parution février 2015
ISBN 978-2-88182-938-3
nb de pages 128
format du livre 140 x 210 mm

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Jérôme Meizoz

Haut Val des loups

résumé

Un village de montagne, la nuit. Un étudiant sauvagement battu par trois inconnus. Le Jeune Homme se consacrait à la défense de l’environnement. Un groupe de militants candides soutient la cause qui lui a presque valu la mort. Dans les cafés, chacun y va de son avis. La rumeur galope. Les preuves manquent, l’enquête s’enlise et la justice finit par déclarer forfait. La police a-t-elle examiné toutes les pistes de l’affaire ? Qui n’a pas intérêt à ce que la vérité éclate au grand jour ? Épais comme un roman, le dossier reste secret. Mais parfois le silence ne suffit plus : ici commence la littérature.

Haut Val des loups reconstitue les années ardentes et cocasses de jeunes gens aux prises avec une société close, décidés à sauver la nature et changer le monde…

 

 

 

 

biographie

Jérôme Meizoz, né en Valais, est écrivain et professeur à l’Université de Lausanne.

Son premier livre Morts ou vif a été désigné «Livre de la Fondation Schiller Suisse 2000». En 2005, il reçoit le prix Alker-Pawelke de l’Académie suisse des sciences humaines (ASSH), et en 2018 Faire le garçon (2017) remporte le Prix suisse de littérature. Parmi ses ouvrages littéraires, Les Désemparés (2005), Père et passe (2008), Fantômes (2010, avec Zivo), Séismes (2013), Temps mort (préface d’Annie Ernaux, 2014),  Haut Val des loups (2015) et Absolument modernes! (2019).

 

 

24 heures

« (…), le Valaisan revient sur l’agression dans son canton d’origine d’un militant écologiste il y a vingt-cinq ans, dans une prose qui tient autant de la poésie que de la sociologie de terrain. » Florence Milioud Henriques, Caroline Rieder

Terre & Nature

« (…) Fort, ce roman atteint des sommets où l’on perd de vue les turpitudes de la plaine. » 

L'Evénement syndical

« (…) Avec, à la clé, une œuvre ciselée comme un diamant. Un livre à l’écriture aussi épurée qu’efficace, rythmée, révélant la quintessence des mots, véhicule à l’émotion poétique constellant l’histoire. Un véritable travail d’orfèvre effectué par un auteur qui nourrit constamment sa plume au terreau valaisan, sa source d’inspiration. (…) » Sonya Mermoud

RTS

Jérôme Meizoz est invité au 12:45 de la RTS le mardi 17 mars, pour parler deHaut Val des loups.

viceversa Littérature

« (…) A la parole d’une contre-culture, écrasée par le conformisme des milieux immobiliers et les agents du progrès, Meizoz prête sa voix mélancolique. Plaidoyer souvent satirique, cette fiction s’interroge sur les impasses de l’utopie mais n’entend pas désespérer des ressorts de la littérature quand, dans le sillage de Maurice Chappaz, de Jean-Marc Lovay et de Reymond Farquet, elle permet encore d’enchanter le monde. » Christian Ciocca

Choisir

« (…) un des livres les plus poétiques et émouvants de l’auteur, dont je ne saurais assez recommander la lecture. (…) Dans une somptueuse écriture, l’auteur s’applique à réconcilier Justice et Vérité. Le lien passe par le rapport à la nature : ou bien nous sommes inscrits en son sein, ou bien posés en dehors, comme des maîtres. Certains résolvent le dilemme en abattant les arbres et en battant les hommes. Deux gestes assez voisins. La clef peut-être du malaise d’une génération. » Pierre Emonet

L'Alsace

« (…) Conscient que sa voix est minoritaire. Dans une langue écorchée, dans une chronologie éclatée, rendant hommage au passage au “maître-poète” Maurice Chappaz, il dit, avec colère et sensibilité, la nécessité de ne baisser ni les yeux, ni la garde face à la bêtise et la brutalité. La littérature est une arme, fragile et impétueuse, Jérôme Meizoz lui fait honneur. » Jacques Lindecker

Le Journal de Sierre

« (…) Avec des allers-retours très naturels entre passé et présent, Jérôme Meizoz lève la honte et marque de sa belle écriture, dense, serrée et vivante, la mémoire collective. (…) » Le Journal de Sierre

RTS

Jérôme Meizoz sur les ondes dans l'émission "Entre les lignes" (RTS) pour parler de "Haut Val des loups".

