parution février 2023
ISBN 978-2-88907-108-1
nb de pages 144
format du livre 140x210 mm

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Bruno Pellegrino

Tortues

résumé

Enfant, le dimanche, Bruno Pellegrino se réveille tôt: il lui faut vider et reclasser son bureau. Dans le tiroir du bas: les objets à sauver le jour où la maison brûlera. Devenu adulte, il cherche toujours une issue entre la hantise de perdre et l'obsession de s'alléger, qu'il trie les archives d'une écrivaine décédée, se lance sur la piste d'une poétesse inconnue ou cherche à fixer un souvenir d'enfance. Des pages lumineuses sur notre besoin de conserver et le bonheur de lâcher du lest.

biographie

Né en 1988, Bruno Pellegrino vit à Lausanne. Lauréat du Prix du jeune écrivain pour sa nouvelle «L'idiot du village» (Buchet/Chastel, 2011), il a publié quatre livres aux Éditions Zoé: Comme Atlas (2015), Là-bas, août est un mois d'automne (2018, qui remporte notamment le prix des Libraires Payot et le prix Écritures & Spiritualités), Dans la ville provisoire (2021, prix Michel-Dentan et prix Paysages écrits) et Tortues (2023). Bruno Pellegrino a été actif pendant dix ans au sein du collectif AJAR, auteur de Vivre près des tilleuls (Flammarion, 2016). Toujours chez Zoé, il co-écrit avec Aude Seigne et Daniel Vuataz les deux saisons de la série littéraire Stand-by (2018 et 2019) ainsi qu’un «roman de gare», Terre-des-Fins (2022).

vendredi 28 juin 2024 19h00

Bruno Pellegrino au Marathon des mots (Toulouse)

Librairie Il était une fois, 6 Place Jean Moulin, 31470 Saint-Lys

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samedi 29 juin 2024 11h00

Catherine Safonoff et Bruno Pellegrino au Marathon des mots (Toulouse)

Librairie Ombres blanches, 50 Rue Léon Gambetta, 31000 Toulouse

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"Tortues" de Bruno Pellegrino, dans la sélection du Prix Place aux Nouvelles – Lauzerte 2024

AOC

"L'écrivain suisse Bruno Pellegrino est encore jeune, mais il construit de livre en livre une œuvre d'une beauté singulière, faussement discrète et parfaitement contemporaine, à sa façon. Échappant à l'emprise généralisée du « pitch », Pellegrino interroge avec délicatesse le temps et ses possibles, aujourd'hui : son recueil Tortues est ainsi comme une collection de doutes et de propositions personnelles sur les thèmes de la mémoire, de la perte, de l'archive. Autant dire, aussi, un beau livre sur la littérature. (…) Un frisson immédiatement se crée, ou une faille, la brèche d'un échange possible avec la sensibilité du lecteur, sa perception propre de la perte et de ce qui peut être sauvé, la mort des êtres, l'oubli des livres. (…) Il y a de la douceur, en effet, et nulle brutalité d'érudition dans sa façon de mettre la littérature en scène : elle appartient de toute évidence à la vie, et l'art formidablement subtil de l'auteur est de la confondre avec les lieux que traverse le texte. (…) L'air de rien, c'est une espèce d'art poétique qui s'énonce là, où il s'agit à la fois d’être sûr et d'être fidèle au flou : avoir l'assurance du geste, pour entraîner avec soi le lecteur dans les méandres doux du temps, avec la cruauté des choses retrouvées, parfois, et le bonheur possible de s'en alléger. Un pur écrivain, disions-nous." Fabrice Gabriel

24 heures

"Comme l'archiviste qui se doit d’ouvrir les moindres tiroirs ou dossiers, de considérer la plus petite feuille volante, l'auteur porte son regard où l'œil ne se pose pas spontanément, dessinant un itinéraire à la fois intime et ouvert sur le monde, qui convoque le passé avec une curiosité dénuée de mélancolie. Interrogeant sur un ton faussement léger cette universelle tension entre les souvenirs et l'oubli, il a conservé ce qui lui a paru essentiel dans un récit qui séduit par sa subjectivité." Caroline Rieder

Libération

"Cette épopée d’un auteur en quête d’« une forme capable de mettre [s]es paysages à l’abri, hors de [lui] » est d’une douceur nonchalante, à mille lieux du systématisme indexateur qu’on attendrait. On a l’impression, en le lisant, de voir les derniers films de Jean-Daniel Pollet, jonchés de fruits, photographies, vases ou fenêtres sans paroles. « II aspire à cette sobriété qui frôle le vide et sent qu’il ne faut en parler à personne » : la mémoire ne se perd jamais, car elle est tissée d’oubli." Éric Loret

Slate.fr

"Par envie ou par besoin, l'auteur fouille avec persévérance et application dans chaque élément de chaque archive, tente de recoller les morceaux, et finit par composer un portrait aussi soigné et précis que possible de ces personnes qu'il n'a parfois jamais rencontrées. Archéologue de l'intime, Bruno Pellegrino entretient un rapport tout sauf malsain avec ces fantômes (et avec ses fantômes). Court, rythmé, plein d'âme et de cœur, Tortues nous donne envie de reconsidérer nos vieilles factures et nos fonds de tiroir. Qui, à leur manière, disent forcément un peu qui nous sommes."

Un article de Thomas Messias à lire ici

Le Temps

"Dans Tortues, Bruno Pellegrino recense en neuf récits ce qui, dans les tiroirs de la mémoire, mérite d’échapper à l’oubli. Ce sont autant de cailloux polis avec la finesse, la très légère autodérision et la précision de l’archiviste qui caractérisent déjà ses romans : se perdre dans la vie des autres jusqu’au vertige, jusqu’à s’y retrouver, éparpillé, diffracté.

