du livre notamment, ainsi que pour des revues littéraires ou destinées au grand public. Assortie d’index, pourvue d’introductions, de notices et de notes qui exploitent la riche documentation archivistique et historique conservée en particulier dans les fonds du Centre des littératures en Suisse romande (Université de Lausanne), l’édition, qui propose des textes inédits dans chaque volume, permet de satisfaire les intérêts et curiosités multiples que suscite l’œuvre de Gustave Roud, aussi bien auprès des amateurs de poésie que des chercheurs en littérature du XXe  siècle.

Les Œuvres complètes de Gustave Roud se présentent sous la forme d’un coffret de quatre volumes comptant 5120 pages, 90 photos couleurs et de très nombreuses illustrations noir blanc.

Le volume 1 (1456 pages) comprend les œuvres poétiques : recueils, textes publiés en revue et textes inédits.

Le volume 2 (1088 pages) rassemble l’essentiel des Traductions : recueils consacrés à Novalis, Hölderlin, Rilke, Trakl dont Roud est un des premiers traducteurs en français; traductions publiées en revue ou dans des volumes collectifs – notamment de Wilhelm Müller, Goethe, Clemens Brentano, Hildegard von Bingen ou encore Eugenio Montale.

Le volume 3 (1280 pages) livre les notes de journal (1916-1976) dans toute leur diversité archivistique – feuillets épars, manuscrits et dactylogrammes, carnets, cahiers, agendas. Événements du jour, réflexions sur soi, descriptions de paysages, projets, propos sur l’art, poèmes…

Le volume 4 (1296 pages) réunit l’ensemble des articles et études critiques que Roud a consacrés, tout au long de sa vie, à des poètes, écrivains et peintres, le plus souvent contemporains.

Bruno Pellegrino, Julien Burri, Alessio Christen, Raphaëlle Lacord, Stéphane Pétermann et Elena Spadini, sous la direction de Claire Jaquier et Daniel Maggetti

Air de la solitude

Publié en 1945, Air de la solitude rassemble des textes parus en revue à partir de la fin des années 1920. Soigneusement sélectionnés et arrangés, ils forment une suite au long des saisons, d’un automne au suivant. Livre de la maturité, c’est l’un des recueils les plus importants du poète Gustave Roud (1897-1976), qui y formule « d’inquiètes questions sans cesse reprises », selon le mot de Philippe Jaccottet.

Préface de Marie-Hélène Lafon

Adieu/requiem (1997, Minizoé)

Adieu/requiem

Le poète Gustave Roud (1897-1976) a passé toute sa vie à Carrouge, dans le canton de Vaud. L' "ancien monde paysan", les paysages du Jorat constituent la matière poétique de son œuvre. Deux de ses recueils pourtant – le premier, Adieu (1927), et l'avant-dernier, Requiem (1967) – sont moins une salutation du monde qu'un appel adressé aux êtres chers. Dans Adieu, c'est Aimé, le "frère vivant", qui est interpellé, puis abandonné. Dans Requiem, le poète dédie à sa mère morte un chant qui lui permet d'accéder au "seuil des retrouvailles".

Postface de Claire Jaquier

Correspondance 1939-1976 (1993, domaine français)

Correspondance 1939-1976

Essai pour un paradis suivi de Pour un moissonneur: extrait

I

Nuit

 

 

Parler de soi… Un nuage pourrait-il le faire, commencer un « je suis » à l’instant même où, penché sur le brasier du soleil moribond, de mouvante vapeur il se mue en flamme, puis flotte en nappe de cendre sur la terre endormie ? Son être est à la merci d’un rayon, d’un frisson de la mer aérienne ; toutes ses métamorphoses, et même les plus secrètes, jusqu’à la subite glace en son sein, toute forme lui est donnée… En vérité, s’il tente, lui, le seul léger parmi tout ce qui pèse, de dire non l’impossible « je suis », mais au moins un « j’étais » – ce lien entre ses successives apparences – oserait-on lui reprocher son orgueil ? Quand le monde entier maintient sans une seconde d’oubli entre vous et lui l’infranchissable, comment parler des autres ? Là serait l’orgueil, et le pire, – tandis que les paroles sur soi-même à voix basse de l’homme oublié, tout de suite reprises par le silence, forment peut-être un acte de véritable humilité.

Nuage pour une heure suspendu sur le monde, tu deviens sans cesse et tu ne peux être ; sable céleste d’où les vents s’amusent à tirer d’un doigt transparent les figures les plus contradictoires, comme tu ressembles soudain à un visage d’homme aux joues en feu, penché sur cette terre qu’il a jadis connue et pénétrée – et qui se sent bientôt précipité vers elle pour de nouvelles noces mensongères ! Tu regardes entre les plaines assombries le lacs miroitant de tes anciennes présences, tu dis : « J’étais fleuve, j’étais vapeur, j’étais aux rameaux nus diamant d’une aurore, j’étais nuée… – Ah, que m’importerait de ne pouvoir connaître que moi-même, si du moins cette connaissance m’était enfin donnée ! Mais qui me lie à ce que j’étais ? La nuit monte, et déjà je suis traversé par le plus faible luisant de lune, moi qui, siégeant avec majesté au centre même du ciel, rendais au monde menacé par le soleil perdu toute sa brûlante lumière. Qu’est-ce que cet abîme sans cesse rouvert entre moi-même et moi-même ? Ma solitude pourrait être toute-puissante, contraindre l’univers à composer avec elle, l’accueillir même à la manière d’un miroir, comme j’accueillais jadis le faucheur nu sous les feuillages, quand il éventre du talon la fraîche tromperie de mon ciel liquide et de mes forêts submergées. Mais une solitude intérieurement divisée – et qui se nie avec acharnement ! Un instant, le temps seul d’un éclair peut-être, que je me voie ! Au centre du vertige, le laps de silence où ma voix apprenne enfin sa source ! et que je sache qui parle quand je parle… »

 

Nuage, tragédien léger, porte-lumière, porte-foudre, fantôme aux confins de l’être errant, bu par la terre, bu par le ciel.