parution avril 2024
ISBN 978-2-88907-378-8
nb de pages 176
format du livre 140x210 mm

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Catherine Safonoff

La Fortune

résumé

B. a décidé de vendre la petite maison dans laquelle la narratrice a trouvé abri de longues années. «Envoyée à la campagne» dans un coin de ferme encerclée par les autoroutes de Haute-Savoie, voici une femme de quatre-vingts ans qui cherche à désarmer sa colère tout en restant de bonne foi. Remontent alors une série de scènes d’origine. Quelles soient cruelles, tendres ou comiques, l’esprit et l’écriture acérés de l’écrivaine font mouche, elle devient conteuse et nous parle de nous mieux que jamais.

biographie

Catherine Safonoff est née en 1939 à Genève. Après avoir collaboré, comme critique littéraire au Journal de Genève et à la Radio Suisse romande, et participé à la création de scénarios pour des films de Maya Simon, l’écriture devient et demeurera sa principale activité.

L’art du quotidien, du mot juste, de la phrase nerveuse, des amours perdues mais toujours présentes et à venir, de l’angoisse transformée en qualité de pensée et d’écriture. Catherine Safonoff excelle dans le récit personnel. Sa plume taille dans la chair humaine sans s’attendrir ni sur elle ni sur les autres, avec dignité et un talent littéraire venu de son expérience et de ses immenses lectures.

Catherine Safonoff a reçu de nombreux prix, dont le Prix quadriennal de la Ville de Genève en 2007 (dont les lauréats avant elle sont entre autres Jean Starobinski, Robert Pinget et Nicolas Bouvier), Prix fédéral de littérature 2012 avec le Mineur et le Canari, Prix Ramuz en 2015 pour l'ensemble de son œuvre.

 

La part d'Esmé (2024, Zoé poche)

La part d'Esmé

Esmé a tout pour bien faire: un mari, deux enfants, une belle maison. Elle va tenter autre chose. Ce roman indiscipliné relate, au long du printemps 1975, l'aventure d'une femme en fuite, en proie au doute, mais qui ne rebroussera pas chemin.

Autour de ma mère (2023, Zoé poche)

Autour de ma mère

Trois années durant, une femme prend des notes. Sur sa mère, malade, qu'elle accompagne du mieux qu'elle peut. Sur le petit Rémy, dont elle s'occupe parfois. Sur ses rendez-vous, le jardin, les saisons. Et sur N., l'amant grec dont elle est désormais séparée mais qu'elle ne parvient pas à oublier. Des pages lumineuses, soulevées par une irrésistible légereté.

Reconnaissances

En vingt-cinq brefs tableaux, une auteure parcourt sa vie, prenant pour repères ses propres livres. Elle récrit son vécu, le change et le renouvelle, apporte aux heures sombres des touches claires. Elle joue. Une écriture réfléchie, tendue, qui s’interroge sur les liens parentaux ou passionnels, faillibles, parfois douloureux.

Reconnaissances est une reconnaissance de dette. Dette envers les lieux et les êtres propices, envers la chance aux multiples visages, dette infinie envers le vivant.

La distance de fuite

L’expression la distance de fuite vient de l’étude des animaux. Distance ici désigne l’espace protecteur que veille à garder autour de lui l’animal dont la seule défense est la vitesse de sa course.

L’expression m’a frappée comme image poétique touchant également les rapports humains : eux aussi sont faits de distance relative, de recherche du meilleur lien possible, proche ou lointain.

Ce livre ne fait pas tant l’éloge de la fuite que du refuge qui l’oriente: les cabanes de l’enfance, un jardin, le bord d’un lac, un regard ami, une chambre à soi, la lecture.

Le titre n’est donc pas de mon invention. Il m’a paru traduire la double idée de fuite et de refuge. Si l’écriture a quelque chose d’un mouvement de fuite, en même temps elle cherche à rejoindre ce lieu d’intime hospitalité, un livre : écrite, la distance deviendra peut-être lien.

C.S.

Le Mineur et le Canari (2016, Zoé poche)

Le Mineur et le Canari

« “De quoi parle votre livre?” m’avait demandé le docteur Ursus. – D’un éléphant dans une cristallerie, j’avais failli répondre, puis dis, “de vous et de moi. De l’effet que vous me faites.” »

C’est ainsi que la narratrice résume ce roman scandé par ses séances avec l’irrésistible Docteur Ursus. Le cadre de la thérapie donne à l’analyse du désir amoureux toute sa saveur mélancolique ou gaie.

« On savoure ces courts chapitres comme autant de miniatures, instants volés, événements minuscules, subtiles méditations, réflexions essentielles, le temps, la mort, le désir. Au bout du compte, c'est la vie qui gagne. Et la littérature.» Télérama, Michel Abescat

Le Mineur et le Canari

Une femme s’éprend de son thérapeute, le Docteur Ursus. Une situation qui, d’emblée, empêche l’expression simple des sentiments et des désirs. Aussi bien est-ce, pour cette femme, l’occasion idéale d’aimer. Dans ce cadre protégé, surveillé, rien de malheureux ne peut lui arriver. Enchantée au sens fort du terme, la patiente écrit. Dérivé en récit, l’amour imaginaire se trouve ainsi conforté, amplifié.

Tout de cet homme plaît à la narratrice, son regard, sa voix, ses vêtements, sa bienveillante et imparable logique. Elle l’écoute, le dévore des yeux, le respire. Il suffit, ici, que la bonne distance soit observée et l’amour impossible ira à l’infini…

Mais un livre doit finir, et le récit lui-même, qui a longtemps porté la narratrice, l’avertit de revenir à la « vraie vie ». Quant au canari, son symbole vient d’une ancienne tradition. Naguère, on emportait au fond du puits de charbon un petit oiseau chanteur, qui avertissait du grisou mortel son compagnon le mineur.

