parution février 2016
ISBN 978-2-88927-312-6
nb de pages 288
format du livre 140 x 210 mm

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Max Lobe

Confidences

résumé

Max Lobe est retourné chez lui. Il est allé dans la forêt camerounaise rencontrer Ma Maliga pour qu’elle lui raconte ce qu’elle sait du mouvement de l’indépendance au Cameroun et de son leader Ruben Um Nyobè. Le roman est le récit de Ma Maliga, femme vive et espiègle malgré son âge bien avancé, volubile, généreuse, digressive, dotée d’un bon sens stupéfiant. En racontant, elle n’oublie pas de boire, et de faire boire son interlocuteur. C’est donc avec un mélange de légère ivresse, en tout cas une grande allégresse, et de profonde gravité, que le lecteur découvre l’histoire de l’indépendance du Cameroun et sa guerre cachée. 

 
 

biographie

Né à Douala en 1986, Max Lobe grandit dans une famille de sept enfants. Il arrive en Suisse à l’âge de 18 ans, deux ans après l’obtention de son Bac. À Lugano, il suit des études de Communication et journalisme. Passionné d’histoire et de politique, il suit un Master en Politique et Administration publique à l’Institut des Hautes Etudes en Administration Publique de Lausanne. Il est établi aujourd’hui à Genève.

Max Lobe a été bercé par la littérature et les contes négro-africains. Aussi admire-t-il Ahmadou Kourouma, Aminata Sow Fall, Calixthe Béyala, Birago Diop (Les contes d’Ahmadou Koumba), mais encore Alain Mabanckou, Foutou Diom  ou encore Sefi Atta. Il s’intéresse également à la littérature suisse. Les textes de C.F. Ramuz constituent aujourd’hui une de ses sources d’inspiration, tant pour l’écriture que pour la profondeur des personnages.

"Confidences" de Max Lobe lauréat du prix Ahmadou Kourouma 2017

Le Prix Ahmadou Kourouma récompense un ouvrage, un essai ou une fiction consacré à l’Afrique noire, et dont l’esprit d’indépendance, de lucidité et de clairvoyance s’inscrit dans le droit fil de l’héritage légué par le grand écrivain ivoirien. 

http://www.salondulivre.ch/fr/pages/le-prix-kourouma-12621

Choisir

"Impossible de ne pas se laisser envoûter, comme on le ferait à l’écoute d’un griot. L’auteur réussit pleinement à faire se croiser oralité et écriture. […] Plein d’émotions et d’ambivalences, avec souvent une pointe d’humour salvateur, le récit nous renvoie vers ceux qui, aujourd’hui encore, en Afrique et ailleurs, vivent les horreurs de la guerre." Lucienne Bittar

Alouette (Association Suisse des journalistes francophones)

"Dans un récit aussi éloigné du dolorisme que de la nostalgie, l'auteur prend le large et revisite l'histoire de son pays natal, le Cameroun, à l'aube des Indépendances. Une vieille femme, témoin de cette période troublée accompagne et guide le narrateur : Ma Maliga. Incarnation de la sagesse, cette figure digne d'un conte joue le rôle d'intercesseur : par le mérite d'une écriture  au plus près du parler populaire, mais sans affectation ni exotisme, au gré d'une déambulation agrémentée par de larges rasades de vin de palme, se révèle peu à peu l'épopée de Ruben Um Nyobè, figure révolutionnaire qui, encore aujourd'hui, fait l'objet d'un silence embarrassant."

TV5 Monde

Marianne

"...Portée par un verbe vif et cocasse, sa gouaille emprunte à une langue métissée, imagée, réinventée, et sait transformer les souvenirs, malheureux ou drôles, en un livre d'histoire épique." Frédérique Briard

Mon inventaire à la Prévert

"...Le lecteur s’attache à [la] vieille dame au caractère bien trempé et à son parler très imagé. La légèreté et l’autodérision toujours bien présentes dans l’écriture de Max Lobe, permettent, paradoxalement, de mieux saisir la gravité des faits qui se sont joués à cette époque. Si l’écrivain se refuse de pointer du doigt un coupable, il semble penser que seul un travail de mémoire apaisé peut, à l’avenir, empêcher ces événements de se répéter. (...)"

