parution avril 2017
ISBN 978-2-88927-391-1
nb de pages 160
format du livre 140x210 mm

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Jérôme Meizoz

Faire le garçon

résumé

Pourquoi faut-il «faire le garçon» ? Et comment vivre, en homme, avec un «cœur de fille» ? Dans ce récit où alternent l’enquête et le roman, l'écrivain Jérôme Meizoz esquisse une éducation sentimentale, tendre et crue, commencée dans Séismes (Zoé, 2013).

L'enquête (30 chapitres impairs) porte sur l'assignation des garçons à la virilité dans un milieu rural catholique. On y convoque divers documents, articles, témoignages, ainsi que des scènes de la vie quotidienne.

Le roman (30 chapitre pairs) a pour personnage principal un jeune garçon qui, pour échapper à l'usine, a choisi de se prostituer. Il vend ses caresses mais il «n’entre pas dans le corps». Dans le secret, on lui parle. Le voilà confident de vies douloureuses.

«Le meilleur des métiers. Le seul pour lequel il se sente compétent. Après tout, il donne une sorte d’amour.»

biographie

Jérôme Meizoz, né en Valais, est écrivain et professeur à l’Université de Lausanne.

Son premier livre Morts ou vif a été désigné «Livre de la Fondation Schiller Suisse 2000». En 2005, il reçoit le prix Alker-Pawelke de l’Académie suisse des sciences humaines (ASSH), et en 2018 Faire le garçon (2017) remporte le Prix suisse de littérature. Parmi ses ouvrages littéraires, Les Désemparés (2005), Père et passe (2008), Fantômes (2010, avec Zivo), Séismes (2013), Temps mort (préface d’Annie Ernaux, 2014),  Haut Val des loups (2015) et Absolument modernes! (2019).

 

 

Jérôme Meizoz, lauréat du prix suisse de littérature 2018 pour "Faire le garçon"

RTS - Espace 2

"Que signifie être un homme dans notre société ? Comment faire face à la rigidité des normes sociales assignant à une virilité démonstrative ?

Jérôme Meizoz gravite autour de ces questions à travers un récit binaire où s’entrelacent en alternance deux registres littéraires.

Dans les chapitres impairs, se développe une enquête fragmentaire composée de souvenirs personnels, de documents et de témoignages autour de la question de la virilité et de ses représentations sociales. Alors que, dans les chapitres pairs, l’auteur dessine le portrait d’un jeune homme faisant commerce de ses caresses auprès de femmes délaissées.

Le registre sociologique et la part fictionnelle se rejoignent au fil du récit, cernant de près celui qui y est toujours nommé "le garçon".

Jérôme Meizoz était l’invité de Jean-Marie Félix dans l’émission "Versus-Lire". A réécouter ici

Swissinfo

Ghania Adamo a rencontré Jérôme Meizoz à l’occasion du Prix suisse de littérature. Un article à lire ici

L'Uuniscope

"Faire le garçon [est] un livre bref mais complexe sur la fabrique du masculin, l’ordre du monde qu’on incorpore à travers l’éducation et la révolte qui gronde jusqu’à chambouler toutes les règles dans une forme de prostitution à laquelle va s’adonner le héros. D’une situation à l’autre, les images de notre société glissent, les lieux communs et les aberrations tristes qui, sous la plume souple et ironique de l’auteur, nous font sourire."

24 heures

"Une inclassable et sensible interrogation littéraire sur la masculinité." Caroline Rieder

Amnesty, le magazine des droits humains

"Dans Faire le garçon, Jérôme Meizoz décrypte l’assignation à être un homme dans la société valaisanne des années 1970."

Une interview de l’auteur à lire ici

En attendant Nadeau

"Faire le garçon est une de ces savantes petites fusées de papier propulsées dans le ciel du temps, qui explosent en paillettes incandescentes. Elle se compose de cent cinquante pages fragmentées et classées en deux volets : « Enquête 1, 2, 3… 30 » et « Roman 1, 2, 3… 30 », en tout soixante séquences en prose, en vers, en romain, en gras, en italique… qui forment une installation en mots, en émotions et en réflexions délicatement subversive et vertigineuse. (...) La langue de Jérôme Meizos est à la fois crue et recherchée, hyper-réaliste et exquise, faite de phrases brèves, souvent nominales, comme des vignettes, sans genre assigné, entre poésie visible sur la page et prose poétique. Elle est saisissante parce qu’elle dit ce double sentiment de beauté et de platitude, d’arbitraire et de plénitude, l’impression de néant qui accompagne l’impression d’être." Cécile Dutheil

