parution janvier 2024
ISBN 978-2-88907-311-5
nb de pages 176
format du livre 140x210 mm

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Emmanuelle Tornero

Une femme entre dans le champ

résumé

Son nouveau statut de mère semble avoir déclenché chez L une lucidité extraordinaire en même temps qu'une profonde solitude. Elle oscille entre indifférence et fascination face à son enfant. Mais, plus largement, c'est une dérive, une séparation d'avec le monde commun qui est à l’œuvre. Où cela la mènera-t-elle? Peut-on vivre sous un figuier étrangleur? Est-il possible de devenir un objet? Qu'est-ce qu'une caresse?
Le portrait de cette "femme à l'enfant" envoûte. La puissante délicatesse, la précision de l'écriture, la dimension concrète d'impressions diffuses nous donnent accès à l'intimité de cette femme qui se détache de son quotidien. Avec une maîtrise éblouissante du montage et de l'ellipse, le sens de la suggestion et de la tension, Emmanuelle Tornero nous fait naviguer entre les jours de L, jours d'avant et jours d'après, jours intérieurs et jours d'extérieurs, dans les champs, sur les routes, au bord des plages.

biographie

Née en 1985 en Seine-Saint-Denis où elle a grandi, Emmanuelle Tornero est créatrice sonore et vit actuellement au Havre. Une femme entre dans le champ est son premier roman.

"Une femme entre dans le champ" d’Emmanuelle Tornero, en lice pour le prix Françoise Sagan 2024

L'OBS

"L ne sais pas comment renouer avec la vie d’avant. Au diable, le travail. Avec son bébé sous le bras, un coup de RER et la voilà qui s’égare sur les chemins rustiques. Roman expérimental parfois proche du poème en vers libres, Une femme entre dans le champ est un voyage surréaliste et sensoriel dans la psyché d’une jeune mère à la dérive." Amandine Schmitt

L'Humanité

"Une femme entre dans le champ, trempée par la pluie, tentant de faire avancer une poussette qui s’embourbe. Dans sa tête, une chanson obsédante, qui revient par bribes : « J’ai pas tué, j’ai pas volé. » C’est ainsi que « L » entre « dans le champ », celui des mots. (…) Les événements racontés ne se suivent pas. C’est sans d’importance, seul compte l’envahissement du lecteur par cette présence. (...)

Emmanuelle Tornero se « contente » d’accueillir quelques moments de la présence de L, sans chercher à déterminer les causes, la logique de son comportement. Elle parvient ainsi à la fois à aimanter le lecteur vers ce personnage et à tendre le récit par une inquiétude addictive. Un tour de force pour ce premier roman signé par une autrice issue du master de création littéraire du Havre. À suivre, on l’espère."

Un article d’Alain Nicolas à lire ici

Le Monde

"Le roman relève ainsi d’un dispositif qui pourrait sembler formel, travaillé en tout cas dans le laboratoire studieux d’un atelier d’écriture, mais qui réussit à multiplier la puissance d’émotion, et même de suspense, du récit. (…) L’ensemble, tout à fait singulier, révèle une très belle voix, que l’on suivra assurément." Fabrice Gabriel

Le Figaro

"C’est à un vertige poétique, tour à tour inquiétant, fascinant, étrange, que nous convie Emmanuelle Tornero. Celui d’une jeune femme, nommée ici par la simple lettre L., qui décide de partir seule sur les routes avec son nourrisson. On la suit dans son errance et sa dérive, sa vie quotidienne et domestique passée, étalée et fractionnée sur plusieurs années, à travers une narration éclatée, fragmentaire, nourrie de flashback, une vie reconstituée dans le désordre d’épisodes plus ou moins longs, de saynètes où règne l’ellipse, d’impressions, parfois réduites à un bref poème en vers. (…)

