parution février 2024
ISBN 978-2-88907-333-7
nb de pages 304
format du livre 105x165 mm

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Lukas Bärfuss

Cent jours, cent nuits

Traduit de l'allemand par Eberhard Spreng Bertrand Chartreux

résumé

Rwanda, début des années 1990. Le Suisse David Hohl étouffe dans son quotidien morne à l’aide au développement. C’est dans sa liaison avec Agathe, fille d'un fonctionnaire hutu, et l’instabilité politique causée par le soulèvement des Tutsis qu’il trouvera l’excitation inquiète nécessaire pour sortir de sa léthargie. Jusqu’à ce que survienne l’horreur, en 1994: le génocide des Tutsis par les Hutus.
Plutôt que de fuir, David se tapit dans sa maison de Kigali durant les cent jours du massacre. La culpabilité, l’effroi, la faim et la solitude se mêleront dans ce huis clos environné de pure violence.

biographie

Né en 1971, Lukas Bärfuss vit à Zurich. Aujourd’hui, il est l’un des auteurs germanophones les plus connus. Politique, combatif, dans la tradition des grands intellectuels allemands, il se bat pour un monde où les valeurs de l’esprit l’emporteraient sur celles de l’économie. Avant de  vivre de sa plume, il a été ferrailleur et jardinier, puis a repris une librairie. Bärfuss se confronte aux questions de société, en particulier celles qui concernent les plus faibles. Ses textes, Lukas Bärfuss les imprègne d’une force rythmique qui vient de son expérience de dramaturge. Il en ressort un puissant effet de réalisme.

« Lukas Bärfuss s’inscrit résolument dans la lignée des Max Frisch, Friedrich Dürrenmatt ou Adolf Muschg, celle des écrivains citoyens ». Catherine Bellini, L’Hebdo

mardi 28 mai 2024 20h00

Lukas Bärfuss au festival Passa Porta (Bruxelles)

Avec Beata Umubyeyi Mairesse
Passa Porta Bookshop, Rue Antoine Dansaert 1-73, 1000 Bruxelles

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Le carton de mon père (2024, domaine allemand)

Le carton de mon père

À la mort de son père, il y a vingt-cinq ans, Lukas Bärfuss refuse l'héritage, constitué essentiellement de dettes. Il ne garde qu'un carton, rempli d'une triste paperasse. Quand, à la faveur d'un grand rangement, il l'ouvre et passe en revue ce qu'il contient, c'est toute son enfance précaire qui défile.
À la lumière de la Bible, Darwin, Claude Lévi-Strauss ou Martine Segalen, l'écrivain décortique les notions de famille et d'origine, ces obsessions dangereuses de notre civilisation. Il en profite pour évoquer les "biens jacents", ces biens sans propriétaires que sont les océans, les animaux sauvages, et surtout les déchets. Dans cet essai qui est sans doute son livre le plus personnel, Lukas Bärfuss démontre une fois encore son esprit critique acéré.
 

Traduit de l'allemand par Lionel Felchlin

Hagard (2018, domaine français)

Hagard

Hagard raconte une perte de contrôle subite et totale. Philip, promoteur immobilier, la quarantaine, se met à suivre une femme inconnue qui porte des ballerines bleu prune. En trente-six heures, il sacrifie à sa poursuite ses rendez-vous, ses voyages, son assistante, sa voiture et son enfant. Philip emporte à sa suite le narrateur, omniscient mais incapable de percer l’intime motivation de son personnage : la curiosité ou le désir suffisent-ils pour couper un homme du monde réel ?

Cette fuite en avant donne l’occasion à Bärfuss de poser son regard acéré sur les travers de notre société contemporaine. Quant au lecteur, il est happé par le rythme insufflé à ce roman haletant.

 

Lionel Felchlin

Koala (2017, domaine allemand)

Koala

Voici le récit d’un destin, celui d’un homme qui a choisi de se suicider. Et d’une enquête, celle du narrateur qui cherche à savoir pour quelles raisons son frère, sur lequel il sait si peu de choses, a décidé d’arrêter de vivre. Il se retrouve confronté à un important silence, à un sujet qui semble comme dissimulé derrière une immense paroi. Pour contourner cette muraille, l’enquêteur dévide l’un des rares fils qui le rattachaient au défunt : pourquoi son frère était-il surnommé Koala ? Armé d’une implacable volonté de savoir, il suit jusqu’au bout cette piste. En rapprochant l’histoire personnelle de son frère et celle, tragique et haletante, de l’animal australien voué à l’extinction, Bärfuss livre une histoire naturelle sur les rapports de l’homme à ses congénères et à son environnement. Un roman de la violence, envers soi-même ou autrui.

Traduit de l'allemand par Lionel Felchlin

Cent jours, cent nuits: extrait

C’est donc cela, un homme brisé, je me le demande, quand jeme retrouve assis en face de lui et que dehors il se met à neiger, cette neige qu’on attendait depuis des jours et qui maintenant – c’est l’après-midi – tombe en légers flocons sur la campagne brun vert. Difficile de dire exactement ce qui pourrait être brisé – pas la colonne vertébrale en tout cas. Il est assis très droit, il choisit ses mots avec soin et sans hâte, il donne presque l’impression d’être détendu. C’est seulement sa façon de porter la tasse à sa bouche, lentement, un peu trop lentement, de façon trop contrôlée, qui pourrait donner une indication sur son délabrement intérieur. Peut-être craint-il qu’une seule goutte renversée lui fasse perdre l’équilibre. Je sais, je n’ai pas besoin de faire de suppositions, c’est un homme brisé, il doit l’être avec tout ce qu’il raconte et – ce qui est encore plus important – avec tout ce qu’il me cache.

Parfois il s’arrête de parler, souvent au milieu d’une phrase. Je vois dans ses yeux qu’alors il se souvient, il se souvient et ne parle pas, peut-être parce qu’il n’a pas de mots pour cela, parce qu’il ne les a pas encore trouvés et sans doute aussi parce qu’il ne veut pas les trouver. On dirait que ses yeux suivent les événements, les événements dans la maison Amsar où il a passé les cent jours. Le plus étonnant dans cette histoire, c’est que ce soit justement lui qui l’ait vécue, c’est-à-dire quelqu’un qui ne semblait pas destiné à vivre une chose de ce genre, dépassant de beaucoup le degré ordinaire des catastrophes humaines (divorce pénible, maladie grave ou, au pire, incendie de l’appartement). Quelqu’un qui n’aurait certainement pas dû se trouver pris dans les remous d’un crime du siècle. Pas cet homme, pas David Hohl qui allait à l’école avec moi, et en qui je reconnais le garçon élancé avec sa lèvre inférieure légèrement pendante d’où, quand quelque chose l’étonne, un filet de salive semble prêt de se détacher, bien que naturellement cela n’arrive jamais. Simplement cette lèvre est un peu humide, ce qui permet de voir, plus clairement que chez d’autres, ce que sont réellement les lèvres: l’intérieur de la bouche tourné vers l’extérieur.