parution novembre 2008
ISBN 978-2-88182-635-1
nb de pages 192
format du livre 140 x 210 mm
prix 32.00 CHF

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Alice Rivaz,

Jean-Georges Lossier

Pourquoi serions-nous heureux? Correspondance 1945-1982

résumé

 

Point n’est besoin d’une grande distance géographique pour que naisse une correspondance : un poète et une romancière habitent le même quartier, une même sensibilité et une admiration réciproque les rapprochent, et voici l’échange d’une longue amitié.

ALICE RIVAZ et JEAN-GEORGES LOSSIER ont entamé leur carrière littéraire à côté de leur activité professionnelle lorsque s’amorce, vers la fin de la guerre, leur dialogue épistolaire. Sur fond d’allusions aux difficultés matérielles liées à l’époque, ils s’approchent l’un de l’autre par le truchement de tel personnage romanesque ou la musique d’un vers. Genève et ses alentours dessinent une carte du Tendre où les sentiments sont évoqués avec pudeur et discrétion ; l’OEUVRE, mission sacrée, réunit avant de séparer. Deux caractères se révèlent et se découvrent, vibrent au diapason quelques mois durant puis reprennent leur liberté. Deux oeuvres fortes se construiront dans la durée d’une estime et d’une entente fidèles et nourricières.

Alice Rivaz

Alice Rivaz est née à Lausanne en 1901 et décédée à Genève en 1998. Après des études de musique, elle devient journaliste puis travaille comme fonctionnaire internationale. Refusant le mariage, elle voue sa carrière artistique à la dénonciation de la fragilité des classes sociales démunies et à l’engagement pour l’autonomie des femmes. Son activité littéraire, qu’elle mène d’abord pendant la Seconde Guerre mondiale, puis dès sa retraite anticipée en 1959, sera féconde en œuvres de tous types (nouvelles, romans, textes autobiographiques). En parallèle, elle s’adonnera aussi bien à la peinture qu’au piano. De cette auteure prolifique qui a parcouru le XXe siècle, on retiendra la modernité, la forte volonté d’émancipation féminine et la dénonciation des injustices sociales.

 

La Paix des ruches

"Je crois que je n'aime plus mon mari." Ainsi s'ouvre le journal dans lequel Jeanne raconte les désillusions de sa vie avec Philippe. Au fil des pages, elle observe ses congénères masculins, époux en tête; note les conversations qu'elle tient avec collègues et amies au sujet de l'amour; et livre une réflexion sans dogmatisme ni discours idéologique sur la condition des femmes et leurs relations aux hommes, "dans un mélange d'acuité impitoyable et d'espoir obstiné" (Mona Chollet).

Préface de Mona Chollet
 

Sans alcool et autres nouvelles (nouvelle édition)

Dans une langue sobre et sans emphase, ces histoires de couples, d’hommes et de femmes déploient la fresque des relations humaines, régies par les inégalités : que ce soit dans les rapports de genre ou de classe, les mots ici sont puissants, capables de faire naître l’espoir comme de le briser.

Postface de Françoise Fornerod.

Les Enveloppes bleues. Correspondance 1944-1951

 

Frappé par une nouvelle signée d’un nom de femme, un auteur célèbre lui écrit pour la féliciter. Elle lui répond. Leur correspondance, à la fois personnelle et littéraire, durera plusieurs années, rythmant la fin de la guerre, accompagnant leurs publications respectives. Comme s’ils étaient soucieux de préserver une part de mystère, jamais ils ne prendront l’initiative de se rencontrer « en vrai », alors qu’ils habitent à quelques minutes l’un de l’autre…

Sur le mode romanesque qui ne lui est pas étranger, c’est ainsi que l’on pourrait rendre compte de l’échange épistolaire entre Pierre Girard et Alice Rivaz. A l’arrière-plan, Genève, ses parcs, ses cafés et ses rues, que tous les deux aiment passionnément ; sur le devant de la scène, les livres en travail, les œuvres à découvrir ou à relire, le monde des éditeurs, des revues et des journaux de Suisse romande. Mais ces lettres sont aussi révélatrices des facettes multiples et parfois surprenantes de la personnalité de deux êtres d’exception. Deux écrivains majeurs que bien des choses séparent, mais qui décèlent instinctivement, par-delà les façades, l’inquiétude souterraine qui les apparente : d’où le sentiment – partagé – que leur correspondance est le lieu d’une vraie rencontre. 

Sans alcool (ancienne édition)

Paru pour la première fois en 1961, ce recueil confirme le talent hors pair d’Alice Rivaz nouvelliste. Il est ici enrichi de quatre textes que l’auteur désirait y adjoindre en cas de réédition.

Histoires de couples, comme « le chemin des amoureux » et « Film muet », ou de personnages solitaires tels « Sans alcool » et « Le petit compagnon », les destins racontés dans ces pages sont marqués par la privation, le renoncement involontaire, les espoirs déçus. Un ton lisse, dépourvu d’emphase, donne une intensité particulière à ces récits où la voix narrative se montre toujours solidaire des personnages.

Née en 1901 à Rovray (VD), Alice Rivaz a vécu à Genève où elle a composé toute son œuvre et où elle est décédée en 1998.

Préface de Françoise Fornerod.