La Liberté

"... Prolongeant l'écho de ses précédents Séismes, l'écrivain interroge les seuils de l'âge adulte, éclairant ici la difficile émergence du soi lorsqu'il s'agit de quitter l'enfance et ses joyeuses indéterminations pour Faire le garçon. Dans un dispositif qui juxtapose le roman et l'enquête, l'auteur marie littérature et sociologie, nourrissant l'une par l'autre dans le sillage d'Annie Ernaux. (...) [L]'homme a du style: sa puissance d'évocation confère à son propos une rare saveur." Thierry Raboud

viceversa littérature

"...l'auteur réalise un tour de force intellectuel original. Il inverse les rôles et oblige son lecteur à réviser ses a priori. Partant, il le contraint à repenser l'ordre et la morale sous un prisme nouveau (...)"

Lire l'article en entier ici

parutions.com

"C'est un livre à part que nous propose Jérôme Meizoz avec Faire le garçon, un livre qui interroge l'identité, le genre et ses représentations sociales et culturelles, le rapport au corps, aux autres, à la sexualité, au couple... Il est d'autant plus original qu'il explore ces questions par l'intermédiaire d'un double prisme: l'un "sociologique" dans les 30 premiers chapitres impairs d'une "Enquête", l'autre ficitionnel dans leur pendant "Roman" (30 chapitres pairs), qui dans leur alternance engagent une correspondance muette. (...) Qu'ont en commun alors ces deux garçons [celui des chapitres pairs et celui des chapitres impairs]? Probablement leur volonté et leur capacité à s'arracher aux déterminismes sociaux ou biologiques. A proposer une autre image du masculin. "Faire le garçon" est une chose somme toute assez simple. Être le garçon que l'on est véritablement est une toute autre histoire. Celle qui nous est ici magnifiquement racontée..." Arnaud Genon

Le Monde

"Le livre est constitué de soixante chapitres, un sur deux relevant de l'enquête et l'autre du roman. L'enquête porte à la fois sur l'enfance de l'auteur, élevé dans un milieur rural catholique, et sur la conscience qui se fait peu à peu jour en lui de toutes les impostures et grimaces du jeu social. Couleuvres à tous les repas. Le roman conte l'histoire d'un jeune homme qui choisit de se vendre à des femmes pour échapper aux destins en série, à la fabrique et au bureau, et à "toutes ces alcôves humides, anxieuses" que sont pour lui les couples et les familles. Qu'il s'agisse de l'enquête ou du roman, le récit est à la troisième personne et le personnage est simplement nommé "le garçon". Avec une colère rétrospective, informée aujourd'hui des causes, des fins et des moyens, Jérôme Meizoz revient sur les grands mensonges de l'éducation différenciée des filles et des garçons (...) Il décrit la violence sociale à l'œuvre dans ce processus de dressage. (...) Rien n'est jamais sûr. Et même celui qui réussit à "faire le garçon" selon la norme peut à tout moment être démasqué. (...) Renversant cette perspective, le jeune homme prostitué du roman reçoit des femmes blessées abîmées par la violence sociale ou conjugale. Ensemble, ils redistribuent les rôles, pour jouer enfin vraiment." Eric Chevillard

Jérôme Meizoz invité de Tribu (RTS) autour de la masculinité

Bulletin du Cercle littéraire de Lausanne, mai 2017

"... Tout en douceur et en réserves, Faire le garçon déroule une double trame, comme en miroir. (...) [P]eu à peu les deux trames se rencontrent et finissent par fusionner, l'homme qui enquête sur son passé et le garçon qui gagne sa vie grâce aux caresses qu'il prodigue devenant petit à petit le même personnage, l'un rêvant les songes de l'autre, l'autre souffrant de la même déréliction maternelle que le premier. (...)" Catherine Dubuis

Le Courrier

"... Dans Faire le garçon, l'exploration romanesque de l'intimité à différents âges alterne avec l'enquête. A travers le document, la citation, le poème ou le journal intime, il interroge la construction des identités sexuelles et l'emprise des conventions sociales sur la génèse des corps dans un univers rural. (...) [Faire le garçon], un beau titre pour un roman d'initiation réussi, où l'on retrouve le style en clair-obscur de l'auteur, ce peu de mots qui disent beaucoup." Maxime Maillard