Lire l'article entier ici

Le Monde

"...Confidences (...) se lit comme un livre d'histoire d'un nouveau genre, vivant et porté par la voix du peuple." Gladys Marivat

L'Orient littéraire

"... [Mâ Maliga] raconte tout à partir de l'intime, du quotidien des gens, et notamment de la petite fille qu'elle fut et pour qui les affaires du village, la routine familiale, les querelles des parents s'entremêlent intimement avec la vie politique. Nous assistons ainsi à une belle fresque, cocasse, vivante et caustique de l'existence d'une communauté villageoise du Cameroun (...)

Roman à hauteur d'homme ou de femme, Confidences est précieux non seulement parce qu'il raconte des événements terribles à partir du regard et de la langue des gens qui n'ont d'autres références et d'autres sources que leurs épreuves et leurs souvenirs, mais parce que ce faisant, il opère une sorte de réappropriation de l'Histoire par ceux qui l'ont subie. (...)"  Charif Majdalani

Article entier ici

Afrique Asie

"... Passionnant, riche de notations ethnographiques et enluminé par un style imagé pour mieux rendre les saveurs de l'oralité, l'ouvrage du jeune romancier camerounais est aussi la quête identitaire de l'immigré qui découvre un pan occulté de l'histoire de son pays." Luigi Elongui

Max Lobe invité sur RFI

Jeudi 3 mars, Max Lobe était l'invité culture d'Olivier Rogez sur RFI, autour de son dernier roman, Confidences.

Réécouter l'émission en cliquant ici.

Tribune de Genève

"Un ouvrage documenté, poignant, parfois drôle et superbement ficelé." (Marianne Grosjean)

Max Lobe invité sur TV5 Monde

Max Lobe est l'invité de l'émission 64 minutes pour parler de son dernier roman, Confidences. Revisionner l'émission ici (Max à 17:37).

Lexnews.fr

"... Max se questionne (...) profondément (...) sur son identité propre d'Africain ou d'Africain Suisse, sur la vérité historique de son pays,la version écrite des colons et celle dite par le témoin le plus fiable, le peuple (...).

... nous sommes témoins de ce récit drôle et poignant et resterons longtemps troublés par ces pages d'une histoire bien souvent gommée de nos manuels et de la conscience collective, notamment française." Sylvie Génot

"Confidences" Dans "Jeune Afrique"

LA FEMME RÉVOLTÉE

La guerre d'indépendance a également inspiré Max Lobe, qui publie aux Editions Zoé "Confidences". Celles d'une vieille dame, Ma Maliga, qui a vécu dans sa chair la résistance contre la puissance coloniale. Elle lui a montré des traces de fouet sur sa peau, lui a parlé de camps, de torture, de disparition. Ma Maliga évoque aussi sa propre mère, timide femme à tout faire d'une famille française, qui se rebellera pour devenir une porte-parole d'Um Nyobè, figure de la résistance. Mais Ma Maliga insiste: parfois les rumeurs ne sont que des rumeurs, et les souvenirs, fabriqués. Là encore, l'on apprend la grande Histoire, tourmentée et complexe, grâce à celle des petites gens." Clarisse Juompan-Yakam

Max Lobe sur France 24

Dans le superbe décor de la librairie de Paris, place de Clichy, Max Lobe répond aux questions de France 24 sur son dernier roman, Confidences, et sur l'histoire de l'indépendance du Cameroun.

Max Lobe invité du 12:45

Max Lobe était l'invité du journal de midi sur la RTS pour parler de son dernier roman, Confidences.

