parution novembre 2022
ISBN 978-2-88907-076-3
nb de pages 144
format du livre 140x210 mm

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Alice Rivaz

La Paix des ruches

Préface de Mona Chollet

résumé

"Je crois que je n'aime plus mon mari." Ainsi s'ouvre le journal dans lequel Jeanne raconte les désillusions de sa vie avec Philippe. Au fil des pages, elle observe ses congénères masculins, époux en tête; note les conversations qu'elle tient avec collègues et amies au sujet de l'amour; et livre une réflexion sans dogmatisme ni discours idéologique sur la condition des femmes et leurs relations aux hommes, "dans un mélange d'acuité impitoyable et d'espoir obstiné" (Mona Chollet).

Préface de Mona Chollet
 

biographie

Alice Rivaz est née à Lausanne en 1901 et décédée à Genève en 1998. Après des études de musique, elle devient journaliste puis travaille comme fonctionnaire internationale. Refusant le mariage, elle voue sa carrière artistique à la dénonciation de la fragilité des classes sociales démunies et à l’engagement pour l’autonomie des femmes. Son activité littéraire, qu’elle mène d’abord pendant la Seconde Guerre mondiale, puis dès sa retraite anticipée en 1959, sera féconde en œuvres de tous types (nouvelles, romans, textes autobiographiques). En parallèle, elle s’adonnera aussi bien à la peinture qu’au piano. De cette auteure prolifique qui a parcouru le XXe siècle, on retiendra la modernité, la forte volonté d’émancipation féminine et la dénonciation des injustices sociales.

 

Sans alcool et autres nouvelles (nouvelle édition)

Dans une langue sobre et sans emphase, ces histoires de couples, d’hommes et de femmes déploient la fresque des relations humaines, régies par les inégalités : que ce soit dans les rapports de genre ou de classe, les mots ici sont puissants, capables de faire naître l’espoir comme de le briser.

Postface de Françoise Fornerod.

Pourquoi serions-nous heureux? Correspondance 1945-1982

 

Point n’est besoin d’une grande distance géographique pour que naisse une correspondance : un poète et une romancière habitent le même quartier, une même sensibilité et une admiration réciproque les rapprochent, et voici l’échange d’une longue amitié.

ALICE RIVAZ et JEAN-GEORGES LOSSIER ont entamé leur carrière littéraire à côté de leur activité professionnelle lorsque s’amorce, vers la fin de la guerre, leur dialogue épistolaire. Sur fond d’allusions aux difficultés matérielles liées à l’époque, ils s’approchent l’un de l’autre par le truchement de tel personnage romanesque ou la musique d’un vers. Genève et ses alentours dessinent une carte du Tendre où les sentiments sont évoqués avec pudeur et discrétion ; l’OEUVRE, mission sacrée, réunit avant de séparer. Deux caractères se révèlent et se découvrent, vibrent au diapason quelques mois durant puis reprennent leur liberté. Deux oeuvres fortes se construiront dans la durée d’une estime et d’une entente fidèles et nourricières.

Les Enveloppes bleues. Correspondance 1944-1951

 

Frappé par une nouvelle signée d’un nom de femme, un auteur célèbre lui écrit pour la féliciter. Elle lui répond. Leur correspondance, à la fois personnelle et littéraire, durera plusieurs années, rythmant la fin de la guerre, accompagnant leurs publications respectives. Comme s’ils étaient soucieux de préserver une part de mystère, jamais ils ne prendront l’initiative de se rencontrer « en vrai », alors qu’ils habitent à quelques minutes l’un de l’autre…

Sur le mode romanesque qui ne lui est pas étranger, c’est ainsi que l’on pourrait rendre compte de l’échange épistolaire entre Pierre Girard et Alice Rivaz. A l’arrière-plan, Genève, ses parcs, ses cafés et ses rues, que tous les deux aiment passionnément ; sur le devant de la scène, les livres en travail, les œuvres à découvrir ou à relire, le monde des éditeurs, des revues et des journaux de Suisse romande. Mais ces lettres sont aussi révélatrices des facettes multiples et parfois surprenantes de la personnalité de deux êtres d’exception. Deux écrivains majeurs que bien des choses séparent, mais qui décèlent instinctivement, par-delà les façades, l’inquiétude souterraine qui les apparente : d’où le sentiment – partagé – que leur correspondance est le lieu d’une vraie rencontre. 