Le Temps

"C’est un garçon «avec un cœur de fille» qui grandit sans mère dans un monde d’hommes. L’auteur l’appelle «Le Garçon» mais on peut aussi lire «J.». Un fil autobiographique se déroule dans l’œuvre littéraire de Jérôme Meizoz, tiré avec une distance chèrement acquise (...) Avec Le Garçon, il ne s’agit plus tellement de «rebattre les cartes du temps» que de démonter la fabrique de la virilité dans une société où être un homme répond à une norme rigide. (...) Le récit avance en deux lignes parallèles, trente fragments chacune, l’une nommée «Enquête», qui s’appuie en partie sur des documents, l’autre «Roman». (...) Elles se rejoignent peut-être à l’infini du récit. L’«Enquête», plus sociologique, met en perspective les rites qui marquent une éducation virile, dans une campagne marquée par le catholicisme le plus conservateur, dans la deuxième moitié du XXe siècle. Récit d’éducation, elle montre comment se construit un garçon, dès qu’il est sorti de l’indistinction angélique entre les sexes (...) Le héros d’«Enquête» a fait le choix des livres et de la science, celui de «Roman» emprunte une autre voie vers la liberté. (...) Pour vivre, il vend son art de la caresse à des femmes délaissées. (...) Toute l’œuvre de Jérôme Meizoz s’articule selon ces deux axes – le sociologue de la littérature, l’élève de Bourdieu, le professeur qui explore avec ses étudiants les œuvres contemporaines, le lecteur d’Annie Ernaux – et le poète et romancier qui se souvient des paysages et des émotions de l’enfance. A l’orée de la cinquantaine, Le Garçon réunit les deux dans un mouvement d’apaisement apparent." Isabelle Rüf

Tribune de Genève/24 Heures

"Faire le garçon tient du livre singulier, tant dans la forme que dans le propos. Dans cet opus d’une réjouissante originalité de ton s’entrelacent deux histoires. Les 30 chapitres impairs forment une enquête, tandis que les 30 pairs s’agencent en roman. Ces soixante entrées se répondent pour questionner deux manières de vivre en homme. Même avec «un cœur de fille». (...) Jérôme Meizoz convoque avec style deux visions d’une masculinité en marge des clichés, montrant par là que la fiction peut produire l’un de ces textes novateurs que Virginie Despentes appelait de ses vœux dans King Kong théorie: les hommes «qui sont si bavards et compétents quand il s’agit de pérorer sur les femmes, pourquoi ce silence sur ce qui les concerne»?" Caroline Rieder

Allemand

Éditeur: Elster Verlag
Année: 2017

Séismes (2022, Zoé poche)

Séismes

Tableau impressionniste d’une bourgade durant la décennie 1970, Séismes raconte le parcours troublant d’un enfant vers l’âge d’homme. Sidéré par la perte de sa mère et l’étrangeté du monde adulte, le narrateur égrène les instants rares où l’existence atteint son maximum d’incandescence. Sa voix, accordée à l’oralité des rues, dit la sensualité des odeurs, du toucher, et donne au récit une épaisseur singulière.


Par une écriture minimale et rythmée, Jérôme Meizoz rejoint l’émotion par l’épure.

Préface de Claire Devarrieux

Malencontre

Tout le monde l’appelle Le Chinois. On se moque doucement de lui, de ses poèmes, de ses « théories à la con ». L’année de ses quinze ans, il s’est épris de Rosalba. Elle, elle n’a rien vu, rien su et épousé l’héritier de la prospère Casse automobile. Au fil du temps, cet amour non partagé s’est librement déployé dans l’esprit fertile du Chinois. Le jour où Rosalba se volatilise, la police diffuse sans succès un appel à témoins. Pour comprendre cette histoire dont il perd sans cesse le fil, Le Chinois interroge les proches de la disparue. Toutes leurs voix dessinent l’inquiétant motif d’un miroir éclaté. Anti-polar et célébration de l’imagination amoureuse, Malencontre oppose à l’âpreté du réel les forces de l’humour et de l’invention.

Absolument modernes !