Neuf tortues assez légères pour leur salut, figures adventices rescapées des différentes archives que Bruno Pellegrino a souvent scrutées par métier, passant son temps « dans les papiers de personnes mortes » qu’il rappelle à la vie. (…)

« Classer console », écrit Bruno Pellegrino. Hanté par un rêve d’exhaustivité, il a pratiqué cet art depuis l’enfance, dans ses tiroirs, dans d’innombrables carnets dont un classeur bleu, offert par la mère à l’enfant pour y noter « ses soucis ». Survit ainsi le lumineux souvenir d’un été studieux en Angleterre, avant le délitement de la famille. Parfois aussi la mémoire est contrainte d’oublier ou de transformer : d’où vient cette image si vivace d’Istanbul où l’enfant n’a jamais mis les pieds ? Mais il faut faire de la place dans le « palais mnémotechnique » de peur d’étouffer.
Peut-être la parution de ses neuf cailloux sur le chemin de sa mémoire marque-t-elle l’adieu à la fréquentation des « personnes mortes » et l’avènement d’un nouveau registre, libéré du devoir de mémoire." Isabelle Rüf

Le Figaro

"(...) Que garder, que jeter ? La collection de pin's, les dessins et livres de classe, les stylos? Déjà, Bruno voulait être prêt. Est-ce la marque de fabrique des écrivains ? Car l'enfant s'est transformé en romancier talentueux. Un auteur subtil à la plume aussi économe que ses étalonnages successifs. (…)

Bruno Pellegrino est de la trempe des poètes. Ces anxieux qui cherchent, explorent, tournent en boucle. Ceux qui fouillent les carapaces remplies de ces je-ne-sais-quoi et presque rien qui font le sel des jours enfuis. Mais n'est-ce pas déjà biaiser - y compris la mémoire des disparus - que de vouloir ressusciter un destin sur papier ? À l'exemple du dramaturge et peintre suisse Friedrich Dürrenmatt (1921-1990) déclarant dans son autobiographie monumentale : « La mort s'approche, la vie s'évapore. Parce qu'elle s'évapore, on veut la mettre en forme ; en la mettant en forme, on la fausse », Bruno Pellegrino s'interroge perpétuellement sur la trahison opérée par les mots. Dès ses 17 ans, il a développé une obsession pour l'entreprise de Dürrenmatt. Au point de vouloir rencontrer sa veuve et l'interviewer. L'une des scènes désopilantes de ce livre qui n'en manque pas." Isabelle Spaak

Magazine Têtu

"La mémoire est le point de rencontre des différents récits qui composent Tortues : que faire de nos souvenirs, comment et quoi archiver, ou oublier pour parfois mieux retenir... Comme toujours chez l’auteur, on se laisse attraper par sa douceur et la puissance entêtante de certaines scènes. Le livre dit aussi par petites touches nos enfances queers : leur solitude, mais aussi les mondes qu'on s’invente pour l’habiter."

Revue Archipel

"Ce court recueil s’inscrit dans un double mouvement : celui de restituer la mémoire de celles et ceux qui n’ont presque rien laissé de tangible, et celui de chercher à ne jamais perdre la sienne, malgré sa faillibilité, ses incertitudes, ses doutes inévitables. Pellegrino propose d’accepter, un peu à contre-coeur, la part de fiction que comporte l’existence humaine : nous ne saurons jamais trop si tel ou tel moment de son voyage familial en Angleterre s’est réellement produit, mais cela n’a pas d’importance, car le portrait d’une personne se dessine au-delà des faits véritables."

Une chronique de Florence Bordeleau-Gagné à lire ici

RTS

"Dès sa première rencontre avec « Titanic », à l’âge de dix ans, l’auteur romand Bruno Pellegrino a ressenti que ce film ne le quitterait plus. 25 ans plus tard, il constate que « Titanic » est rentré dans son ADN, et, ajoutera-t-on, dans son écriture. Dans ses livres, comme « Tortues » ou « Dans la ville provisoire », publiés aux Editions Zoé, il arrive que l’eau monte, qu’un navire s’encastre dans la jetée alors que le narrateur s’interroge sur les souvenirs, la mémoire et les traces laissées par les objets."

Bruno Pellegrino, invité d’Anya Leveillé dans l’émission « Truc culte », à écouter ici

Revue Etudes

"Avec Tortues, Bruno Pellegrino, jeune auteur suisse francophone, fait de la mémoire et du rapport au passé la matière de son livre. Si le thème est un classique de la littérature, sa façon très personnelle et contemporaine de l’aborder en fait la force et l’originalité. Les chapitres bien cadencés empruntent des épisodes à la vie de l’auteur pour rendre compte de son rapport inquiet au temps passé (…). Son travail de mémoire est toujours associé à un questionnement fécond sur la valeur des souvenirs, sur ce qui doit être gardé et ce qui encombre, guidé par l’intuition du petit garçon inquiet de voir un jour sa maison prendre feu : pour conserver peu, il faut éliminer beaucoup. La quête existentielle de ce « point d’équilibre », c’est en même temps l’acte d’écriture lui-même qui le réalise, opérant un tri salutaire entre ce qui doit être dit et ce qui empêche le dit d’être entendu. La fluidité de la lecture – qui n’est pas celle de l’écriture, de l’aveu de l’auteur – atteste de l’aboutissement de sa démarche. La dernière page tournée, il reste au lecteur cette question lancinante du livre : que faire de son propre passé ?" François Xavier Connen