Indéfinissable et étrange L, qui pourrait être la petite-nièce d’Antoine Roquentin de La Nausée, ou d’un personnage d’Emmanuel Bove, ou bien encore une femme surprise par la caméra d’Agnès Varda ou de Chantal Akerman. Et puis il y a l’enfant, le regard qu’elle porte sur lui, entre tendre admiration et indifférence, les réflexions, les sensations, les rêves qu’ils lui inspirent, notamment sur la maternité, aussi pesante soit elle : «L’enfant façonnerait son monde, un monde à sa mesure, sur mesure. Fait par et pour son corps. » Dérangeant et superbe. On a déjà retenu son nom : Emmanuelle Tornero." Thierry Clermont

En attendant Nadeau

"Le premier roman d’Emmanuelle Tornero, Une femme entre dans le champ, raconte la découverte de la maternité d’une jeune mère qui décide de partir à pied sur les routes avec son bébé. Il étonne à la fois par son sens de la composition, très ouvert, par la vision de la maternité qu’il propose, et par la très grande beauté de son écriture. (…)

C’est un monde fait d’attention fusionnelle à des détails qui clochent, à la stridence des voix. Il s’accommode particulièrement bien d’une écriture par morceaux, travaillée par les ellipses. C’est aussi un monde fait d’évitements. (…) Tout se passe comme si la protagoniste, ayant donné naissance, ne pouvait faire autre chose que de tenter de rejoindre indéfiniment un état de nature, une loi cachée, un royaume inquiétant (natura, en latin, désigne à la fois la nature et la naissance). Ou tout se passe comme si L. revenait elle-même à des sensualités de petite enfance, à l’enfance comme flux, fugue sans raison, sans mot, musicale et immense. (...)

Le cadre du fait divers est constamment débordé. La fugue de L. avec son bébé donne lieu à des pages d’autant plus réussies qu’on y sent un vrai bonheur d’écriture qui allège tout. L’errance le long des routes est aussi l’occasion d’arpenter le monde et d’en faire l’inventaire. La variabilité des formats (quelques pages ou quelques lignes) que permet une écriture centrée sur des moments est alors très heureuse. Ainsi, les pages qui décrivent les cris des familles, un dimanche dans la zone de baignade d’un lac, sont remarquables : elles sont écrites en vers libres, disposés sur deux colonnes par page, mais de façon si fluide, si attachée aux menus faits du quotidien, qu’on oublie de théoriser ; on lit et on ne s’aperçoit qu’après coup qu’on est passé au poème. De même, le passage (en prose) qui décrit, comme en passant, l’apparition d’une première dent est saisissant : il n’a rien de la condescendance attendrie qu’on manifeste en général à l’égard des enfants et tout, cependant, de l’étonnement, du ravissement – au sens fort – devant cette poussée anonyme du temps et des corps. (…)

Il y a d’autres citations, d’autres hommages plus ou moins cachés qu’on n’est pas obligé de voir mais qui contribuent au sentiment d’avoir affaire à une écriture à la fois très claire, très libre et très mûrie. C’est un premier roman et c’est une réussite."

Un article de Claire Paulian à lire ici

France Culture

"C’est la fascination et les craintes que peut susciter l’enfantement que j’avais envie d’explorer dans ce texte, mais aussi, quelque part, la stupeur. Ce qui est en train d’advenir à ce personnage est-ce dû à sa maternité, ou est-ce que cela vient d’ailleurs ?"

Emmanuelle Tornero, invitée de Marie Richeux dans « Le Book Club » à écouter ici

Vigousse

"C’est sur les chemins de traverse, dans le fond comme sur la forme – Une femme entre dans le champ jouant avec la typographie, les espaces, relevant par instants de la poésie – que nous emmène Emmanuelle Tornero (...). Son premier roman, qui est d’ailleurs moins un roman qu’une expérience textuelle et psychologique, un voyage au cœur de la psyché d’une femme qui ne sait pas comment renouer avec la réalité, la normalité. Une échappée, une envolée, une fuite." Pascal Busset

Marie Claire

"Paysage mental, portrait d’une conscience meurtrie dans un monde déréalisé, la maternité comme on l’a peu lue." Emily Barnett

RTS - Culture (QWERTZ)

"Que ressent-on à la naissance d’un enfant? Du désarroi, de la sidération, une folle tendresse ou encore un sentiment de toute puissance? L, le personnage principal d’"Une femme entre dans le champ", est traversée par toutes ces émotions de manière amplifiée. Jusqu’au fameux jour où elle décide d’abandonner son travail et son mari pour partir sur les chemins avec son bébé."