Absolument modernes ! est la chronique caustique et navrée de la modernité suisse des années 1970 et 1980 : le pari sur la croissance illimitée, le culte du marché et de la technique. Entre satire et récit intime, un certain Jérôme Fracasse conte les Trente Glorieuses traversées par son père, ouvrier convaincu de l’«avenir radieux». Documents, slogans et tracts d’époque autant que souvenirs de famille dessinent une période exaltée et ambiguë : la construction de l’autoroute du Rhône, l’ouverture des supermarchés, le règne de la télévision et de la voiture, le développement massif du tourisme dans les Alpes.

La croyance heureuse du père dans le «régime des promesses», la volonté de s’arracher à un passé de pénurie et le tourbillon de la société de consommation : tels sont les grands traits de cette fresque où drôlerie et gravité sont indissociables.

Haut Val des loups

Un village de montagne, la nuit. Un étudiant sauvagement battu par trois inconnus. Le Jeune Homme se consacrait à la défense de l’environnement. Un groupe de militants candides soutient la cause qui lui a presque valu la mort. Dans les cafés, chacun y va de son avis. La rumeur galope. Les preuves manquent, l’enquête s’enlise et la justice finit par déclarer forfait. La police a-t-elle examiné toutes les pistes de l’affaire ? Qui n’a pas intérêt à ce que la vérité éclate au grand jour ? Épais comme un roman, le dossier reste secret. Mais parfois le silence ne suffit plus : ici commence la littérature.

Haut Val des loups reconstitue les années ardentes et cocasses de jeunes gens aux prises avec une société close, décidés à sauver la nature et changer le monde…

 

 

 

 

Séismes (2013)

Séismes

 

Tableau impressionniste d’une bourgade durant la décennie 1970, Séismes raconte le parcours troublant d’un enfant vers l’âge d’homme. Sidéré par la perte de sa mère et l’étrangeté des adultes, le narrateur égrène ses récits de chocs, instants rares où la vie se livre à son maximum d’incandescence. Accordée à l’oralité des rues, sa voix dit la sensualité des odeurs, du toucher dans un récit à l’épaisseur singulière.

Dans tout ce livre règne une gaieté cruelle, proche de celle d’un Fellini ou d’un Prévert, pour tenir en respect la « tristesse qui fermente en silence comme un vin abandonné ».

Grâce à une écriture minimale, d’un rythme envoûtant, Jérôme Meizoz rejoint l’émotion par l’épure. 

Destinations païennes (2013, Minizoé)

Destinations païennes

 

« Je viens d’un pays où le passé saisit le présent et le mord… »

Le passé empiète sur le présent. On est en pays occupé par la déesse Mémoire. Pour que la vie triomphe, le narrateur cherche une issue dans le vaste monde. Ces courts récits célèbrent l’échappée belle du voyage.

Jérôme Meizoz, né en 1967 en Valais, est écrivain et essayiste. Il enseigne la littérature à l’Université de Lausanne.

Postface de Roselyne König-Dussex

 

 

Le Rapport Amar

 

Bruno Lesseul, un linguiste renommé, est accusé du meurtre atroce de Juliana Amar, une jeune brésilienne, spécialiste des rites sacrificiels du candomblé. Un criminologue, chargé du Rapport sur cette affaire où Lesseul refuse de parler, livre un récit distancié des faits. En étudiant les notes et le journal de l’accusé, un être tourmenté par le passé et par l’écriture, l’expert reconstitue le lien complexe qu’il a noué avec Juliana. Féru de dialectes et de langues orales, révolté par l’aliénation verbale des ethnies colonisées, Lesseul ne fait plus la différence entre ses enquêtes linguistiques et sa perception de Juliana, à laquelle il reproche de négliger ses racines. Par amour, celle-ci cède du terrain.

Véritable curiosité littéraire, Le Rapport Amar raconte la dérive d’une passion exclusive pour le langage.

 

Les Désemparés

 

La faille de vivre, qui ne la connaît pas ? Sur la fragilité et l’incertitude des vies, ce livre s’égrène comme une suite de scènes et de portraits. Les récits brefs portent sur les moments et les lieux où basculent des personnages laissés pour compte.

Quelle place reste-t-il pour ce qui, en nous, palpite et refuse de se soumettre aux exigences du monde diurne ? Que deviennent celles et ceux qui ne peuvent s’insérer dans le rythme de nos sociétés ?

Les désemparés qui hantent les villes nous renvoient aux étranges misères de la réussite. Passants pressés, c’est à peine si nous osons lire nos propres désarrois dans leurs yeux.