Le Courrier

"Pour naturaliser une tortue, il faut en percer la carapace. Spectacle mémorable et terrifiant par lequel s’ouvre ce recueil de petits textes au ton tout à la fois primesautier et profond. (…)

Ce vertige des archives, il le communique par touches successives, par images marquantes, comme lorsqu’il cherche à se souvenir de vacances d’enfance: «Il suffirait d’un détail pour que tout me revienne, on reconstitue bien des animaux préhistoriques à partir d’une seule molaire.» Réflexions effarées sur ce que devient la mémoire dans un monde numérisé, considérations délicates sur notre condition d’humains destinés à l’effacement, Tortues contient aussi des pages sur le pouvoir des mots écrits, qui peut seul ancrer ce qui a été dans un présent éternel." Isabelle Carceles

L'Est-Eclair

"Voici un livre inclassable, à la fois roman et essai, recherche du temps passé et tentative de se libérer du poids des ans. Inclassable – et fascinant également. La prose limpide de Pellegrino nous permet de glisser avec une grande fluidité d’une époque à une autre, toujours avec le souci d’alléger la nostalgie poignante de ce récit, par le biais d’un humour léger et séduisant. Une très belle découverte, qui donne envie de se plonger dans les autres romans de l’auteur." Jean-Philippe Blondel

Florilettres - Fondation la Poste

"Toutes ces traces écrites se dressaient comme un rempart contre l’oubli, et ce livre procède de la même tentative. L’auteur romand y sonde les ressorts mystérieux de la mémoire et la part de fiction, de reconstruction mentale inévitable, que renferme tout récit autobiographique. (…) Au fil de ses déplacements, il a appris à se délester, à éliminer des objets, à apprivoiser sa peur de l’effacement, à se rapprocher du point d’équilibre visé : « Garder peu de choses, mais pour toujours. »"

Un article d’Élisabeth Miso à lire ici

Lire Magazine Littéraire

"Perpétuer la mémoire tout en apprenant à oublier les souvenirs pour trouver un équilibre, c’est un paradoxe que Tortues arpente subtilement." Marie Jouvin

Les Notes (Choisir & Lire)

"La vie réelle et l’œuvre commencent très tôt à se mêler. Cette série de chapitres se lit comme un roman. (…) Bruno Pellegrino nous fait partager avec bonheur son attachement pour des personnes parfois oubliées toutes reliées par sa fidélité au souvenir et à sa préservation. Il livre aussi observations et réflexions sur la mémoire, la peur de l’effacement l’angoisse de l’encombrement. Inoubliable." T.R et F.E

Terre et Nature

"La peur de l'oubli, du vide. À travers cette hantise de perdre la mémoire, l'écrivain vaudois Bruno Pellegrino dresse son autoportrait, rythmé par l'absurdité et les redondances de la vie. « Si votre maison brûle, que garderiez-vous? » (…) Composées de plusieurs textes succincts, ces pages sont autant de stratégies pour sauvegarder ses souvenirs." Mathilde Jaccard

Vigousse

"On retrouve dans ce livre l’univers de l’auteur, dans un regard en dedans amplifié. (…) La solution existe-t-elle entre la peur de perdre et la nécessité de ne pas s’encombrer ? Bruno Pellegrino semble avoir, lui, résolu sa quadrature du cercle: « Il aurait fallu pouvoir tout mettre dans un livre, léger, complet, facile à emporter en cas d’incendie et qui fonctionnerait comme la molaire permettant de reconstituer le dinosaure entier. » En l’occurrence, une tortue." Bérénice L’Épée

RTS - La 1ère

"Un recueil de textes aussi concis qu’esthétiques, dans lesquels Bruno Pellegrino explore les limites de ce que signifie des mots comme souvenir, archive, ou mémoire."

Bruno Pellegrino, Invité d’Ellen Ichter dans l’émission « Quartier livre » à écouter ici

Le Matin Dimanche

"Un livre inclassable, qui charme par sa finesse, sa musicalité et son ironie légère comme un zéphyr. «Tortues» se présente comme une variation sur le thème de la mémoire et de l’oubli, où la réflexion se glisse toujours dans un récit. Le style est fluide, d’une sobriété élégante ; Bruno Pellegrino prend le lecteur par la main et le promène à son gré. Il y a des scènes délicieuses, comme son interview pétrie de naïveté, à l’âge de 16 ans, de la réfrigérante «veuve de Dürrenmatt». D’autres qui remontent à son enfance, quand a pris forme ce besoin de lutter contre l’oubli, de faire barrage au temps, qui continue de tarabuster l’adulte devenu écrivain.

Cela explique son intérêt pour des vies effacées, évaporées, dont ne subsistent que des traces infimes qu’il tente de rassembler. (…) C’est comme si la littérature permettait à Bruno Pellegrino de faire un pied de nez au néant. Un autre personnage de l’ombre, Madeleine, la sœur du poète Gustave Roud, lui avait déjà inspiré un très beau roman : «Là-bas, août est un mois d’automne» (Zoé, 2018). Il y régnait une mélancolie subtile, délicate, sensuelle et presque voluptueuse, dont «Tortues» éclaire aujourd’hui les soubassements." Michel Audétat