Retrouvez l'émission ici :

Le Temps

«Haut Val des loups», le Valais du silence

Par Lisbeth Koutchoumoff

Jérôme Meizoz interroge, 25 ans après, un fait divers resté irrésolu: le tabassage violent d’un militant écologiste. D’où vient cette violence, et ce silence qui l’entoure?

 

D’où est venue une telle haine? Une nuit de février 1991, un jeune militant écologiste est passé sévèrement, méthodiquement, à tabac par plusieurs inconnus, chez lui, dans son chalet d’une station valaisanne. La police n’élucidera jamais l’affaire. Les coupables ne seront ni désignés, ni inquiétés. Vingt-cinq ans plus tard, Jérôme Meizoz revient gratter la plaie de cet authentique fait divers. Pourquoi cette violence? Pourquoi ce silence?

L’écrivain croise depuis plusieurs années dans ses livres approche documentaire et prose poétique. Son enfance et sa jeunesse valaisannes, il les observe en sociologue, ouvrant à la fois les malles de ses souvenirs et celles des greniers de ses tantes et grands-parents. Elève de Pierre Bourdieu, lecteur d’Annie Ernaux, il se place, lui et sa famille, en sujets-objets d’études intimes, évoluant dans la danse de l’histoire proche, questionnant les habitudes, les pratiques, passant de la montagne à la ville, de la foi à l’absence de foi, de l’engagement naïf du collégien à la maîtrise du professeur d’université. Dans la veine ethnographique, Jours rouges (Editions d’en bas), sur le grand-père socialiste et Temps mort, étude pleine de poussières en suspension sur une vision du monde évaporée, celle de ses tantes engagées dans le mouvement des Jeunesses agricoles catholiques. Dans la veine romanesque, Jérôme Meizoz a signé en 2013 Séismes (Zoé), centré sur les bouleversements intimes d’un jeune garçon dans le Valais des années 1970 et 1980.

Haut Val des loups procède des deux approches. Face à l’impossibilité d’avoir accès au dossier judiciaire («épais comme un roman réaliste, le dossier de l’affaire dort au Palais de justice. Verrouillé pour toujours»), l’écrivain prend le parti de la littérature. En «justicier de papier», il va à la fois conter la fable, avec distance, effaçant les noms propres derrière des entités (le Jeune Homme, le Poète des cimes blanches) et tenter des explications devant le silence de la justice et l’impunité des coupables. Le ton de la fable enlève de l’importance au lieu (l’histoire pourrait se dérouler dans n’importe quelle région de montagne en proie à la modernisation). La recherche d’explications sur l’événement et sur la récurrence de la violence et de l’obstruction de la justice replace le Valais au centre du récit, de 1976 à 2014.

Jérôme Meizoz ne va pas refaire l’enquête, même de loin. Le principal protagoniste du drame ne veut plus revenir dessus, glisse l’écrivain. Il s’agit plutôt de regarder la chape de silence s’abattre et ne plus bouger. De la dire, simplement. Pas plus. Chaque élan, «cette fois tu t’es juré que les coups portés au Jeune Homme ne resteraient pas impunis», bute contre une masse. Celle du ridicule, de l’impossibilité, de la violence: «Au passage, n’oublie pas que Don Quichotte s’est rêvé justicier. Et qu’il a finalement perdu les pédales». Plusieurs fois l’ironie vient saper les grandes déclarations, les grandes phrases des années de jeunesse mais aussi poser les limites de la démarche d’aujourd’hui, celle du livre en train de s’écrire. La démarche documentaire et la démarche littéraire butent de concert sur leurs propres limites. Alors quoi?

Alors Jérôme Meizoz remonte, à pas comptés toujours, à ces années 1990. Et puis plus loin encore. Il a connu le Jeune Homme. Avec d’autres, filles et garçons, ils lisaient les textes du «Poète des cimes blanches», Maurice Chappaz, qui pourfendait, haut et fort, les spéculateurs, « maquereaux» de la Nature. La jeune bande collait des affiches, de nuit, dans les rues coites des villages: «Abolissons l’armée! Pour une politique globale de paix!» Remonter ainsi le cours des choses ne va pas de soi. «Reprenons», lance l’auteur maintes fois. Maître des proses poétiques, Jérôme Meizoz tourne ainsi les pages de l’album personnel et familial. La Nature, «son obstination de graines», apaise les douleurs de l’enfant, après la disparition de la mère. «Au parc, les jardiniers ont dressé une paroi florale. Le gel n’a pas eu raison des pensées pourpres ou jaune vif […] Chaque matin, tu y passes, survivant aux idées noires, grâce à ce mur de pensées.» Les souvenirs s’enroulent et se glissent, par-delà le silence.

