« D’abord, j’ai adoré son titre.
Et puis, à la lecture, j’ai saisi une ambiance — un pensionnat de l’Appenzell en Suisse ; goûté une langue — épurée ; et senti poindre l’idée doucement amenée d’une amitié amoureuse qui peine à pleinement s’affirmer.
Ce livre raconte l’histoire d’une conquête, quand la jeune Frédérique, charmante en plus d’être talentueuse, arrive un jour dans un pensionnat pour jeunes filles. Son aura fait basculer la vie d’une autre pensionnaire, qui depuis sa tendre enfance, ne connaît que révérendes mères, directrices, mères supérieures, mères préfètes, … la sienne étant exilée au Brésil.
Et dans ce monde recroquevillé sur ses principes, la rigidité se lit jusque dans la garde-robe et les sourires : ici, « on apprend à remercier avec un sourire, même lorsqu’il s’agit d’un refus ». Il semble n’y avoir que les rêves et amourettes pour supporter la hiérarchie et la discipline.
J’ai aimé être plongée au milieu des dortoirs, du réfectoire, ces lieux partagés où « toute singularité est gommée en faveur d’une identité collective », écrit Gabriella Zalapi dans la postface. Et « dans ce non-lieu, ni maison, ni école, il est vital de se tailler (…) un espace secret, loin de la hiérarchie, de l’obéissance, pour survivre » dit-elle.
Ce livre raconte une enfance à l’allure un peu vétuste, mais aussi la construction d’une identité et la frontière parfois ténue entre l’attirance, la beauté et la folie.
À d’autres égards, je rapproche cette lecture de « La guerre à huit ans de Nicolas Bouvier » — publié aux mêmes éditions Zoé, que j’avais lu et beaucoup aimé il y a déjà quelques années. Pour dire l’enfance, et devenir un peu plus adulte.
Troublant et sincèrement original !
Parmi mes passages préférés, ceux qui évoquent une fin d’après-midi dans le salon de la mère de Frédérique : « Le soleil brillait à Genève, Madame lui ordonna le crépuscule (…) Un papillon eût été trop d’indulgence, et eût corrompu la méditation des pétales (…) Ses lèvres s’approchèrent de la tasse, se concentrèrent sur quelque pensée qu’elle ne formula pas, la laissant en suspens. Sur les murs, les physionomies des portraits semblèrent s’animer, dans leurs craquelures elles montrèrent une contraction nerveuse ».
Des phrases comme je les aime — quand l’objet se confond avec ceux qui l’entourent. »
Maud Scelo