La Liberté

"Il faudrait parler d’œuvre, déjà, tant ses trois romans composent un univers à l’esthétique affirmée, aux hantises persistantes, aux tonalités résonantes. Alors ce récit de soi, glissant sous la carapace de la fiction pour oser l’autobiographie, n’a rien des Mémoires vaniteux d’un trentenaire qui se (la) raconte. Au contraire, c’est la chronique très humble et belle d’un écrivain qui, errant librement dans les coulisses de son imaginaire romanesque, en révèle la profonde cohérence : si Bruno Pellegrino écrit, c’est pour empailler le révolu, faire œuvre de ce qui fut, arracher au grand incendie de l’oubli les souvenirs qui, intimement, le constituent. « Il aurait fallu pouvoir tout mettre dans un livre », le voici. « Observer des vies passées m’aide à m’orienter dans la mienne », confesse encore le Lausannois dans ces pages déjà parues en partie dans la Revue de Belles-Lettres et subtilement réagencées, où l’on croise entre Venise et Carrouge les figures centrales de ses romans. Une orientation dont la boussole pointe vers l’enfance, vers cette mémoire heureuse dont l’inventaire est toujours réinvention. Écrire, grandir, c’est alors apprendre à se déprendre. »" Thierry Raboud

La Gruyère

"Un curieux recueil, mélange de souvenirs, d’introspection, de questionnements sur la manie de vouloir garder des traces du passé. Le tout avec l’écriture élégante qui faisait déjà la qualité des romans de l’auteur vaudois, comme le magnifique Là-bas, août est un mois d’automne." Éric Bulliard

L'Or des livres

"On retrouve avec beaucoup de plaisir le style de Bruno Pellegrino, aussi reconnaissable que le timbre singulier d'un chanteur. Une écriture sensible et précise toute en finesse et en profondeur, un regard de poète faisant surgir des images lumineuses, étranges, et souvent pleines de drôlerie."

Une chronique d’ Emmanuelle Caminade à lire ici

L'Oiseau siffleur

"On aime beaucoup et c'est en coup de coeur sur les tables de nouveautés, bravo Pellegrino !"

Livre aux trésors

"Tortues évoque la passion de l’archivage de son auteur dans un livre porté par une écriture sensible et profonde qui fait briller les destins oubliés des petites traces que nous laissons derrière nous. La délicatesse incarnée." Raphaël

Antigone

"Tortues constitue l’autoportrait d’un auteur en une mosaïque de souvenirs, d’enquêtes sur soi et sur d’autres, un recueil à la fois personnel et universel, où l’on retrouve la patte poétique reconnaissable de Bruno Pellegrino, déjà appréciée dans son roman Là-bas, août est un mois d’automne." Nadège Nicolas

TULITU

"Quelle merveille, c'est beau, sensible, ciselé !"
 

Les mots à la bouche

"La mémoire est le point de rencontre des différents récits qui composent Tortues: que faire de nos souvenirs, comment et quoi archiver, oublier pour parfois mieux retenir… Comme toujours chez l'auteur, on se laisse attraper par sa douceur et la puissance entêtante de certaines scènes. Le livre dit aussi par petites touches (si bouleversantes) nos enfances queers : leur solitude, mais aussi les mondes qu'on s'invente pour l'habiter."

Mazette

"Mais qu'est-ce qu'on aime la douceur des petites pépites poétiques des Editions Zoé! Ici Bruno Pellegrino ausculte son désir compulsif de tout garder, classer, archiver, son besoin de protéger tout ce qui fait la grandeur de nos vies minuscules. L'écriture est très belle et l'obsession de l'auteur pour les exigences humaines profondément touchante. Que disent de nous les traces que l'on laisse au cours d'une vie ? On ne peut que vous conseiller ce récit, que c'est beau!"

Le Square

"Laisser parler l'enfant. L'écouter et lui obéir. Dans une langue charnelle, Bruno Pellegrino chuchote la frénésie de se déposéder, de n'être définitivement attaché à rien. Dans une langue sensible il crie le secret de ne retenir que l'essentiel...Il veut le sauver d'un incendie, ou d'un passage à l'adulte, alors il le calfeutre dans un tiroir. Mais, un tiroir peut contenir à la fois si peu et beaucoup. D'un travail d'archiviste à des souvenirs d'enfance, en passant par la stupéfaction d'une vie découverte, Bruno Pellegrino oublie la mémoire tant de fois questionnée dans les romans et vénère l'oubli. Un roman gigogne, tortueux, inflammable mais qui laisse un frémissement sous la peau."

Allemand

Éditeur: Verlag die Brotsuppe
Année: 2023

Terre-des-Fins

Terre-des-Fins est une ville minière sur le déclin, un terminus du monde uniquement accessible par le rail. Liv, une jeune femme graffeuse, délinquante à ses heures, y voit débarquer Sora, une ambitieuse fille de la capitale, qui vient chercher en urgence l'œuvre d’un artiste. Liv se retrouve à servir de guide à la jeune citadine, dont le souhait le plus cher est de rencontrer cet artiste qu’elle vénère tant. Un récit d’émancipation sauvage et intime sous des allures de roman de gare.

Daniel Vuataz, Aude Seigne et Bruno Pellegrino écrivent à six mains depuis la série littéraire Stand-by. Ensemble, ils ont créé une écriture qui conjugue vitesse, observation et amour de la narration.

Là-bas, août est un mois d'automne

Elle se passionne pour la conquête spatiale, prépare des gâteaux légendaires, tient le ménage. Poète, lui s’efforce d’inventorier le monde et ce qui va disparaître. Madeleine et Gustave ont toujours vécu sous le même toit. À les voir, on pense à deux chouettes endormies qui se shooteraient au thé. Ou à d'étranges adeptes d’une existence lente et régulière, passée dans une maison où il y a plus de tiroirs que de jours dans l'année.