Le Temps des livres

"(...) Pour remonter aux origines, Max Lobe s'est enfoncé dans le temps. Il a tendu l'oreille aux murmures des ancêtres, s'est aventuré à la découverte de l'histoire et surtout des histoires multiples du Cameroun. Le voici en pays bassa, dans la forêt, à l'écoute de Ma Maliga, une vieille maman, malicieuse et déterminée, amatrice de vin de palme, qui a vécu dans sa chair la résistance contre la puissance coloniale. Elle en reste marquée au propre comme au figuré. Ces combats, violents, douloureux, sont incarnés par un homme, Ruben Um Nyobè, dont la geste historique vue à travers l'œil et les souvenirs de Ma Maliga forme l'ossature du livre, tandis que de brefs chapitres, à la première personne, racontent la redécouverte du Cameroun par l'auteur. (...)

Confidences est une toute nouvelle expérience d'écriture. Même si l'humour reste une composante essentielle du discours de l'écrivain, une gravité nouvelle s'est posée sur ses pages. (...)" Éléonore Sulser

Le Courrier

"(...) S'effaçant derrière sa narratrice, Max Lobe lui laisse le champ libre. Enivrée et enivrante, elle déploie avec aisance une parole truffée de termes en basa et d'expressions du cru, de mots doublés, d'onomatopées, un parler fluide et rythmé qui demande à être lu à voix haute. Inscrivant son récit dans une culture de l'oralité propre à l'Afrique, l'auteur recrée ainsi avec talent une langue qui sonne juste: on entend littéralement la vieille femme raconter les événements, les ponctuer de son rire, de ses exclamations, de ses lamentations. C'est que l'enjeu du langage est central dans le lutte d'un peuple pour sa liberté, qui passe aussi par cette reconquête (...).

Confidences allie ainsi précision des faits et subjectivité de la voix narrative. Il est aussi la rencontre entre un récit fondateur porté ar une parole vive et les préoccupations intimes de l'auteur, qui s'interroge sur son identité de migrant et son rapport à sa terre d'origine. (...)

Sa démarche, le récit de son périple et ses réflexions ponctuent le récit de Mâ Maliga, les deux discours alternant sans se mêler au fil de Confidences. Et, alors que la voix de la vieille femme résonne à nos oreilles de toute son oralité imagée et flamboyante, Max Lobe, lui, semble avancer avec précaution, ses phrases brèves et sobrement descriptives conférant à chacun des mots poids et intensité. (...)" Anne Pitteloud

dans LivresHebdo

"(...) Max Lobe a décidé il y a quelques mois de  faire un voyage au Cameroun. Le but de ce retour aux origines: découvrir l'histoire violente mal connue de son pays en partant sur les traces de Ruben Um Nyobè, héros martyr du mouvement pour l'Indépendance. Dans Confidences, (...) l'écrivain a pour guide Mâ Maliga, une vieille femme qui a vécu de près cette "guerre cachée" qui a ensanglanté les années 1950. C'est elle qui va raconter (...) les événements tragiques qui ont marqué son village au milieu de la forêt, dans le sud du pays. La verte octogénaire (...) livre ainsi un récit copieusement arrosé au vin de palme où la politique est distillée dans la chronique familiale. Dans son savoureux parler métissé, elle évoque ainsi sa mère, aussi puissante que dicrète, son père, "un intellectuel long-crayon", sa tante surnommée "la Reine de la machette" et le mari de celle-ci rentré fou de la guerre d'Indochine, la doyenne du village au bassa ponctué de mots d'allemand, héritage de l'ancien colonisateur (...).

"Que mes mots-ci que je vais sortir là maintenant de ma bouche sans dent entrent bien-bien dans tes oreilles et restent là-bas en dedans de ta tête", avait averti Mâ Maliga au début de son témoignage. Max Lobe a attentivement écouté la leçon." Véronique Rossignol

Arbre à lettres Bastille

"L'histoire de l'indépendance du Cameroun par la prose flamboyante de Max Lobe." Laura Picro

L'Esprit Livre

Quel personnage cette Ma Maliga ! Son charisme est aussi impressionnant que sa mémoire et son goût pour le vin de palme. Quant à sa voix qui nous raconte la guerre d'indépendance du Cameroun, elle n'a pas fini de résonner... Wujé !

