parution février 2019
ISBN 978-2-88927-901-2
nb de pages 304
format du livre 105 x 165 mm

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Tendai Huchu

Le Meilleur Coiffeur de Harare (poche)

Traduit de l'anglais par Odile Ferrard

résumé

Vimbai est la meilleure coiffeuse du Zimbabwe. Fille-mère énergique et battante, c’est la reine du salon de Mme Khumala. Mais le vent tourne le jour où le jeune Dumi arrive. Surdoué de la coiffure, beau, généreux, attentionné, il détrône vite la star, qui enrage de plus belle lorsqu’elle décide de louer une chambre chez elle et qu’il se propose comme colocataire. Bientôt, la jalousie se mue en amour et Vimbai s’adoucit, est introduite auprès de la riche et adorable famille de Dumi, se prend à rêver mariage…

Mais Dumi cache un secret bien caché, dont Vimbai la première sera dupe.

Sur un ton enlevé et joyeux, Le Meilleur Coiffeur de Harare est tout à la fois une comédie de classe forte et légère, et un portrait magistral du Zimbabwe, en faillite et corrompu, mais plein de dynamisme.

biographie

Tendai Huchu est né en 1982 à Bindura au Zimbabwe et vit aujourd’hui à Edinbourg en Ecosse. Le Meilleur Coiffeur de Harare est son premier roman. Acclamé par la critique, il a été shortlisté pour le Caine Prize 2014.

Onirik

"Le meilleur coiffeur de Harare est une petite pépite à découvrir, tant d’un point de vue littéraire que sociologique, économique, géographique. Il constitue une belle entrée en matière pour les romans africains contemporains." Emmanuelle

Une chronique à lire en entier ici

LIRE

"Le Meilleur coiffeur de Harare décrit depuis un salon de beauté les clivages économiques et raciaux d’un Zimbabwe en crise. Rire d’une société pour mieux la dépeindre, c'était déjà la méthode utilisée par Tendai Huchu dans son épatant premier roman, The Maestro, the Magistrate & the Mathematician." G.M.

Papyrus

"Un livre chaleureux et vivant qui se déroule au Zimbabwe, avec une note d'humour et d'ironie, mais aussi la chronique sociale de sa capitale. Une belle découverte !"

Papyrus

"Lecture chaleureuse, vivante, avec une note d'humour et d'ironie. Mais aussi, chronique sociale d'une ville, capitale du Zimbabwe, malmenée par l'hyperinflation, la corruption et la répression, à l'époque de son ex-président, Robert Mugabe. Chouette découverte !"
 

La Flibuste

" Avec simplicité et sans pathos, Tendai Huchu se met dans la peau de cette jeune femme (Vimbai) pour nous décrire à petites touches la dure réalité du Zimbabwe. On rit et on pleure avec Vimbai. Ses défauts sont ceux du pays dans lequel elle vit. Elle représente l'âme et l'humanité du Zimbabwe. Une magnifique découverte !"

Ici

"Un plaisir de lecture immédiat et un portrait sans fard de la société zimbabwéenne." Guillaume

La Virevolte

"Un superbe roman, tendre et terrible, sur le quotidien, les espoirs et les désillusions dans un pays, le Zimbabwe, soumis à la corruption, l’inflation et les préjugés."

Le meilleur coiffeur de Harare (2014, écrits d'ailleurs)

Le meilleur coiffeur de Harare

Vimbai est la meilleure coiffeuse du Zimbabwe. Fille-mère au caractère bien trempé, c’est la reine du salon de Madame Khumala; jusqu’à l’arrivée de Dumi, surdoué, beau, généreux, attentionné, très vite il va détrôner Vimbai.

Quand Vimbai comprend enfin le secret de Dumi, elle fait un chemin intérieur que le pouvoir au Zimbabwe est loin de suivre.

Le meilleur coiffeur de Harare ne se contente pas d’une romance aigre-douce et des cancans d’un salon de coiffure. Outre la dénonciation de l’homophobie, il propose une peinture légère, mais implacable de la vie quotidienne et politique au Zimbabwe. 

Disponible en Zoé poche ici.

Le Meilleur Coiffeur de Harare (poche): extrait

Chapitre 1

J’avais vu dès le premier regard qu’il y avait chez Dumi quelque chose d’un peu trouble. Mais sans savoir quoi au juste. Dieu soit loué.

Il fut un temps où j’étais considérée comme la meilleure coiffeuse de Harare, donc de tout le pays. Amai Ndoro était pour n’importe quel salon de coiffure la cliente la plus difficile à satisfaire et aucun kiya-kiya ordinaire n’était autorisé à toucher ses cheveux. Après avoir testé – et rayé de sa liste – tous les salons de la ville, elle s’était décidée pour le nôtre. Sachant qu’elle était non seulement la cliente la plus tatillonne mais aussi la plus bavarde et la plus commère de toutes, nous n’aurions plus besoin de faire de publicité tant qu’elle se ferait coiffer chez nous et que nous lui donnerions satisfaction. Ça, c’était mon boulot. Ce pour quoi Mme Khumalo me versait le plus gros salaire.