Et, comme une litanie, année après année, la question: «D’où a bien pu sourdre cette haine contre le Jeune Homme?» Pour y répondre, des lectures, des intuitions. Des souvenirs, encore. Celui de la venue en Valais, en terrain conquis, de Jean-Marie Le Pen («le Tribun-chef nationaliste français») en 1984. La découverte que le père d’un ami proche avait été un collaborateur français et qu’il avait trouvé refuge en Valais, comme d’autres activistes bruns, après la guerre. Sur un autre plan, la longue lutte des habitants du Val contre la nature, contre ses débordements, contre sa mainmise, rend inaudibles les discours de préservation écologistes.

Par touches et courts chapitres, avec pour seuls en-têtes les années, Jérôme Meizoz met aussi en écho le tabassage du militant écologiste de 1991 avec d’autres épisodes de violence où la justice valaisanne a été contournée ou n’a pas pu passer: en 2006, un loup est abattu malgré l’interdiction; et puis, l’affaire du petit Luca, fils de propriétaires italiens d’un restaurant de station, retrouvé nu, battu et inconscient dans la neige et qui en restera tétraplégique. Les coupables, là encore, n’ont pas été inquiétés, protégés par un épais édredon de silence. Cette mise en parallèle, terrible, constitue sans doute l’apport le plus incisif et dérangeant du livre. Et la chape se referme devant les armes dérisoires de l’écrivain. On retient l’effroi et la retenue aussi. Sert-elle à contenir la colère qui ne mène à rien si ce n’est à hurler, comme le fait Jérôme Meizoz, contre l’abattage de marronniers centenaires à un moment du livre? Peut-être. Cette retenue, omniprésente, donne à sentir, plus fortement encore, le poids du silence.

Le Temps

« (…) L’écrivain croise depuis plusieurs années dans ses livres approche documentaire et prose poétique. (…) En «justicier de papier», il va à la fois conter la fable, avec distance, effaçant les noms propres derrière des entités (le Jeune Homme, le Poète des cimes blanches) et tenter des explications devant le silence de la justice et l’impunité des coupables. Le ton de la fable enlève de l’importance au lieu (l’histoire pourrait se dérouler dans n’importe quelle région de montagne en proie à la modernisation). (…) Plusieurs fois l’ironie vient saper les grandes déclarations, les grandes phrases des années de jeunesse mais aussi poser les limites de la démarche d’aujourd’hui, celle du livre en train de s’écrire. (…) Maître des proses poétiques, Jérôme Meizoz tourne ainsi les pages de l’album personnel et familial. (…) Cette retenue, omniprésente, donne à sentir, plus fortement encore, le poids du silence. » Lisbeth Koutchoumnoff

Canal 9

Jérôme Meizoz interviewé par Canal 9 sur son dernier livre, "Haut Val des loups"

24 heures

« Le prof de l’UNIL acère sa plume romanesque en la poétisant avec une sobriété remarquable. Il signe, avec Haut Val des Loups, une radiographie de son Valais natal

(…) un roman poignant, à la fois féroce et tissé de discrétions élégantes, en fait le creuset d’une fresque inédite de son Valais natal. » Gilbert Salem

Le blog de Domaine public - Tribune de Genève

« (…) Mais, dans sa retenue même, ce livre nous touche, car il témoigne à la fois de notre devoir de colère et d’un inextinguible besoin de justice. » Catherine Dubuis

Le Nouvelliste

"Ce livre est extrêmement bien écrit, émouvant, engagé. Il fait revivre des épisodes douloureux, encore à vif, de l'histoire du Valais. (…) Jérôme Meizoz lâche une petite bombe, un ouvrage qui va faire du bruit, lancer le débat, peut-être jouer un rôle de catalyseur." Rafael Wasem-Matos dans "Le Nouvelliste", 29.01.15

Allemand

Titre: Hoch oben im Tal der Wölfe

Éditeur: Verlag die Brotsuppe
Année: 2015

Séismes (2022, Zoé poche)

Séismes

Tableau impressionniste d’une bourgade durant la décennie 1970, Séismes raconte le parcours troublant d’un enfant vers l’âge d’homme. Sidéré par la perte de sa mère et l’étrangeté du monde adulte, le narrateur égrène les instants rares où l’existence atteint son maximum d’incandescence. Sa voix, accordée à l’oralité des rues, dit la sensualité des odeurs, du toucher, et donne au récit une épaisseur singulière.


