Traversée de nuit est avant tout un récit familial. Pourquoi les sœurs du narrateur lui confient-elles les lettres d’amour de leurs parents tout en lui laissant entendre qu’il serait obscène de les lire ? Qui était leur père, cet homme taiseux et neurasthénique mais si drôle en société ? Et leur mère, pleine de vie, mais pour laquelle il éprouve une rancœur tenace ? Tourmenté par sa mauvaise mémoire, le narrateur s’inspire d’une méthode décrite par Georges Perec dans La Vie mode d’emploi : il divise en 81 cases une carte de sa ville, Turin, qu’il entreprend d’explorer une à une. Au gré des places, de telle église ou tel nom de rue, il reconstitue peu à peu son histoire intérieure, qui épouse les heures sombres et euphoriques du XXe siècle italien. Rythmé par des images d’archives, ce texte magistral,
fruit de huit années de travail, affronte l’oubli et s’arme de beaucoup d’humour pour remonter aux sources de la mélancolie.