Sans alcool (ancienne édition)

Paru pour la première fois en 1961, ce recueil confirme le talent hors pair d’Alice Rivaz nouvelliste. Il est ici enrichi de quatre textes que l’auteur désirait y adjoindre en cas de réédition.

Histoires de couples, comme « le chemin des amoureux » et « Film muet », ou de personnages solitaires tels « Sans alcool » et « Le petit compagnon », les destins racontés dans ces pages sont marqués par la privation, le renoncement involontaire, les espoirs déçus. Un ton lisse, dépourvu d’emphase, donne une intensité particulière à ces récits où la voix narrative se montre toujours solidaire des personnages.

Née en 1901 à Rovray (VD), Alice Rivaz a vécu à Genève où elle a composé toute son œuvre et où elle est décédée en 1998.

Préface de Françoise Fornerod.

Nouvelle édition poche disponible ici : http://editionszoe.ch/livre/sans-alcool-et-autres-nouvelles-nouvelle-edition

La Paix des ruches: extrait

Je crois que je n'aime plus mon mari.
Et dire que toute ma famille s'imagine que c'est l'homme de ma vie parce que pendant longtemps j'ai beaucoup peiné, travaillé pour lui, à cause de lui. Mais est-ce à cela que se mesure l'amour ? Je ne le pense pas. Ce qui se mesure là, ce qui porte témoignage, n'est-ce pas plutôt une certaine obéissance à une destinée ? Oui, obéissance, nom plus vrai que celui d'amour et qui, peu à peu, se substitue à lui quand les écailles commencent à nous tomber des yeux et que nous osons nommer les êtres et les sentiments par leur vrai nom, quand ceux que nous appelons "mon mari" nous apparaissent ce qu'ils sont vraiment, peut-être des passeurs d'eau qui ne savent ce qu'ils font, mais le font, afin qu'à leur suite, à leur ombre, embarquées avec eux pour ce passage d'une rive à l'autre, il nous soit donné de ne pas connaître dans la solitude ses remous, son écume, afin que nous ne restions pas sans compagnon et sans témoin durant cette traversée. Mais qu'il est difficile de voir simplement un compagnon dans celui qui fut si longtemps autre chose. Et encore ! Quel compagnon ! Alors qu'il est justement si peu fait pour être celui d'une femme. Si peu fait pour vivre avec nous, n'aimant pas les mêmes choses que nous, n'aspirant pas aux mêmes choses que nous, attiré par ce que nous n'aimons pas, indifférent et parfois hostile à ce que nous aimons. Combien désormais je lui préférerais la compagnie d'une amie, d'une mère. C'est que, en vérité, ils sont d'une autre espèce que nous. Dès mon enfance je l'avais compris. C'est entre eux qu'ils devraient passer leur vie, poursuivre leur destin. Ils ne sont du reste vraiment heureux, vraiment eux-mêmes qu'entre eux, sans nous. Chaque fois que Philippe part pour le service militaire, je vois sur son visage le calme joyeux de celui qui va retrouver les siens. Mieux que tous les livres d'Histoire, son expression m'explique leurs grands départs en masse depuis la nuit des temps. Tous ces Croisés, ces Ligueurs, ces Combattants de tant de causes, toutes ces interminables files, ces cortèges en marche vers la lutte et vers la mort. Leurs chants, leurs clameurs qui s'élèvent pour un oui, un non, parfois pour moins encore. Leur hâte à répondre à ce mystérieux appel qui les agglutine. Compagnonnage de l'aventure, des plaies, des hymnes, des serments. Ce qui, à chaque génération, les pousse vers quelque incompréhensible carnage. Et à chaque génération les plus intelligents d'entre eux occupés à mettre un nom, des noms, sur le carnage, afin de l'expliquer et de le justifier.
Parfois je me le demande: qu'avons-nous à faire avec de tels fous ?