Emmanuelle Tornero était l’invitée de Sarah Clément. Un entretien QWERTZ à écouter ici

Libération

"Parmi toutes les possibilités (clinique, sociologique, policière, …) de mener ce portrait d’une mère égarée, Emmanuelle Tornero a choisi la poésie intérieure à la troisième personne, dans la lignée de l’écrivaine Unica Zürn qu’elle cite en exergue. (…) Un mélange d’angoisse et d’émerveillement face à la grossesse et l’enfantement, un arrêt de la raison, le basculement dans un autre ordre de chose."

Un article d'Éric Loret à lire ici

Relikto

"Un récit troublant où le temps est un marqueur important et la tension, incessante."

Entretien d’Emmanuelle Tornero avec Maryse Bunel à lire ici

les-notes.fr

"Roman fulgurant, construit par relations non chronologiques de jours moins et de jours plus, articulé autour de la venue au monde d’un bébé dans un couple, il raconte la déconstruction d’une femme, peu à peu dépossédée d’elle-même jusqu’à son nom, sa voix. Entre souvenirs, gestes automatiques du quotidien, la fissure s’installe en elle, tout comme le figuier qui l’enserre et l’étouffe. L’autrice décrit, témoigne de cette vie ébranlée, mais jamais ne juge. Seuls les comptes-rendus de caméras municipales viennent apporter une réalité tangible. Un texte bouleversant, écrit au cordeau, loin de toute caricature, laissant au lecteur le mot de la fin." M.-T.D et P.E  

Livres Hebdo

"(…) Ce n’est pas linéaire, ça tourbillonne comme dans la tête de cette antihéroïne espérant s’échapper de sa condition. La mise en page épouse le phrasé de sa psyché, le tracé de ses émotions. Il y a des retours à la ligne comme en poésie, et une minuscule en début de ligne, tels des vers libres (…).
Quoique d’une construction séquencée, nonobstant son rythme syncopé, Une femme entre dans le champ est un texte paradoxalement fluide. On glisse d’une image à l’autre, avec toujours L. dans le champ – champ de boue, champ de vision, scènes captées par la caméra surveillance dans les endroits où la portée disparue a été repérée, scènes dans sa tête ou dans le monde. Envoûtant, déroutant, que cet amour maternel en fuite." Sean Rose

L'Astragale

"Pour devenir mère L. a créé un voile entre elle et le monde, comme une bulle qui serait à la fois douce et néfaste, bienveillante et écrasante... à en perdre les lettres de son prénom! Ce journal à la construction hypnotique nous ouvre les portes de son univers onirique. Une langue captivante, on en sort brumeux mais épaté!"

Libralire

"La claque dans la figure qu'est ce roman. Un compte à rebours dont on ne décroche pas, soutenu par une écriture concise, comme à bout de souffle qui porte brillamment la solitude de son personnage L. Alors enfermée dans sa maternité à en perdre jusqu'à son prénom, L se découvre pourtant une autre vision des choses, une infime attention aux détails qui l'entourent et aux inconnus qui croisent son chemin. Fort et éblouissant."

Librophoros Pérolles

"Maintenant mère, L. oscille entre le dedans et le dehors. Quelque chose dérive... est-ce elle? Est-ce le monde autour d'elle? Ce roman est une expérience de lecture peu commune, par sa langue, une maîtrise du montage et l'espace offert à l'interprétation, pour ce qu'il dégage, engage et provoque en nous. C'est beau, brutal aussi, ça bouscule... et c’est surtout d'une poésie folle!" Carine

Folies d'encre Noisy-le-Grand

"Depuis qu'elle est devenue mère, L se dilue dans un monde de plus en plus étrange. Jusqu'au jour J où tout va basculer. Plongeant dans l'intimité surréaliste d'une femme qui perd pied, Emmanuelle Tornero déploie une langue sensorielle et poétique dans ce texte fulgurant."