Par une écriture minimale et rythmée, Jérôme Meizoz rejoint l’émotion par l’épure.

Préface de Claire Devarrieux

Malencontre

Tout le monde l’appelle Le Chinois. On se moque doucement de lui, de ses poèmes, de ses « théories à la con ». L’année de ses quinze ans, il s’est épris de Rosalba. Elle, elle n’a rien vu, rien su et épousé l’héritier de la prospère Casse automobile. Au fil du temps, cet amour non partagé s’est librement déployé dans l’esprit fertile du Chinois. Le jour où Rosalba se volatilise, la police diffuse sans succès un appel à témoins. Pour comprendre cette histoire dont il perd sans cesse le fil, Le Chinois interroge les proches de la disparue. Toutes leurs voix dessinent l’inquiétant motif d’un miroir éclaté. Anti-polar et célébration de l’imagination amoureuse, Malencontre oppose à l’âpreté du réel les forces de l’humour et de l’invention.

Absolument modernes !

Absolument modernes ! est la chronique caustique et navrée de la modernité suisse des années 1970 et 1980 : le pari sur la croissance illimitée, le culte du marché et de la technique. Entre satire et récit intime, un certain Jérôme Fracasse conte les Trente Glorieuses traversées par son père, ouvrier convaincu de l’«avenir radieux». Documents, slogans et tracts d’époque autant que souvenirs de famille dessinent une période exaltée et ambiguë : la construction de l’autoroute du Rhône, l’ouverture des supermarchés, le règne de la télévision et de la voiture, le développement massif du tourisme dans les Alpes.

La croyance heureuse du père dans le «régime des promesses», la volonté de s’arracher à un passé de pénurie et le tourbillon de la société de consommation : tels sont les grands traits de cette fresque où drôlerie et gravité sont indissociables.

Faire le garçon

Pourquoi faut-il «faire le garçon» ? Et comment vivre, en homme, avec un «cœur de fille» ? Dans ce récit où alternent l’enquête et le roman, l'écrivain Jérôme Meizoz esquisse une éducation sentimentale, tendre et crue, commencée dans Séismes (Zoé, 2013).

L'enquête (30 chapitres impairs) porte sur l'assignation des garçons à la virilité dans un milieu rural catholique. On y convoque divers documents, articles, témoignages, ainsi que des scènes de la vie quotidienne.

Le roman (30 chapitre pairs) a pour personnage principal un jeune garçon qui, pour échapper à l'usine, a choisi de se prostituer. Il vend ses caresses mais il «n’entre pas dans le corps». Dans le secret, on lui parle. Le voilà confident de vies douloureuses.

«Le meilleur des métiers. Le seul pour lequel il se sente compétent. Après tout, il donne une sorte d’amour.»

Séismes (2013)

Séismes

 

Tableau impressionniste d’une bourgade durant la décennie 1970, Séismes raconte le parcours troublant d’un enfant vers l’âge d’homme. Sidéré par la perte de sa mère et l’étrangeté des adultes, le narrateur égrène ses récits de chocs, instants rares où la vie se livre à son maximum d’incandescence. Accordée à l’oralité des rues, sa voix dit la sensualité des odeurs, du toucher dans un récit à l’épaisseur singulière.

Dans tout ce livre règne une gaieté cruelle, proche de celle d’un Fellini ou d’un Prévert, pour tenir en respect la « tristesse qui fermente en silence comme un vin abandonné ».

Grâce à une écriture minimale, d’un rythme envoûtant, Jérôme Meizoz rejoint l’émotion par l’épure. 

Destinations païennes (2013, Minizoé)

Destinations païennes

 

« Je viens d’un pays où le passé saisit le présent et le mord… »

Le passé empiète sur le présent. On est en pays occupé par la déesse Mémoire. Pour que la vie triomphe, le narrateur cherche une issue dans le vaste monde. Ces courts récits célèbrent l’échappée belle du voyage.

Jérôme Meizoz, né en 1967 en Valais, est écrivain et essayiste. Il enseigne la littérature à l’Université de Lausanne.