Payot Cornavin

Au coeur du Cameroun avec Max Lobe.

Magnifique !

C. Grivel

Une petite prose

"... La vivacité, le bon sens, le courage et l'humour de la narratrice [Ma Maliga] sont proprement fabuleux et forcent l'admiration. Mais l'intérêt de ce livre réside aussi dans la découverte que fait Max Lobe: même s'il parle bassa couramment, il est considéré comme étranger...

Il réalise comme tout migrant rentré au pays qu'il ne sait pas s'il appartient aux deux cultures ou à plus aucune.

Un très beau livre, aussi passionnant pour ceux qui connaissent le Cameroun que pour les autres!" Dominique Bressoud

Arbre à lettres Bastille

Il y a un moment dans nos vies où "retourner au point de départ" est une nécessité, pour comprendre nos origines, notre essence.
Laissez-vous donc conter ici l'histoire d'un pays, le Cameroun, que l'on connaît si peu, celle du mouvement de l'indépendance et de son leader, Ruben Um Nyobè, par la pétillante Ma Maliga, qui a une manière unique de raconter, de nous tenir en haleine, par ses digressions, son humour, sa sagesse et les nombreux verres d'alcool.
Laura

Allemand

Titre: Confidences

Éditeur: Akono Verlag
Année: 2021

Français

Éditeur: éditions Proximité
Année: 2017

La Promesse de sa Phall'Excellence

AcaDa-Writa est le raconteur d’histoires de la république de Crevetterie. Pilier de bar, il trompe l’attente du peuple crevettard avec sa panoplie de fables. Dans sa tête, le fou occupe beaucoup de place. Et se manifeste sans crier gare, s’emparant de la bouchanus de son hôte pour réclamer l’avènement du Grand Jour que tout le monde attend, celui où Sa Phall’Excellence et Sa Clith’Altesse apparaîtront devant le peuple pour lui accorder sa part de richesse. Mais seuls les percepteurs de l’impôt royal toquent aux portes des habitants pour leur soutirer leur bien le plus intime et précieux.

Dans une langue pleine de fulgurances, Max Lobe façonne l’univers tyrannique et carnavalesque de La Promesse de sa Phall’Excellence.

Confidences (poche) (2021, Zoé poche)

Confidences (poche)

De retour au pays, Max Lobe est parti dans la forêt bassa rencontrer la vieille Mâ Maliga pour qu’elle lui raconte ce qu’elle sait du mouvement de l’indépendance au Cameroun et de son leader Ruben Um Nyobè. Confidences est le récit de cette femme volubile et espiègle, qui a vécu dans sa chair la résistance contre la puissance coloniale. En racontant, elle n’oublie pas de boire, et de faire boire son interlocuteur. C’est donc avec un mélange de légère ivresse et de profonde gravité que le lecteur découvre l’histoire de l’indépendance du Cameroun et de sa guerre cachée.

Préface d'Alain Mabanckou

Loin de Douala

Le petit Jean, un pied encore dans l’enfance un autre dans l’adolescence, et le grand Simon sauront-ils retrouver Roger ? Ce dernier a fui une mère injuste et colérique pour courir après un rêve, devenir une star du football. Partir de Douala, suivre la filière clandestine afin de sortir du pays, passer par le Nigeria pour finir en Europe : cela s’appelle faire « boza ».

Les péripéties de Jean et Simon aux trousses de Roger ont tout du voyage initiatique : ils découvrent le nord du Cameroun, une région à la nature somptueuse mais sinistrée par Boko Haram et la pauvreté, goûtent aux fêtes, mais Jean se confronte aussi à l’éloignement d’avec la mère, à l’apprentissage du manque et d’une identité sexuelle différente.

Max Lobe, avec sa gouaille et son humour, excelle à donner la parole à ses personnages, à restituer les atmosphères qui règnent dans la rue, les trains, les commissariats de police, les marchés ou les bars mal famés.