Nouvelle édition poche disponible ici : http://editionszoe.ch/livre/sans-alcool-et-autres-nouvelles-nouvelle-edition

Pourquoi serions-nous heureux? Correspondance 1945-1982: extrait

 

3 Jean-Georges Lossier à Alice Rivaz

Le 11 mars 1945

À mon tour, Mademoiselle, de vous dire merci. Merci de votre bonne lettre que j’ai si bien comprise, et à la suite de laquelle j’aurais beaucoup à dire !

Ce que j’aime dans votre oeuvre, c’est ce lent cheminement, ces poignées de temps et de gravier que subitement vous prenez dans vos mains. Et vous les tenez, elles, alors que moi, cette quête dans un royaume doré est toujours si difficile, ne se termine jamais. Et cette attente atroce devant le poème qui se refuse. Pourquoi être poussé si fort à dire, et pourquoi dire si difficilement !

J’ai lu votre récit «Une Marthe », que je trouve excellent, plein d’images magnifiques (celle du tiret entre les dates, celle de l’horloger qui écoute les battements de ses créatures) et surtout j’y retrouve cette atmosphère qui est bien à vous, celle de la peine, d’une certaine peine des hommes, des femmes! Et vous me semblez ici aller loin, par ceconstant rappel de notre destin commun, par ce ton de profonde, de pareille humanité que rendent vos créatures. Oui, je répète encore, vous avez beaucoup à dire, car justement vous me semblez faire tomber, comme personne ici, cette monotone pluie des jours qui me touche infiniment, me transperce !

R. Rolland m’écrivait, après que je lui eus présenté des poèmes que je qualifiais de « sociaux », qu’il trouvait étrange que mes êtres ne se révoltent pas, n’accomplissent pas de gestes violents (dans le sens de l’action). Et moi alors de remplir des pages pour lui parler de la valeur du témoignage. Je n’ai pas besoin, je suis sûr, de longuement m’expliquer, vous m’avez compris. Vous êtes un témoin si implacablement pénétrant !

Dans «Une Marthe », peut-être aurais-je aimé que vous suiviez, durant quelques lignes encore, Daniel et Marthe. Ils sont devenus si présents que c’est presque une déception de les quitter sans qu’ils aient été cernés tout à fait, dans leur vie réelle ! Mais peut-être ai-je tort, et suis-je comme ces lecteurs qui demandent du « tout mâché » ! Peut-être, à vrai dire, doit-on respecter le rêve ! Croyez, je vous prie, dans l’attente de vous rencontrer, à mes meilleurs sentiments

J.-G. Lossier

 

P. S. Ah ! la peine des femmes, comme vous savez l’évoquer ! Bien mieux que tant d’auteurs féminins qui vivent « d’évasions » ! Tout cela fait partie de ce grand cri qu’il faut pousser « la femme est une personne » ! Pour ma part, je le pousse dans mon article, ainsi intitulé et que je vous enverrai lorsqu’il paraîtra9.

 

4 Alice Rivaz à Jean-Georges Lossier

5, Av. Weber 19 [mars] 1945

Monsieur,

Ce soir j’ai relu certains de vos poèmes que je préfère entre tous. Ainsi « Oraison », dont les beautés sont inépuisables, « Jadis », « Première Vie », « Déesse ». Mais j’aimerai les autres aussi, tour à tour, à mesure que je m’en approcherai davantage pour les vivre. Le miracle de la vraie poésie, c’est cette condensation en un point, cette rencontre d’éléments épars jusqu’alors, qui choisissent le coeur du poète pour leur mariage, peut-être longtemps préparé, attendu, pressenti. Les poètes sont des mariés. Ne vous étonnez donc pas que parfois le poème se refuse. Non, il ne se refuse pas, il se refuse à naître vite, voilà. Entre la Visitation et la Nativité, il y a l’attente, l’espérance. Je sais que c’est parfois torturant, moi qui ne suis pas poète, j’éprouve ces mêmes affres. Alors je pense aussi aux arbres, à ce qui se passe en eux sous l’écorce, des mois, des mois, des mois durant.

Oui, votre poésie est belle. Il y a des vers qui lancent de longs rayons, des mots qui sont comme des dalles de tombeaux soulevées. Et ce va-et-vient des vivants et des morts, votre va-et-vient à vous par-delà votre propre vie, votre propre mort, par-delà votre corps, demeure délaissée et retrouvée tour à tour. Mais pourquoi commenter, puisque la poésie est là pour dire ce que la prose ne peut pas dire.

Témoins, oui. Je comprends, devine ce que vous avez pu dire à Romain Rolland là-dessus. Et justement je lis dans Labyrinthe (article de Guyot sur Kafka) cette parole du livre du Zohar : « Le pouvoir des cris est si grand qu’ils déchirent les rigueurs d’écriture contre l’homme».

Cet après-midi j’ai cueilli une violette. Que tout cela nous revienne encore, même maintenant! Mais comme avec tout ce qui est trop beau, on a envie de dire: pas si vite, pas si vite. Jamais, on ne sera assez accordé, assez prêt, pour revoir les aubépines, les fleurs de l’érable, les poiriers blancs.

J’espère moi aussi que je vous rencontrerai de nouveau. Mais je sais combien votre temps est compté, précieux. Pourtant, si, une fois ou l’autre, vous n’avez absolument rien de mieux à faire, faites-moi signe, et vous viendrez voir ma reproduction de Cézanne et mon aquarelle d’Eisenschitz.

Je sais que je ne vous ai pas dit sur votre art ce que je voudrais pouvoir dire. C’est difficile.

Mais vous me pardonnez.

Avec ma sympathie très amicale

Alice Golay