Quel étrange destin que celui des restes ! Nés de la décomposition des cultures dominées, les restes subissent tour à tour l’oubli, le mépris, l’indifférence, la censure ou la mort. Mais ils peuvent aussi être apprêtés ou bricolés pour énoncer de nouveaux mythes sur les origines. C’est ce qu’a réalisé la modernité conquérante de l’Occident face aux civilisations traditionnelles qu’elle mettait en perdition.
La Suisse moderne constitue un lieu exemplaire de cette opération. Ici le pouvoir novateur des villes a sans cesse bricolé les restes des cultures montagnardes et campagnardes qu’il condamnait à disparaître. Ainsi s’est produite une double invention de la Suisse et des Alpes sous la forme d’un mythe matérialisé en pays miniature, à la fois parfait et irréductiblement enfermé sur lui-même.
En conclusion l’auteur propose de faire le deuil du reste enjolivé et de revenir à la beauté énigmatique du reste initial, source d’étonnement et de création. Il veut ainsi dire adieu aux Alpes pour voir les montagnes autrement.