39 rue de Berne (poche) (2017, Zoé poche)

39 rue de Berne (poche)

Habitant avec sa mère Mbila la rue de Berne, Dipita jette un regard vif et joyeux sur ce quartier chaud de Genève. C’est là qu’à 16 ans, Mbila, arrivée du Cameroun, a été brutalement projetée dans la prostitution. Depuis, elle se débrouille et raconte sa vie à Dipita, qui aime l’écouter ; il aime aussi son oncle resté au pays, même si c’est lui qui a jeté sa mère dans les filets des « Philantropes-Bienfaiteurs ». Mais c’est l’univers exclusivement féminin des prostituées du quartier qu’il aime par-dessus tout, leurs commérages, leur générosité et leur tolérance.

Dans une langue très colorée et vivante, le narrateur décrit avec finesse aussi bien la réalité des Africains sans papiers que les paradoxes et les souffrances d’un tout jeune homme noir et homosexuel.

Découvrir le roman en vidéo ici

 

La Trinité bantoue

Mwána vit dans un pays au cœur de l’Europe, avec ses cousins blancs qu’il connaît bien. Certains parmi eux sont décidés à chasser les moutons noirs de leur territoire. La traque est lancée, les esprits s’échauffent. C’est dans ce contexte que Mwána cherche un emploi. Et rien n’est gagné.

Le jour où il décide de dépenser ses derniers centimes pour entendre la voix de sa mère restée là-bas, au Bantouland, sa vie se fige dans une parenthèse douloureuse. Mwána ne la reconnaît plus. Ah Nzambé ! Il traverse des moments cailloux dont il sait malgré tout savourer le sel. Grâce à son esprit vif et profondément joyeux, grâce à Ruedi le rouquin, à Madame Bauer la passionaria, ou encore grâce à Kosambela, sa sœur très catholique.

 

Avec La Trinité bantoue, Max Lobe précise et approfondit cette écriture inventive, chatoyante et visuelle initiée dans 39, rue de Berne qui l’a révélé comme un auteur prometteur.

39 rue de Berne

A 16 ans, la mère de Dipita atterrit du Cameroun en Europe, où elle est brutalement plongée dans le monde de la prostitution. Depuis, elle se débrouille. Sa naïveté, sa générosité et sa beauté lui permettent de survivre, malgré un «camion de haine dans son ventre ».

Elle raconte sa vie à Dipita, qui aime autant l’écouter que lui couper la parole pour continuer l’histoire lui-même. Dipita aime aussi son oncle et sa manière de vitupérer à longueur de journée les huiles de son pays, même si c’est lui qui a jeté sa mère dans les filets des « Philantropes-Bienfaiteurs ». Dipita aime encore celles qu’il appelle « ses mères » ; elles participent à son éducation, aux commérages et aux réunions de l’AFP (association des filles des Pâquis) et elles accepteront de manière déconcertante que leur petit Dipita devienne comme ça.

Dans une langue haute en couleurs et inventive, le narrateur décrit avec finesse aussi bien la réalité des Africains sans papier que les paradoxes et les souffrances d’un tout jeune homme noir et homosexuel.

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/39-rue-de-berne-1

 

 

extrait

 

1)

 

Voilà, ça y est. Je suis dans l’avion qui m’amène à Douala.

Retour au pays.

Mon cœur bat si fort.

La joie, mais aussi la peur de rentrer à la maison.

Douala, j’y ai vu le jour et passé les dix-huit premières années de ma vie.

Né à Douala, j’y ai grandi sans presque jamais me rendre dans une autre ville du pays. A l’exception de Yaoundé, la capitale.

Doualaien, qu’est-ce qui fait de moi un Camerounais ?

Cela me rappelle des amis genevois qui, malgré l’excellent réseau ferroviaire suisse, n’ont jamais traversé la Sarine à Fribourg pour se rendre en Suisse dite alémanique.

Qu’est-ce qui fait d’eux des Suisses ?

Pourquoi se décider seulement maintenant à retourner au pays ?

Kamerun : une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971).

J’ai assisté à une présentation de ce livre à Genève, en la présence de deux de ses co-auteurs : Thomas Deltombe et Jacob Tatsitsa.