Postface de Roselyne König-Dussex

 

 

Le Rapport Amar

 

Bruno Lesseul, un linguiste renommé, est accusé du meurtre atroce de Juliana Amar, une jeune brésilienne, spécialiste des rites sacrificiels du candomblé. Un criminologue, chargé du Rapport sur cette affaire où Lesseul refuse de parler, livre un récit distancié des faits. En étudiant les notes et le journal de l’accusé, un être tourmenté par le passé et par l’écriture, l’expert reconstitue le lien complexe qu’il a noué avec Juliana. Féru de dialectes et de langues orales, révolté par l’aliénation verbale des ethnies colonisées, Lesseul ne fait plus la différence entre ses enquêtes linguistiques et sa perception de Juliana, à laquelle il reproche de négliger ses racines. Par amour, celle-ci cède du terrain.

Véritable curiosité littéraire, Le Rapport Amar raconte la dérive d’une passion exclusive pour le langage.

 

Les Désemparés

 

La faille de vivre, qui ne la connaît pas ? Sur la fragilité et l’incertitude des vies, ce livre s’égrène comme une suite de scènes et de portraits. Les récits brefs portent sur les moments et les lieux où basculent des personnages laissés pour compte.

Quelle place reste-t-il pour ce qui, en nous, palpite et refuse de se soumettre aux exigences du monde diurne ? Que deviennent celles et ceux qui ne peuvent s’insérer dans le rythme de nos sociétés ?

Les désemparés qui hantent les villes nous renvoient aux étranges misères de la réussite. Passants pressés, c’est à peine si nous osons lire nos propres désarrois dans leurs yeux.

«Ne riez pas : mettez vos noms sur leurs visages.»

Haut Val des loups: extrait

1991

 

 

Du travail de professionnels : un à un, ils ont brisé ses membres, épargnant la nuque et les testicules. Sans doute pas des cogneurs à l’aveugle. Ni défoulement pur, ni rage incontrôlée. Des coups méthodiques, délibérés.

 

Du beau boulot, comme on dit dans le milieu.

 

Étendu sur le plancher, le Jeune Homme saigne, à demi inconscient. Trois types ont forcé la porte. Occupé à son bureau, il n’a pas entendu. On l’a battu avec avec application, en silence, longuement. La pluie de coups lui a semblé sans fin.

 

Défenseur de l’environnement, il n’a pas ménagé ses efforts contre quelques grands projets immobiliers. Ses adversaires détestent en lui un redoutable débatteur au verbe tranchant.

 

Puis on s’en est pris à ses dossiers, à ses lettres. Ordinateur défoncé, fils du téléphone arrachés. Des informations sensibles dormaient dans les circuits. Ont-ils emporté des documents ? Difficile de le savoir.

 

Tandis que la voiture des types s’éloignait dans la nuit, la victime a pu suivre le pinceau des phares sur la neige.

 

(Et tu crois que ça peut débuter comme un polar ? Si tu tentais une amorce plus sereine, en contraste avec la brutalité des actes ? Vas-y, essaie.)

 

 

 

 

1991

 

 

 

Reprenons.

 

Tout est coquet dans le village de montagne, chéri des peintres paysagers. Les chalets sèchent sous le soleil cru de février. Les touristes accomplissent leurs devoirs de vacances. Yeux fermés, tourné vers la forêt, on entend le pic-bois et le ronronnement de la télécabine.

 

Pays neutre, contrée sourde, épargnée par la guerre, obstinée et prospère. Silence, négoce et bénéfices.

Vertu suprême : la discrétion.

 

Quant à toi, tu crois entendre grincer les coffres et bavarder les morts. D’où vient cette fascination pour la face cachée des choses ?

 

Derrière la porte, la scène de l’agression : des objets répandus à terre, les gémissements d’un corps replié sur le sol.

 

Sur une photo de presse : le Jeune Homme, noyé dans les draps d’hôpital, quelques jours après l’attentat. Au visage, il porte des marques, bras et jambes sont plâtrés. D’un œil morne, il fixe le photographe du Quotidien-unique. Des milliers de lecteurs scrutent ce regard hébété.

 

Tu imagines les réactions des gens. Surprise, indignation peut-être ? Puis ces voix qu’on entend dans les cafés

 

— Une bonne raclée a jamais fait de mal. Il l’a pas volée, l’écolo !

— …

— Ces intellos des villes, ça veut nous expliquer comment vivre ici.

—…

— Avec leurs recours, y nous foutent toujours des bâtons dans les roues.