Grâce à une écriture contemporaine, attentive à la lumière et au presque rien, Bruno Pellegrino réussit à nous rapprocher de ses personnages au point de nous propulser dans leur monde : une véritable expérience sensorielle.

Dans la ville provisoire

Au creux de l’hiver, un jeune homme s’installe dans une ville cernée par l’eau pour faire l’inventaire de l’œuvre d’une traductrice célèbre. Un ticket de supermarché enluminé de notes devient un document de même valeur qu’un manuscrit. Un tas d’habits sur le lit un indice aussi important que les piles de livres et de carnets. Dans un décor que floute l’omniprésence de l’eau, le jeune homme cherche à percevoir la voix de la traductrice, à se représenter son corps, jusqu’à emprunter ses gestes et ses pensées. Le processus d’allègement est inexorable et l’expérience devient vertigineuse. Ce roman baigné d’une lumière douce et trouble envoûte le lecteur grâce à une tension permanente, un secret.

Stand-by - saison 2 (2019, Stand-by. Le feuilleton littéraire)

Stand-by - saison 2

Trois adolescents en cavale avec une journaliste quadragénaire lancée dans une quête mystique en Italie. Un médecin napolitain fraîchement diplômé, sur le point de mourir au Groenland, dans une base militaire abandonnée. Une jeune femme qui écume New York pour retrouver son ex-petite amie disparue. Chacun doit se frayer un chemin dans un monde profondément bouleversé par l’éruption d’un supervolcan qui, après avoir paralysé l’espace aérien européen, est en train de faire chuter la température sur toute la planète.

Une Italie post-apocalyptique, une Europe plongée dans l’écologie totalitaire, des États-Unis où le slogan « Make America White Again » est devenu la norme : voici la saison 2 du feuilleton littéraire Stand-by, à lire indépendamment ou à la suite de la première saison.

Langue précise et sensible, atmosphères et personnages au plus proche du monde d’aujourd’hui, Stand-by, écrit à six mains par Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz, réconcilie littérature et séries télé.

Stand-by - l'intégrale de la saison 1 (2019, Stand-by. Le feuilleton littéraire)

Stand-by - l'intégrale de la saison 1

Suite à une éruption sans précédent à Naples, toute l’Europe se retrouve paralysée sous les cendres.

Sur le point de s’envoler de Paris pour New York, la journaliste Alix Franzen est contrainte de revoir ses plans. Nora, Vasko et Virgile, trois adolescents en vacances dans les Balkans, se retrouvent sans adultes et découvrent l’indépendance, grisante et inquiétante. Au Groenland, une équipe de jeunes Européens en mission climatique reste bloquée, loin de tout secours.

Au fil des premières heures qui suivent cette apocalypse volcanique, chacun va devoir s’en remettre à ses ressources personnelles pour affronter la réalité d’un monde nouveau.

Langue précise et sensible, atmosphères et personnages au plus proche du monde d’aujourd’hui : écrit à six mains par Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz, le feuilleton Stand-by réconcilie littérature et séries télé. Voici la version intégrale de la première saison, récompensée en 2018 par le prix de la relève de la Fondation vaudoise pour la culture.

Stand-by 4/4 (2018, Stand-by. Le feuilleton littéraire)

Stand-by 4/4

Une semaine après l’éruption du supervolcan près de Naples, Alix a décidé de gagner l’épicentre du cataclysme : un périple dans une Italie apocalyptique.

Au Groenland, les Green Teens restés au camp de base sont tirés d’affaire, mais il faut retrouver les autres, disparus dans la tempête alors qu’ils étaient partis chercher de l’aide.

À Podgorica, Virgile, Nora et Vasko découvrent in extremis l’horrible secret d’Aden. En fuite après avoir laissé un corps inanimé, ils plongent dans l’excitation et la paranoïa, tandis que leur road trip balkanique se transforme en une course-poursuite infernale.

Le temps accélère, les actions se densifient : pas de happy end artificiel pour ce dernier épisode, mais un feu d’artifice qui clôt en beauté cette première saison de Stand-by.

Dessins de Frédéric Pajak

Comme Atlas (2018, Zoé poche)

Comme Atlas

Comme Atlas est un petit précis de jalousie. D'Antananarivo à Tokyo, de Moscou à Pékin, la lente rupture amoureuse y prend la forme d’un voyage empreint par l’intuition que quelque chose se termine. Il en ressort ainsi une géographie particulière, où la précision et le rythme de l’écriture font que tout sonne juste, terriblement juste.

« Une histoire d’amour mélancolique, deux voyages, une rupture. On pense avoir lu ça cent fois, et puis non, les qualités du livre transcendent ce que l’histoire pourrait véhiculer comme clichés. » Isabelle Rüf, Le Temps.

Comme Atlas a été publié en 2015 aux éditions Tind sous le titre de Atlas nègre.

Stand-by 3/4 (2018, Stand-by. Le feuilleton littéraire)

Stand-by 3/4

Au Groenland, la neige engloutit les repères, tandis que les cendres commencent de voiler le ciel français. Sur les paysages monténégrins, les pluies acides laissent des sillons noirs.

Le supervolcan « crache, depuis des jours, des milliers d’années de roches patiemment mitonnées », et les protagonistes de Stand-by sont confrontés à de nouvelles réalités : l’oncle Aden a du sang sur les mains ; la mort frappe les Green Teens ; Alix n’est plus seule sur la route.

Dessins de Frédéric Pajak

 

Stand-by 2/4 (2018, Stand-by. Le feuilleton littéraire)

Stand-by 2/4

Un Groenland progressivement hostile, un Monténégro sous les cendres, une campagne française inquiétante et déserte : le décor de Stand-by est planté, place à l’action !