Ils abordent la guerre d’indépendance du Cameroun dans les années 50.

La découverte de mon ignorance m’exaspère.

Je lis abondamment sur le sujet. Je creuse et des nappes de questions apparaissent : je décide de faire le pas du retour au pays.

Encore une petite hésitation.

Il me vient alors un si beau passage de L’Enigme du Retour de Danny Laferrière :

« On naît quelque part, si ça se trouve, on va faire un tour dans le monde, voir du pays, comme on dit,

Y rester des années parfois, mais, à la fin, on revient au point de départ. »

Mais, à la fin, on revient au point de départ.

Il était temps de retourner vers cette terre mal connue.

Surtout vers cette histoire récente, si peu abordée, voire gommée.

Sciemment.

 

2)

 Mon fils, que personne ne te raconte des histoires : que tu viennes de Douala ou de Yaoundé, il te faut seulement passer par Boumnyébel pour arriver dans mon village-ci où nous sommes là maintenant, à Song Mpeck. C’est obligé oh ! Ou ça ou rien ! Sauf si tu décides par toi-même de contourner par le ciel. Mais là, hum, je ne sais pas, moi, comment ça se trame, hein. De ma vie à moi, je n’ai jamais mis mes pieds dans un avion. Je n’en ai même pas encore vu un, comme ça, de mes propres yeux-ci ; sauf peut-être quand ça vole ici en haut, au-dessus de nos forêts, en nous cassant les oreilles avec son bruit. Tu m’entends ? Vous autres qui vivez de l’autre côté là-bas chez les Blancs, vous êtes les seuls à savoir où vous trouvez votre part de courage pour monter en dedans de ces appareils-là oh !

La route que tu as prise pour venir ici, celle-là qui relie Douala et Yaoundé a été construite il y a des années et des années maintenant par notre Papa président. Nyambè Lui seul sait quelles bénédictions Il lui versera pour cela. Mais tu sais quoi, mon fils ? Certaines mauvaises langues se sont très vite déroulées mille et deux mille fois pour dire que c’est seulement par chance que la route-là passe aussi par ici, à Boumnyébel. Je ne sais pas, moi, hein, pourquoi les gens aiment trop taper leur bouche-là sur des problèmes qui ne les regardent pas et qui les dépassent même en taille. Tu comprends ce que je te dis là ? Les bouches ont raconté partout ici dans la région que notre Papa président ne nous avait même pas dans ses plans ni en dedans de sa tête à lui lorsqu’il a demandé à ses gens de goudronner l’axe lourd Douala-Yaoundé. Mais voilà, ce qu’elles oublient, ces longues bouches-là, c’est que chance ou pas chance, nous aussi nous avons maintenant une bonne route pour arriver à notre village. Est-ce que ce n’est pas une bonne chose ?

Ah mon fils, qu’on ne te mente pas, avoir une route bitumée dans ce pays-ci, c’est une très bonne chose. C’est une chance. À mon époque à moi ? Oh que c’était différent ! Très différent même …

Ékiééé ! Je suis déjà là en train de discuter avec toi alors que je ne vous ai même pas encore souhaité la bienvenue, ni à toi ni à mon fils Makon qui t’accompagne ici. J’espère que vous avez fait un bon voyage, parce qu’en ces temps de fin d’année-ci, en décembre comme là-là maintenant, les gens meurent beaucoup sur nos routes. Un-deux, c’est un accident. Un-deux, ce sont des morts partout ! Je te jure. Wuyè !

Ah Makon ! Est-ce que tu peux aller dans ma cuisine, là-bas derrière la maison, pour me chercher une dame-jeanne de matango. C’est du très bon vin de palme. C’est un de mes fils du village qui me l’a rapporté hier en rentrant de son champ. Non. Attends. Tel que je te connais, toi Makon, tu risques de ne nous rapporter que la moitié de la bouteille ou même la bouteille vide. Est-ce qu’on peut demander au chat de contrôler du poisson ? Reste donc ici avec notre invité, j’irai moi-même chercher ce matango-là.

