parution octobre 2022
ISBN 978-2-88907-086-2
nb de pages 288
format du livre 105x165 mm

où trouver ce livre?

Corinna Bille

Deux passions

résumé

Une fillette accusée de sorcellerie parce que fascinée par la nature et sa magie dans le Valais de l'Ancien Régime (Emerentia 1713); l'amour d'une jeune paysanne et de "Monsieur", le riche peintre dont elle s'occupe des enfants (Virginia, 1891): dans ces deux passions, l'une tragique, l'autre heureuse, la sensualité est confrontée à la culpabilité chrétienne. Elle pulse dans ces pages parmi les plus émouvante de S.Corinna Bille.

Préface de Jérôme Meizoz

biographie

Corinna Bille (1912-1979), romancière et auteur de nouvelles proches du fantastique, excelle dans les fictions courtes. Elle a reçu en 1975 la Bourse Goncourt de la nouvelle pour La Demoiselle sauvage. Dans un monde cartésien, informatisé, son œuvre propose un retour aux sources et une quête de l’unité primordiale.

Théoda (2022)

Théoda

Avec l'émerveillement propre à l'enfance, Marceline raconte la vie d'un village paysan entre plaine et montagne; et comment, en épousant son frère aîné, Théoda est entrée dans la petite communauté.
Théoda la fascinante, la vivante, Théoda la dangereuse aussi, qui, à l'insu de tous sauf de la fillette, en aime un autre. Jusqu'au drame.

Préface de Pierre-François Mettan
 

Emerentia (2016)

Emerentia

Emerentia 1713 fait partie d'un diptyque, Deux Passions, dernier ouvrage paru du vivant de Corinna Bille. Après une édition en Minizoé, le texte ressort cette fois-ci au format Zoé poche. Dans un Valais féodal qui semble tout droit sorti du Nom de la rose d’Umberto Eco, la petite Emerentia, jeune aristocrate née d’une mère obscure, est confiée à un curé. Son amour de la nature et son imagination font vite passer la fillette pour une sorcière, et son tuteur use des pires châtiments pour tenter de redresser ce caractère peu conforme aux dogmes catholiques. Au point de causer la mort de l’enfant. En contrepoint de cette sombre destinée, Corinna Bille dépeint une nature belle et pure, plus propice au merveilleux qu’à la sorcellerie, mais crainte et méconnue des hommes.

Ouvrage disponible dans une nouvelle édition: https://www.editionszoe.ch/livre/deux-passions

Jours fastes. Correspondance 1942-1979 (2016, domaine français)

Jours fastes. Correspondance 1942-1979

Cette correspondance est un document d’histoire littéraire de premier plan. Il fournit d’une part de précieuses informations sur la vie des années 1940 à 1975 en Suisse romande, et suscite d’autre part réflexion en matière de littérature, notamment sur le lien entre cette « province française qui n’en est pas une » (Ramuz) et ce qui se joue à Paris. Il soulève enfin des questions culturelles à plus large échelle, d’ordre économique et social. Nous avons là ce que les historiens appellent des « archives de la vie privée ». Apprenant par exemple le choix de Corinna Bille de vivre seule, en 1944, à Lausanne pour la naissance du premier enfant alors qu’elle est toujours mariée ailleurs, le lecteur découvre comment une femme démunie peut rester coquette et suivre les conférences savantes de Charles Albert Cingria sur la musique médiévale ; puis, mère au foyer de trois enfants en Valais, région de tradition très catholique, comment elle parvient à se ménager une fenêtre dans sa journée pour écrire. Les différends entre les deux époux au sujet de l’alimentation et de l’éducation sont d’autres éléments aussi passionnants.

Elle, Corinna, rêve d’une « chambre à soi » (selon l’expression de Virginia Woolf) mais aussi de voyages lointains. Lui, Maurice, toujours sur la route, passe de périodes de grande vitalité à des moments d’abattement et de mélancolie. La lettre devient une méditation qui lui permet de s’expliquer. Ce qui frappe, c’est la continuité et la longévité dans l’attachement.

A l’interface de la vie privée et publique, le genre de la correspondance se lit autant comme un documentaire que comme une fiction romanesque, en tout cas pour ce qui est de cette exceptionnelle saga conjugale.

 

Rose de nuit ou le sursis (2009, Minizoé)

Rose de nuit ou le sursis

Ainsi cette amoureuse au nom de fleur détourné obtient avant que la mort ne vienne tout sceller un «sursis» : une errance qui lui permet de refaire le voyage, de regarder une dernière fois autour d’elle, de retrouver des visages et des gestes, d’embrasser la beauté saugrenue du monde et surtout de porter encore un peu sa douleur informulée, inavouée, en somme de rassembler son être meurtri avant d’être cette morte parfaite aux mains croisées, un chapelet entre les doigts.

L’œuvre de S. Corinna Bille (1912-1979) est aussi envoûtante que salubre : il n’y a pas de temps mort.

Préface de Doris Jakubec

Emerentia (1994, Minizoé)

Emerentia

Emerentia 1713 fait partie d'un diptyque, Deux Passions, dernier ouvrage paru du vivant de l'auteur (1912-1979). L'histoire raconte le drame de la petite Emerentia, une enfant maltraitée parce qu'elle est soupçonnée de sorcellerie. Contrebalançant cette sombre destinée éclate la magique nature du Valais, d'une fraîcheur et d'une sauvagerie antédiluviennes que la plume de Corinna Bille semble être la seule à pouvoir évoquer avec autant de ferveur.

Ouvrage disponible en poche : https://www.editionszoe.ch/livre/deux-passions

Deux passions: extrait

Emerentia est assise sur le devant de la selle, ses petits pieds contre la crinière, bien tenue autour de la taille. Elle aime chevaucher ainsi et dominer le monde dans les bras du seigneur son père.
On commence à paver certaines rues de la ville avec les cailloux ronds et blancs du fleuve, aussi purs que l'albâtre.
Les deux cavaliers passent par la rue des vaches, ils font le tour des remparts et, par la porte de l'Ouest, se lancent dans les sables et les prairies où s'ouvre la tulipe sauvage.
Ils allèrent un jour très loin vers le couchant rouge jusqu'aux marais des Praz-Pourris.
Au retour, Mme de M. les a vus. Elle a pincé longuement ses lèvres qui sont devenues bleues.
— Je ne veux plus que vous sortiez la petite ainsi. C'est trop dangereux pour elle. Et pour vous.
Le seigneur ne répond pas. Il admire sa seconde épouse et il la craint.

Quand avait eu lieu leur mariage, Emerentia avait cinq ans.
Devant la cathédrale attendaient les messieurs à fraise tuyautée, chapeau à la calotte en pain de sucre et, derrière eux, les éclopés, les pauvres. La nef pleine, les notables à genoux sur les bancs blasonnés.
Un cri.
Deux laquais en livrée charbonneuse et boutons d'or fendent la foule. Ils portent Emerentia, tout entière vêtue de velours noir d'où pendent deux petits brodequins violets. Une duègne les suit. Ils sortent.
— Elle n'a pas supporté l'encens, dit quelqu'un.
— Dites plutôt qu'elle ne supporte pas la mort de sa vraie mère. Cette cérémonie solennelle ne peut que lui en rappeler une autre...
— L'enterrement.
— Le seigneur s'était mésallié. À présent, il a pris une personne de haute naissance.
Une femme du peuple gémit:
— On a raconté que la fillette griffait le cercueil de la défunte, qu'elle se couchait dessus, qu'elle hurlait.
— Les chiens qui aiment leur maître font ça aussi.