Librairie des Marais

"Lorsqu'elle devient mère, L. oscille entre fascination et indifférence pour son enfant...Le portrait de cette femme-enfant ensorcèle, perturbe, questionne... Un livre d'une grande force et d'une beauté absolue à l'écriture poétique et saisissante."

Montbarbon

"Une grande claque littéraire! Une telle puissance pour un premier roman est remarquable! Une construction incroyable pour raconter une mère à la dérive, un bijou poétique et brutal, du jamais lu!" Juliette

Librairie de l'Angle rouge

"À partir d'un début grandiose, le premier roman d'Emmanuelle Tornero, monteuse, joue avec les chronologies et les styles d'écriture, entretient le mystère et l'ellipse. C'est un livre sur une jeune mère qui dévie, dévisse, cavale avec son bébé, et nous tend en miroir, depuis ses marges et ses nuages, la norme glaciale dont elle s'arrache. C'est un livre qui dit la béance, l'ultra-moderne solitude, la folie. Une lecture choc. Lectorat sensible s'abstenir." Leïla

les-notes.fr

"Roman fulgurant, construit par relations non chronologiques de jours moins et de jours plus, articulés autour de la venue au monde d'un bébé dans un couple, il raconte la déconstruction d'une femme, peu à peu dépossédée d'elle-même jusqu'à son nom, sa voix. Entre souvenirs, gestes automatiques du quotidien, la fissure s'installe en elle, tout comme le figuier qui l'enserre et l'étouffe. L'autrice décrit, témoigne de cette vie ébranlée, mais jamais ne juge. Seuls les comptes-rendus de caméras municipales viennent apporter une réalité tangible. Un texte bouleversant, écrit au cordeau, loin de toute caricature, laissant au lecteur le mot de la fin." M-T.D et P.E)

Une femme entre dans le champ: extrait

j-50

Il y a un balcon dans l’appartement, un grand balcon longeant l’appartement sur tout un côté. Sur ce balcon il n’y a rien qu’une chaise, une table et un cendrier. Autrefois il y avait deux chaises. L’autre chaise qui se trouvait jadis sur le balcon a disparu, personne ne sait comment. L se rend parfois sur le balcon depuis la chambre ou le salon et regarde alentour, elle jette son regard à la ronde, sur et à travers les arbres, scrute leur cime, aperçoit quelques nids de pies, quelques pies furetant de branche en branche à travers les feuillages lorsqu’il y en a, quelques morceaux d’immeubles perçant entre les troncs, la route à droite en forme de virage. Elle jette son regard et le regard lui revient toujours, puis se pose souvent sur la chaise solitaire et, par ricochet, sur cette autre chaise aujourd’hui disparue, devenue une chaise intérieure, un fantôme de chaise, dont elle ne peut s’empêcher de penser qu’elle a dû s’évader, s’enfuir par-dessus le balcon une nuit, tandis que tout le monde dormait. Sur le balcon, depuis que l’enfant est né, L rejoue parfois une scène mythologique. La scène habite en elle depuis toujours, et jamais encore elle n’avait eu l’occasion de l’interpréter. La scène se passe un jour d’hiver, il y a longtemps, bien avant la naissance de L ; elle est interprétée par la mère, le grand-père et l’arrière-grand-mère de L et se déroule ainsi : la mère, âgée de quelques mois, n’est que larmes ; depuis des jours elle pleure tant et tant qu’elle inonde l’appartement – après un trop long moment, le grand-père saisit la mère, petite chose hurlante, ouvre la fenêtre et, à bout de bras, lui fait franchir une frontière, de l’intérieur vers l’extérieur de l’immeuble – juste avant la chute, l’arrière-grand-mère intervient, attrape le grand-père par l’épaule, engendrant un mouvement de tout son corps vers l’intérieur de l’appartement, se saisit de la mère et administre une gifle monumentale au grand-père avec toute la force de son bras droit. La gifle résonne encore.