Le salon « Khumalo Coiffure et Soins de Beauté » était situé dans le quartier des Avenues, à deux pas du centre-ville. A vrai dire, nous coiffions, mais nous ne faisions jamais de soins de beauté. D'ailleurs, je crois bien qu’aucune d’entre nous n’aurait su comment s’y prendre. Sur la grille d’entrée, un panneau de métal rouillé indiquait en lettres noirs sur fond blanc l’emplacement de notre établissement. La rouille qui s’était accumulée après plusieurs saisons de pluie avait tellement rongé l’écriteau qu’on ne distinguait plus qu’une flèche, les lettres Khu--l- et le dessin d’une femme coiffée d’un gigantesque afro. Nos clientes n’avaient pas besoin de panneau de toute façon, le salon était facile à trouver. « Vous longez Harare Gardens, vous prenez la troisième rue à gauche, vous continuez tout droit au prochain croisement, puis vous cherchez la façade bleue – pas la verte – sur la droite de la route. Vous y êtes. » Il faut vraiment le faire pour le louper.

La partie avant de la maison, qui avait autrefois servi de lounge, avait été transformée en café internet et comptait une dizaine d'ordinateurs. On entendait le bourdonnement des ventilateurs et les sonorités stridentes des connexions depuis le trottoir d’en face. Les tarifs étaient assez avantageux par rapport aux prix pratiqués dans des centres commerciaux comme Eastgate ou Ximex. Le reste de la maison principale était occupé par les membres de la famille Khumalo, treize en tout.

Notre salon était installé à l’arrière, dans ce qui avait autrefois abrité les quartiers des boys. Les effluves parfumés des défrisants, teintures, shampoings et autres produits chimiques traversaient la cour. Les odeurs se mélangeaient à la poussière de l'allée et vous laissaient dans les narines une sensation qui ne vous lâchait plus jusqu’à votre prochain rhume.

La maison principale avait été agrandie de façon assez grossière. Un mur avait été abattu sur la gauche et des blocs de béton avaient été empilés à la va-vite pour ajouter sept mètres de longueur. De ce génie architectural était né un bâtiment hybride, assez unique en son genre. La partie droite avait été construite dans les règles de l’art, avec des briques cuites. On distinguait clairement la séparation avec la partie en vulgaire béton. Considérations esthétiques mises à part, nous étions tous contents de pouvoir profiter de ces locaux, même si la structure tremblait lors de violents orages.

 

Agnès me réservait chaque matin le même accueil : « Sissi Vimbai, tu es de nouveau en retard. Les clientes attendent ! » La fille aînée de Mme Khumalo avait les clés du salon et faisait l’ouverture.

Je répondais d’un « tss » lâché du bout des lèvres et j'entrais dans le salon sans saluer cette peste. Je la détestais, elle me détestait deux fois plus, et tant que maman n'était pas là, nous n’avions pas besoin de faire croire qu’il en était autrement. Tout le monde savait que j’étais la poule aux œufs d’or. Si je partais, la moitié des clientes me suivraient. Et de toute façon, attendre les amenait à réaliser qu'elles avaient déjà de la chance que l’on s’occupe d’elles. En arrivant en retard, j'agissais donc pour le bien du salon.

Il y avait trois autres coiffeuses, Memory, Patricia et Yolanda, en plus de Charlie Boy, notre barbier, qui arrivait chaque matin embaumant la Chibuku. Le salon était mon royaume et c’est moi qui commandais. Je jetai mon sac parterre sous le comptoir et me fis une tasse de thé.

« J’aimerais essayer une nouvelle coupe. » Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase, généralement accompagnée d’une photo pliée en quatre, découpée dans un magazine américain.

Je répondais toujours par un petit mensonge inoffensif et complaisant: « Tss, pas de problème, c'est juste la coupe qu'il vous faut ! »

Pour être une coiffeuse prisée, il n’y a qu’un secret et je ne l'ai jamais caché à personne : lorsqu’elle quitte le salon, votre cliente doit avoir la sensation d’être Blanche. Pas Métisse, ni Indienne, ni Chinoise. Je l’ai dit à tous ceux qui m’ont posé la question. Et ce que tous veulent savoir, c’est comment il faut s’y prendre pour faire en sorte qu’une femme se sente Blanche. Soupir, bâillement, grattement de tête.

La réponse est simple. « La blancheur est un état d’esprit. »

Mme Khumalo l'a compris. C’est pour ça qu’elle ne me renverra jamais. Les autres filles ne l’ont pas compris et c’est ce qui a valu à Patricia d’être virée. L'idiote est tombée enceinte moins de six mois après avoir été embauchée. Mme K. n’a donc pas eu le choix. Les coiffeuses sont là pour vendre une image et cette image n'est pas celle d'un ventre rond comme un ballon. Un poste s'est donc soudainement libéré au salon. J'étais loin de me douter que ce petit coup du sort me coûterait ma couronne.