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/le-mineur-et-le-canari-1

Autour de ma mère

Une vieille femme perd la mémoire, perte qui incite sa fille unique à reconstituer le passé comme elle peut. Au travers de bribes de souvenirs et d’incidents quotidiens, la narratrice cherche à gagner l’affection de sa mère. A l’opposé du récit de deuil qui honore un parent défunt, Autour de ma mère est un carnet de bord tenu à chaud pendant trois ans, un journal poétique parfois noir, souvent cocasse, écrit contre le regret, l’amertume et la mort. Quête d’amour filial qui se conjugue avec la tentative tragi-comique mais passionnée de retrouver un amant fugitif. Quel amour l’emportera, celui pour la mère ou celui pour l’amant ? A ce dilemme, la narratrice donne une réponse singulière.

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/autour-de-ma-mere-2

 

Retour, retour (2003, Zoé poche)

Retour, retour

« Ces premiers moments ont été décisifs. Moi cependant je ne décidais rien, presque rien, si vite me suis laissé mener, privée d’une manière ou de l’autre de mon bon sens, d’un minimum de bon sens. Ce qui avait fondu sur moi à peine hors du train, cette sensation qui faisait du retour en pays connu une arrivée en pays inconnu, n’était pas nouvelle, quoique cette fois tellement plus accentuée. Elle était prévisible et, semblait-il, j’aurais pu me ressaisir, éviter ce vers quoi je me suis avancée, fermant les yeux juste assez pour continuer. »

Un faux départ oblige une femme à revenir sur ses pas. Elle se terre, clandestine, dans sa ville natale.

La Tête de ma femme (2003, Minizoé)

La Tête de ma femme
Au nord du Capitaine

Une femme est tombée sous le charme d'une île qui, longtemps, lui prodigue ses dons simples. Promenades par les sentiers, musique d'une autre langue, la mer, les bateaux. Un jour, la visiteuse rencontre le Capitaine Rouge. C'est un homme de sac et de corde, mais sa voix et sa prestance ravissent l'étrangère.

S'ensuivent les péripéties classiques des amants – promesses, mensonges, chassés-croisés, barrages contre les moulins à vent. À l'école du Capitaine Rouge, ce maître de l'envers des choses, la narratrice perd quelques illusions.

Demeurent à la fin les objets, témoins humbles et fidèles. Demeurent les lieux, parfaits, d'une aventure triviale – une maison et un jardin  dans le pays gris et, là-bas, l'île aux sortilèges, plus vraie maintenant qu'elle a des ombres.

La Part du fleuve (1997, Minizoé)

La Part du fleuve

La Fortune: extrait

Ce matin du 11 juin, il faisait vraiment très beau. Le camion est entré dans la cour de la ferme en plusieurs manœuvres, ce doit être à ce moment que la chienne s’est échappée. Mélie la voit filer et aussitôt elle et Jeff partent en courant à la poursuite de l’animal. On me raconterait les faits après coup.
J’étais venue avec la directrice de l’entreprise de déménagement. Nous avions attendu dans un bureau de la douane, pour signer des formulaires. Les locaux sont en retrait, un étage vitré, d’où l’on voit les pistes de l’autoroute. Le camion s’était garé non loin de la voiture de la jeune femme, un de ses employés a toqué à la porte du bureau, demandant s’il y avait une machine à café dans les parages. Mme A. a dit qu’elle pensait que non. Il était tôt, les bureaux venaient d’ouvrir, quand même nous avons attendu longtemps. Elle a une voix rapide et douce, je la comprenais à peine, je n’ai pas osé le lui dire. Elle avait dans son sac à main, confié par Mélie, mon médicament en cas de malaise cardiaque. C’est plus tard que j’ai appris la prévenance de Mélie.
Le vert de l’herbe, le rouge des fleurs, l’ombre bleu noir d’un très grand arbre, la longue façade de la ferme; dressée contre la porte ouverte de la grange, l’échelle métallique ployait sous le poids des hommes qui hissaient mes cartons. En haut, Jeff les poussait au fond de la grange. J’avais de la gêne à les voir travailler. Des mois plus tard, maintenant, reparaît l’illustration d’un vieux livre, montrant un homme botté, casqué, surveillant l’embarcation de ballots, café, canne à sucre, soie ou épices. Une planche va du quai jusqu’au vaisseau, elle aussi ploie sous les pieds nus des porteurs. Le surveillant tient un stick, la légende dit: Gare au coup de chicotte!
Les quatre déménageurs plaisantaient sur les cartons drôlement lourds. Ma gêne, c’était à cause de ces cartons, de leur poids, de leur quantité, de leur contenu. J’aurais voulu ne pas voir ça, mais c’était bien moi qui pendant des semaines, jusque tard dans la nuit, avais trié mes livres, en avais écarté plus des trois quarts à contrecoeur. Je voulais les garder tous, je ne voulais pas partir.
Mélie m’a aidée. Sans elle, je ne tenais pas le délai, sans elle, je ne tenais pas le coup. Déménager, il le fallait, la faute avait été de m’attacher à la maison, de croire que j’y resterais jusqu’à la fin de mes jours. En vingt-cinq ans, j’avais accumulé sans penser. Les objets surgissent quand on lève le camp; aux dernières heures, jusque tard dans la nuit, à l’aide d’une lampe de poche, je pourchassais encore d’ultimes vestiges, je fourrais dans des sacs noirs des bouts de crayon, des bouts de papier, une ficelle, une punaise, une agrafe, des bouchons de poussière, la plume d’un oreiller, j’enfouissais ma longue, sourde colère d’avoir à débarrasser le plancher. Maintenant c’était fini. Les couleurs du matin de juin éclataient comme des coups de feu.