Mon fils Makon m’a dit que tu es venu de loin-loin. De très loin même. Il m’a dit que tu es venu du pays des Blancs là-bas où tu vis, seulement pour me voir. Il m’a dit que tu veux que je te parle de Um Nyobè. Est-ce que c’est la vraie vérité, ça ? Hum, vraiment ! Tu me fais honneur, ah mon fils. Ça me met beaucoup de joies dans le cœur qu’un jeune homme comme toi vienne d’aussi loin seulement pour me voir, moi Maliga. Le plus souvent, ceux qui partent chez vous là-bas, ils ne reviennent plus ici. Non oh ! Ils ne reviennent plus, eux. Ils calent là-bas. Je ne sais pas qui leur mange la tête comme ça jusqu’à ce qu’ils oublient tout, tout et tout, même le trou qui les a mis au monde. Est-ce que c’est comme cela qu’on se comporte ? Franchement, mon fils, tu me fais honneur. Que Nyambè te verse ta part de bénédictions. Qu’Il t’en verse beaucoup-beaucoup ! Tu m’entends ? Qu’Il t’en verse même un fleuve, s’Il le peut.

Mon fils, tiens. Bois un peu de ce bon matango. Ekiééé ! Pas si vite. Pourquoi est-ce que tu es pressé comme ça comme si tu avais la diarrhée ? Doucement ! Verses-en d’abord un peu par terre pour nos morts et nos ancêtres. Regarde. Fais comme moi. Comme ça. Voooilààà. Bien. Maintenant tu peux boire.

Mais dis-nous, est-ce donc la vraie vérité que tu as pris leur avion-là ? C’est comment en dedans de ça ? Ou alors tu es peut-être venu en pirogue ? Qui sait ? Parce que mon fils Makon m’a dit récemment que c’est maintenant comme ça que les jeunes gens comme toi font pour aller vivre chez vous là-bas, de l’autre côté, chez les Blancs. Ils prennent seulement la pirogue, eux. C’est pour cela que je demandais si toi aussi tu l’as prise pour revenir ici.

Bon. Laissons ces histoires d’avion et de pirogue par terre. Parce que la façon dont je te vois sourire comme ça-là comme les gens de chez vous là-bas, ça veut dire que tu n’as pas trop l’envie d’en parler. N’est-ce pas ? Il n’y a pas de problème.

Dis-moi, toi, pourquoi viens-tu à ma rencontre ? Qu’est-ce que tu veux savoir sur Um Nyobè…

Oh mon Dieu ! Regarde ce costaud moustique-là. Ah, il ne va pas m’échapper aujourd’hui ! Cela fait deux jours que je l’ai repéré. Je l’aurai. Attends un instant. Voooilààà ! Je l’ai eu cette fois-ci. Tu sais, mon fils, il faut faire attention : il y a trop de moustiques ici dans notre forêt. Ceux du soir surtout. À voir leur gabarit-là, on comprend tout de suite qu’ils sont des professionnels du suçage de sang. Je te jure ! Wuyè ! Mais sois sans crainte. La nature nous donne toujours des solutions à nos maladies. J’espère que j’aurai un peu de temps ces prochaines heures pour te montrer, dans la forêt qui nous entoure, des médicaments qui soignent le paludisme. Parce que moi Maliga qui te parle là, je ne fais plus confiance à ce qui vient de chez vous là-bas. Wuyè ! J’avais pourtant vu à la télévision, quand j’en avais encore une, que c’est chez vous que les Blancs fabriquent les vrais-vrais médicaments contre le paludisme et contre les autres maladies-là qui nous terminent ici comme ça comme des mouches. Mais pourquoi leurs médicaments ne marchent donc pas sur nous ici ? Est-ce que ça veut dire que nous ne sommes pas des hommes comme eux ? Ça ne fonctionne plus du tout sur nous. Tout le monde ici s’en est déjà rendu compte, mais les gens continuent à en prendre. En tout cas, moi je dis que ceux qui meurent encore du paludisme dans nos villages-ci, c’est parce qu’ils ne veulent pas croire aux pouvoirs de nos arbres et de notre forêt. Ils veulent seulement les médicaments qui viennent d’ailleurs. Ils veulent seulement se soigner avec les trucs qui ont pris l’avion ou la pirogue pour venir nous trouver jusqu’ici. Mais moi Maliga, je dis tant pis pour eux ! Mon problème est où là-dedans ? S’ils veulent, n’ont qu’à continuer à attendre les pilules magiques des Blancs.