«Ne riez pas : mettez vos noms sur leurs visages.»

Faire le garçon: extrait

Enquête 1

Si ça vous chante, appelez-le «J.». N’importe quel prénom fera l’affaire.

Moi, je préfère «le garçon». Celui resté sans mémoire de mère. Ni caresse, ni paroles, rien n’a tenu bon ; pas même la voix. Accent, timbre et ton sont perdus. Aucun souvenir du giron, de la tiédeur.

Un être inachevé.

Les images qu’il repêche de la morte sont pâles comme d’anciens clichés. Son visage, la coupe de cheveux d’époque, le manteau de laine à pois noirs et blancs, et pourquoi pas un tailleur beige ?

Quel lien ai-je encore avec ce garçon, quarante ans après ? Presque aucun. Cette curieuse créature a l’air emmurée dans une pièce vide.

 

J’ai beau creuser, il n’y a pas d’entrée. Guère d’émotion palpable, reviviscente. Encéphalogramme plat. Même à la lecture d’une lettre écrite pour la grande malade à l’hôpital :

                                                                                    Mardi matin à 8 heure

Ma petite maman,

Hier au soir à 8 heures j’étaits dans mon lit et j’ai prié et bien pensé à toi.

Je suis désabillé et comme j’ai été gentil je peux voir un peu le film. Papa a fait un bon gâteau aux œufs.

Jacques va à la gym et papa a été jouer aux cartes.

Fabienne a fait la lessive.

Et Madeleine la vaisselle.

tout le monde pense bien à toi et t’embrasse fort.

A dimanche

ton petit j.

 

Très tôt, le garçon a dû voir tout cela sur une sorte d’écran, à distance. Entre lui et le monde, quelque chose s’est vitrifié.

Il peut évoquer la mère sur un ton neutre, sans faire venir la douleur ou l’hébétude. Ses amis s’étonnent de ses libres propos sur la disparue, sur l’ultime geste, spectaculaire, dramatique, dirigé contre elle-même.

Le garçon tâte l’écran protecteur, infiniment carcéral. Une sorte d’aquarium. Quartier de haute sécurité.

Ce qu’il en tire ? Peut-être, plus tard, des justifications au loisir d’écrire : convoquer à nouveau les absents, espérer rebattre les cartes du temps. Transformer les peines en menus plaisirs. Words, words, words.

Laissons-le à ses explications.

 

 

Roman 1

C’est au temps de la vie portable, du grand jamais, des travailleurs nomades. Le village, les lisières, le génie des lieux, sur tout cela la page est tournée : partout désormais, artères hurlantes, carrefours et plateformes, grouillant de solitudes innombrables.

Le garçon un peu perdu dans les rues parle tout seul, à voix haute, autosuffisant comme une petite centrale d’énergie. Téléphone, ordinateur portable, baladeur avec musique, sac à dos.

Toujours en route ! lui lancent les amis.

Toujours dans l’entre-deux.

 

Né vieux, il a mis des années à rajeunir. Brisant un à un les récits qui l’avaient bâti. Et se brisant peut-être avec eux.

Sans argent, il mise son avenir sur les études, le diplôme. La vie meilleure commencera après. Avant tout, trouver un bon poste ! Sous la peau, la hantise de l’usine... Revenir en arrière, faire comme le grand-père, embauché à l’adolescence pour n’en plus sortir.

L’été, le garçon fait de petits métiers, bûcheron, employé chez les paysans. Dès que possible, il se replonge dans les livres, comme les moines. Alors ses mains restent intactes.

Le sentiment d’irréel croît au fil des mois. Il voudrait travailler en force, avoir un corps, toucher des choses réelles. Les contraintes de la vie de bureau, des horaires fixes, les supportera-il ? Il a besoin d’inventer.

 

A vingt ans, il envisage une solution.

Autrefois on parlait des filles de la campagne qui avaient mal fini en ville. Pour les garçons, personne ne disait ça, curieusement. Pourtant on a connu des fils de famille échoués à la Sorbonne, séchant les cours pour les parties de cartes ou les bonnes bouteilles. Une fois levé le couvercle, à eux la belle vie !

Ce genre de jeux ne le tente pas. Il veut une autre liberté.

Lui, le garçon, devra exactement organiser sa vie.

Ni bohème, ni ruisseau. Mais surtout ni fabrique, ni bureau.