Alix a quitté Paris et entame une longue marche à travers la France, bravant les risques que peut courir une jeune femme isolée en pleine campagne.

Nora, Vasko et Virgile décident de partir pour Podgorica, où Vasko est attendu pour l’ouverture du testament de son père. Ils seront accueillis par l’oncle Aden, l’étrange frère du défunt.

Quant aux Greens Teens, ils sont condamnés à espérer un avion qui ne vient pas. Mais c’est sans compter un nouvel accident tragique qui va transformer leur attente en enfer.

Dessins de Frédéric Pajak

 

Stand-by 1/4 (2018, Stand-by. Le feuilleton littéraire)

Stand-by 1/4

Lorsqu’un volcan dans la région de Naples entre en éruption, un prodigieux nuage de cendres paralyse progressivement l’Europe, clouant les avions au sol et brouillant les communications. Sur le point de s’envoler pour New York depuis Paris, Alix Franzen doit revoir ses plans. Au Monténégro, Nora, Vasko et Virgile, trois adolescents, se retrouvent sans adultes et découvrent l’indépendance, grisante et inquiétante. Au même moment, les Green Teens – une équipe de jeunes Européens qui accomplissent leur Service climatique obligatoire – reste bloquée au cœur du Groenland, loin de tout secours.

Voici le récit des premières vingt-quatre heures qui suivent l’éruption.

Dessins de Frédéric Pajak

 

Là-bas, août est un mois d'automne

Voici un éloge de la lenteur et de la liberté, un roman sur un frère et une sœur qui vivent depuis toujours sous le même toit et qui ont conclu ensemble un pacte tacite. Madeleine fume le cigare, se passionne pour la conquête spatiale, tient le ménage de la maison et, surtout, protège son frère. Gustave, lui, s’acharne à inventorier le monde et ce qui va disparaître, en marchant, photographiant, écrivant. C’est que la paysannerie se transforme, ses rituels et ses objets aussi, et, avec eux, la nature.

Bruno Pellegrino saisit avec talent ce couple frère-sœur et le cocon qu’ils ont tissé au creux de leur environnement, entre autarcie et symbiose. Le rythme qu’il insuffle à ses phrases nous projette dans un monde bruissant de couleurs et de sensations, l’univers rural des années 1960, si proche car revisité avec les mots du XXIe siècle .

Ce premier roman s'inspire librement de la vie du poète Gustave Roud et de sa sœur Madeleine.

 

Laudatio de Michel Audétat à l'occasion de la remise du prix Alice Rivaz (novembre 2018)

"Peut-être ne se sont-elles jamais rencontrées. Que savait Alice Rivaz de Madeleine, la sœur du poète Gustave Roud? Que pouvaient-elles avoir en commun, l’une dans son bureau du BIT rempli des rumeurs du monde et du crépitement des dactylos, l’autre dans sa campagne vaudoise où le temps de l’histoire ne faisait pas oublier le temps des saisons? Refusant d’occuper la place qui lui était assignée, Alice Rivaz s’est insurgée contre la condition imposée à son genre. Elle a rompu. Elle s’est séparée d’elle-même, de son destin de «bonne petite», bousculant ainsi l’ordre des choses selon lequel il était mal vu qu’une femme se mêlât d’écrire des livres.

Comme Madeleine semble loin d’elle… On la voit, sur la couverture du roman, qui se découpe dans le cadre d’une fenêtre, la tête un peu penchée, le regard brouillé par l’ombre du chapeau. Mystérieuse Madeleine. Que sait-on d’elle qui vécut toute sa vie sous le même toit que son frère? Si peu de chose. Elle a été «la discrète». Non pas celle qui s’affirme, comme Alice Rivaz, mais celle qui s’éclipse, qui s’efface. Présence indéfectible mais devenue transparente, Madeleine n’est généralement pour les lecteurs de Gustave Roud qu’un détail dans un coin du tableau.

Le roman de Bruno Pellegrino nous encourage à réduire l’écart entre ces deux femmes. Il nous présente une Madeleine dont la discrétion ne serait nullement le corollaire d’une servitude. On retient plutôt l’image d’une force qui va. Veiller sur son frère cadet n’est pas un devoir auquel elle consent, mais l’exercice d’une tendresse quotidienne et ferme. Quand, pour un rien ou un presque rien, Gustave s’inquiète, s’alarme ou se met à blêmir, Madeleine prend les choses en main en étant sans doute la seule personne au monde capable de lancer à ce poète de frère: «Quel cirque tu fais, des fois, mon vieux Gustave…»

«C’était le moment!», se dit-elle aussi en 1971, le jour où les hommes de ce pays ont fini par accorder le droit de vote aux femmes. Peut-être aurait-il suffi d’une minuscule inflexion, à l’âge de vingt ans, pour que la vie de Madeleine prenne une direction inattendue. Bruno Pellegrino s’autorise à l’imaginer: «Si, comme Marion, elle était partie en Angleterre à ce moment-là, elle en serait revenue changée, renforcée, suffragette peut-être.» Entre Alice et Madeleine, des liens semblent se tisser d’eux-mêmes. On peut se les représenter comme deux fugitives, la première échappée de sa cage, la seconde rescapée de l’oubli grâce ce magnifique roman qui lui redonne vie. Ce soir, le jury du Prix Alice Rivaz est ravi de pouvoir rapprocher ces deux femmes.