Viens. Viens donc par ici, mon fils. Nous devons partir. Nous n’avons pas le temps pour nous asseoir toute la journée. J’ai beaucoup de choses à te montrer et te raconter. Viens, allons-nous en. Surtout, prends la dame-jeanne de matango avec toi. Ekiééé ! Est-ce qu’on laisse sa dame-jeanne de vin de palme derrière soi comme ça quand on sait que Makon est à la maison ? Non oh ! Prends-moi notre matango. Et n’oublie pas les gobelets en plastique-là. Allons-y !

Ouvre bien tes yeux mon fils et regarde le chemin que nous allons emprunter. Comme ça, la prochaine fois que tu viendras ici – et j’espère bien que tu reviendras, parce que ceux qui partent chez vous là-bas, ils ne reviennent plus ici – si je ne suis plus en vie, tu pourras te promener dans cette forêt sans avoir besoin d’un guide. Même pas de mon fils Makon. Et tu pourras, toi, servir de guide aux autres.

J’étais encore une jeune fille lorsque j’entendais Um Nyobè et ses camarades parler de leurs machins-trucs de politique-politique-là. Est-ce que tu m’écoutes ? Bien. À cette époque, personne n’y comprenait rien à rien. On pensait seulement qu’ils s’amusaient, eux. On pensait qu’ils faisaient trop de bruit dans le vide pour rien. On disait même, pour se moquer d’eux, qu’ils courraient en dedans d’un sac. Qu’ils n’allaient aboutir à rien, eux-là. Mais est-ce qu’on pouvait même s’imaginer que cette histoire-là, l’histoire de l’indépendance dont ils parlaient, allait devenir ce que ça a fini par devenir ? Est-ce qu’on savait que ç’allait devenir un truc qui nous dépasserait en taille, nous ?

Est-ce que tu sais que les gens avaient fini par lui donner le nom de Mpodol ? Tu sais ce que ça veut dire ? Voooilààà ! C’est bien. C’est bien que tu n’aies pas oublié nos langues d’ici. Les jeunes de maintenant ne font plus d’effort pour apprendre nos langues du village, hein. Ils veulent seulement parler le poulassi, le gros-gros français des Blancs. Mais mon problème est où là-dedans ? Tant pis pour eux !

Aujourd’hui, trouver encore un Mpodol, un porte-parole, quelqu’un qui sache vraiment parler et défendre les intérêts de son peuple comme l’a fait Um Nyobè, ah ça non, c’est impossible. Zéro. Il n’y a plus personne. C’est moi qui te dis qu’il n’y a plus personne. Tu m’entends ? Ceux qui chantent partout de nos jours qu’ils font de la politique, qu’ils parlent pour nous, pour alléger nos souffrances, en réalité ils ont faim. Ils ont même trop faim, mon fils. Tout ce qu’ils veulent, c’est seulement manger leur part d’argent sur notre dos. Mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? C’est pour cela que j’avais dit à Makon de rentrer aussi dans la politique, même seulement dans une petite section de village. Ce sont les choses de la politique qui donnent de l’argent maintenant dans ce pays, mon fils. Mais est-ce que Makon veut m’écouter ? Il se prend pour Yésu-Cristo : il veut mourir pour les péchés des autres. Ce qu’il oublie c’est que même Yésu-Cristo en personne, ça l’a dépassé et il a couru vite-vite chez Nyambè, son père, pour Lui dire de le reprendre et de nous laisser, nous humains, tranquilles dans notre méchanceté. De nous laisser tranquilles dans notre mauvaiseté.