Sur la quatrième de couverture, on lit que «ce roman s’inspire librement de la vie du poète Gustave Roud». Je crois qu’il faut insister sur le mot «librement» en précisant une chose: l’auteur fait partie d’un groupe de chercheurs qui travaillent à l’édition des «Œuvres complètes» de Gustave Roud, sous la direction de Claire Jaquier et de Daniel Maggetti. Bruno Pellegrino connaît donc parfaitement l’édifice de ces écrits, jusque dans les sous-sols des textes inédits dont il a glissé quelques phrases dans son propre roman. Le jury du Prix Alice Rivaz avoue n’y avoir vu que du feu.

Une telle connaissance de Gustave Roud aurait pu intimider le romancier. Ou l’encombrer. Au pire lui donner des semelles de plomb. On s’aperçoit au contraire que l’érudition ne pèse nulle part dans le flux de cette prose limpide et souple, à la fois vive et portée par le lent mouvement des jours, des saisons et des années qui s’en vont. Le titre du roman suggère lui-même un double mouvement de fuite. Dans l’espace: «Là-bas». Et dans le temps: «Août est un mois d’automne».

Ainsi, à partir de Gustave Roud, Bruno Pellegrino a inventé le personnage si touchant de Gustave. Le second a conquis sa liberté par rapport au premier et on ne peut que s’en réjouir: je suis convaincu qu’il existe, à Madagascar, Moscou ou Tokyo, des lecteurs qui, sans rien connaître de Gustave Roud, se sentiraient comme chez eux en ouvrant ce livre où un homme de 65 ans se tient dans son jardin, penché sur des fleurs de septembre. Le roman débute là où finit le «Candide» de Voltaire, dans ce jardin qu’il faut cultiver.

Bruno Pellegrino n’a pas écrit ce qu’on appelle un «roman biographique» et il tient à ce que le lecteur s’en aperçoive. À plusieurs reprises, un «je» s’immisce dans le récit, passe la tête dans le petit monde de Gustave et de Madeleine. Il rappelle qu’il est seul maître à bord, libre d’imaginer ici que Madeleine ne ferme pas ses volets, là que Gustave utilise des post-it… «Et pourquoi pas?», demande ce narrateur qui n’est pas dépourvu d’humour : «Il a bien le droit, pour une fois, d’être un peu en avance sur son temps.» Qu’on se rassure toutefois, cet anachronisme est le seul: Gustave ne surfe pas sur le net.

Ce roman, il faut plutôt le lire comme l’histoire d’un frère, d’une sœur et de la maison qui les abrite, puis qui leur survivra. L’auteur va de Gustave à Madeleine, de Madeleine à Gustave, distribuant son attention de façon égale entre l’un et l’autre, imprimant ainsi au roman le rythme régulier et lent d’une pendule à long balancier. Dix années s’écoulent au fil des chapitres, de 1962 à 1972.

Les gestes qui font cette vie commune sont décrits avec minutie. Ce sont souvent des gestes ordinaires. Il nettoie le jardin, pelle la neige. Elle balaie, récure, prépare des gâteaux au résiné. Mais on sent bien, à chaque page, que ces gestes ne sont pas que des mouvements de surface. Ils racontent au contraire l’essentiel: la création d’un monde partagé où le frère et la sœur s’accordent. Pour définir ce roman, je songe au mot inventé par Charles Dantzig dans son formidable «Traité des gestes»: ce pourrait être un «gestuaire», comme il existe des bestiaires.

Parfois, les gestes de Madeleine et de Gustave sont identiques. Chaque matin, chacun dans sa chambre, ils font leur lit de la même manière, secouant le duvet, tapotant l’oreiller. Et quand ils prennent le thé, ils accomplissent les mêmes gestes «vastes et tranquilles» qui viennent de loin: ceux, je cite, «des parents et des tantes, perpétués dans le calme de la chambre basse». Plus souvent, leurs gestes se répondent ou se démarquent. Il se penche sur ses notes et ses carnets; elle lève les yeux vers le ciel où croisent désormais les vaisseaux de l’épopée spatiale qui la fascine. On dirait un ballet: le roman est composé avec un art de chorégraphe.

Il y a aussi les gestes rares ou empêchés de la tendresse: quand elle marche près de son frère, Madeleine n’ose pas prendre son bras; cela ne se fait pas dans leur famille. Ou encore des gestes oubliés, perdus, disparus des campagnes, comme ceux des faucheurs dont les fléaux au chômage se folklorisent en décorant les fermes rénovées.

Et puis il y a la marche, ce mouvement du corps lancé sur les chemins, parfois jusqu’aux limites de l’épuisement. Gustave est un poète errant qui arpente son petit royaume de champs, de forêts, de ruisseaux, de lumières toujours changeantes. Je cite Bruno Pellegrino: «Il refait en boucle les mêmes découvertes, revient sans se lasser aux mêmes vieux paysages dont il documente patiemment la métamorphose.» Dans ces marches-là, comme dans le titre du roman, le mouvement dans le temps se superpose au mouvement dans l’espace. Gustave est ici un homme qui passe; le frère de Madeleine est ce passant magnifique qui nous inspire, à nous aussi, un sentiment fraternel. Car la langue nous trompe en nous faisant dire que le temps passe; c’est bien sûr nous qui passons.

Comme Gustave Roud, Bruno Pellegrino est sensible à ce qui se défait, se délite, s’effrite, va à son terme. Son précédent et premier livre, récemment réédité sous le titre «Comme Atlas», se présente comme la cartographie d’une rupture amoureuse à partir de deux voyages. Le premier à Madagascar où le narrateur part seul. Le second en train et en couple vers Moscou, Pékin, Tokyo. Miné par la jalousie du narrateur, leur amour se défait sur fond de paysages décrépits et sous le régime de l’interconnexion numérique: Facebook n’est pas pour rien dans ce naufrage amoureux.

«Comme Atlas» baigne en effet dans cette forme particulière de présence au monde à laquelle les nouvelles technologies nous ont acclimatés. On part, mais en gardant un pied dans le monde que l’on quitte. On se lance à travers les continents, mais l’instantanéité du numérique abolit les distances. Est-il d’ailleurs encore bien nécessaire d’aller vers le monde puisque l’écran permet au monde de venir à nous? Dans ce premier livre se profile une question à laquelle le second fait écho: comment habiter le monde?

En passant d’un livre à l’autre, Bruno Pellegrino a imité le Candide de Voltaire: il a quitté l’horizon mondialisé pour le modeste jardin où poussent le lys, la verveine, le pavot et les massifs de zinnias. Plus loin dans le roman, il est aussi question d’héliotropes, d’épilobes, de sainfoin, d’esparcettes, d’ancolies… C’est une fête végétale devant laquelle le narrateur lui-même reste songeur. Avant de conclure, j’aimerais citer ce très beau passage où il se confie:

«Quand je lève les yeux, je vois simplement des arbres, là où Gustave et Madeleine voyaient des tilleuls, des aulnes, des acacias, des érables. J’écris sur des gens qui étaient capables de nommer les choses, les fleurs et les bêtes, alors que j’ai besoin d’une application sur mon téléphone qui identifie les oiseaux par leur chant, les plantes par la forme de leurs feuilles, et je dois vérifier sur des sites de jardinage la période de semaison du blé et de floraison des cyclamens. C’est peut-être ce qui me fascine chez ces deux-là, leur manière lente et savante d’éprouver l’épaisseur des jours.»

Bruno Pellegrino s’est donc écarté du monde qui va à la vitesse de la lumière pour visiter cet autre monde de gestes lents et de longs crépuscules. Cela m’a rappelé un livre de Paul Virilio que j’avais lu jadis plutôt que naguère: «Vitesse et politique». En 1977, ce penseur aux accents prophétiques publiait ces mots qui semblent aujourd’hui plus pertinents encore qu’à l’époque où ils ont été écrits: «La vitesse c’est la vieillesse du monde. Emportés par sa violence nous n’allons nulle part, nous nous contentons de partir et nous départir du vif au profit du vide de la rapidité.» Le roman de Bruno Pellegrino porte, en creux, cette inquiétude sur la forme de présence au monde dont la vitesse nous prive. À sa manière très personnelle et avec des préoccupations d’aujourd’hui, il a écrit sa propre «Campagne perdue».

J’aimerais terminer en citant la première phrase du roman qui pourrait avoir une tonalité presque ironique: «Le temps des digitales est fini.» En l’occurrence, le mot «digitale» ne renvoie pas au numérique mais au végétal: il désigne ici une plante aux fleurs douces et toxiques que Gustave, enfant, enfilait peut-être sur ses doigts comme un gant. D’où la très belle image qui illumine ce début de livre: «Je le vois, enfant, les doigts vêtus de fleurs», écrit Bruno Pellegrino. Et c’est pour nous l’occasion d’ajouter que le Prix Alice Rivaz lui va également comme un gant."

Tortues: extrait

Un musée de zoologie, un matin de septembre. Je suis là pour inventorier des animaux empaillés et je me prends d'affection pour le perroquet-hibou, étrange oiseau qui refuse de trancher, menacé d'extinction et classifié comme spécimen rare à sauver en cas d'incendie. Dans la même salle se trouvent des centaines de bêtes, dont un requin et un rhinocéros mais ceux-là, dit le taxidermiste du musée, sont trop lourds pour être transportés en urgence. Si la baraque brûle, ils brûlent avec. Et la tortue, je demande ?

Les dernières années de sa vie, elle était tellement immobile dans son enclos que le personnel du zoo n'a pas noté de changement le jour où elle a arrêté de respirer. Quand le taxidermiste l'a réceptionnée, sa mort remontait à une bonne semaine. Il explique qu'aujourd'hui, la profession s'est spécialisée, tu fais juste les rapaces ou les batraciens, mais à l'époque, on prenait ce qui arrivait. Lémurien, chat domestique, paon, on apprenait sur le tas.

Lui-même n'avait jamais fait de tortue. Le temps qu'il déniche un livre décrivant la procédure, la décomposition du cadavre se poursuivait, l'odeur dans l'atelier est devenue insoutenable. Le taxidermiste s'est installé dehors, sur la grande place devant le musée. Les gens qui flânaient approchaient de son établi. La difficulté était de découper la carapace sans l'abîmer. Scie, scie sauteuse, disque à métaux, il combinait les outils en cherchant un moyen de caler l'ouverture. Les gens reculaient, une main sur le visage.

La carcasse vidée et nettoyée, restait encore à la rembourrer. Le taxidermiste a pris ce qu'il avait sous la main, ce qui traînait dans ses poches et dans son atelier, ce qui jonchait le sol de la place. Laine de verre, sable, ficelle, papiers d'emballage, reçus de supermarché, billets de bus. Pas très orthodoxe, sourit-il. La tête du restaurateur qui ouvrira la bête dans quelques années.

Je regarde la tortue jusqu'à me convaincre que j'ai surpris un frémissement sous sa peau, un reflet dans son oeil. En cas d'incendie, je voudrais qu'on la sauve aussi. Il faudrait la soulever pour voir si c'est faisable.