parution janvier 2020
ISBN 978-2-88927-737-7
nb de pages 224
format du livre 105 x 165 mm

où trouver ce livre?

C. F. Ramuz

Paris (notes d'un Vaudois)

résumé

En automne 1900, Ramuz s’installe à Paris. Il a 22 ans. Il en aura 59 lorsqu’il fera paraître ce livre fondamental dans son parcours d’écriture et de vie. Les années n’ont atténué ni la fraîcheur ni la précision des première impressions. Le tableau du Montparnasse au début du siècle est riche de couleurs et de personnages. Mais ce qui importe davantage, c’est la réflexion conduite par Ramuz sur la nature de la grande ville, son rôle de capitale historique et culturelle.

Paris l’amène à traiter des sujets les plus divers : les arts, les modes et le snobisme, la langue, bien sûr, et l’écriture, mais aussi le monde du travail, la société, l’identité des provinces. Par-delà le souvenir se reflète ici l’image de tous ceux qui sont un jour montés à Paris. Pour le « petit Vaudois » qu’est Ramuz, la Suisse romande est une « province qui n’en est pas une », française par la culture, suisse par la politique. À la frontière entre essai et autobiographie, Ramuz réfléchit avec brio aux relations entre centre et périphérie.

Introduction de Pierre Assouline

biographie

C. F. Ramuz est né en 1878 à Lausanne, il fait des études de Lettres puis s’installe pour dix ans (1904-1914) à Paris où il fréquente Charles-Albert Cingria, André Gide ou le peintre René Auberjonois. Il finalise  Aline (1905), écrit Jean-Luc persécuté (1909), Vie de Samuel Belet (1913).

En 1914, Ramuz, encore considéré comme un écrivain du terroir à Paris, revient en Suisse et s’installe dans les vignes du Lavaux. Il rédige le manifeste des Cahiers vaudois. Cette revue, autant que maison d’édition, réunit les créateurs majeurs de Suisse romande (Cingria, René Auberjonois, Gustave Roud), mais aussi Romain Rolland ou Paul Claudel. Les Cahiers  paraîtront jusqu’en 1919.

Son oeuvre, pétrie de pessimisme et de fatalisme, est une longue série de variations sur l’amour et la mort, seuls sujets vraiment dignes d’être traités, de l’aveu de Ramuz. Ses audaces stylistiques lui valent le reproche de mal écrire « exprès ». Mais il n'est de loin pas partagé par tous: dès 1924, Grasset publie les livres de Ramuz et lui assure ainsi un succès auprès des critiques et du public. Entre 1929 à 1931, il dirige la revue Aujourd’hui. Dans les dernières années de sa vie, il s’essaie également à des textes politiques et autobiographiques, avant de s’éteindre à Pully en 1947.

Son œuvre est aujourd’hui publiée dans la collection de la Pléiade.

En attendant Nadeau

"Pour un œil français, a fortiori parisien, ces pages ont une saveur particulière. Se voir reflété sous la plume d’un étranger est salutaire quand on se sait imparfait, perturbant quand on est fat. « Le mot bourgeois a d’ailleurs ici un sens assez particulier : il faut entendre un homme qui défend coûte que coûte ses droits, même ceux qu’il a usurpés. » Divine définition qui s’applique encore et à tant d’égards.

Vaudois débarquant dans un Paris hivernal et brutal, Ramuz a le regard de l’ingénu « plein d’inexpérience » qui perce le vernis des usages et de l’urbanité. Il y est venu parce que Paris est la capitale intellectuelle de la langue française, mais celle-ci, la langue, est rude et peu accueillante. Paris parle vite, Paris cru, ou mondain, ou politique, ou factice : « Paris a été montée sur tréteaux », écrit-il. Ramuz, lui, parle un autre français, plus lent en apparence, si riche en vérité quand on le lit. Sa langue est pleine de mots inédits, dialectaux, incongrus, jamais ouïs. Chez lui, Aline est « matineuse », la cloche a un « bombement », les voitures sont assourdies par le « détrempement » du pavé, une longue route « s’appointit »… Peu importe, ont répondu les Parisiens de son époque : si vous n’en êtes pas, « l’aventure ne se terminera pour vous que par votre expulsion plus ou moins sournoise, mais définitive ». C’est ce qui est arrivé à Charles Ferdinand Ramuz.

Cent ans plus tard, nous autres, Parisiens et/ou Français, n’avons pas changé. En effet : comment se fait-il que ce grand écrivain suisse soit si méconnu dans notre orgueilleux Hexagone ? Comment se fait-il qu’il soit ignoré par l’Université, oublié par les académies, si rarement cité par les écrivains qui ont écrit après lui ? Son absence du canon littéraire enseigné chez nous est lamentable.

Ah, les Français ! dira-t-on. Si centralisés, si centralisateurs, si exceptionnalistes ! Il est temps qu’ils aillent se ramuzer comme ils vont se créoliser. Ils n’ont même pas d’océan à franchir pour le faire : il suffit de passer quelques cols de montagne."

Un article de Cécile Dutheil de la Rochère à lire en entier ici

Livres Critique

"[Un] délicieux petit livre. Nombreuses considérations intemporelles à l'appui, l'auteur nous en apprend des tonnes sur une capitale où il résida jusqu'en 1938. Il faut absolument redécouvrir la prose simple et naturelle de Charles Ferdinand Ramuz. Amis lecteurs et lectrices, emparez-vous de ces notes : vous ne le regretterez pas."
Une chronique à lire en entier ici

L'Echo Magazine

"Un ouvrage précieux qui oscille en permanence entre le libre essai et l’autobiographie dénuée d’afféterie. Il est ici présenté dans une édition de poche avec une introduction de Pierre Assouline. Le recul du temps a permis à Ramuz d’être non seulement pertinent – son tableau de Montmartre est un exemple du genre –, mais aussi de partager des réflexions sagaces pour tous les francophones, helvètes ou non, évoluant dans l’orbite de Paris. La Suisse romande, cette « province qui n’en est pas une », a trouvé dans ce texte un de ses fondements, une forme d’identité en miroir. Quant à Ramuz, grâce à son expérience française, il a pu forger son style si particulier : « C’est Paris lui-même qui m’a libéré de Paris. Il m’a appris dans ma propre langue à me servir (à essayer du moins de me servir) de ma propre langue »." Thibaut Kaeser

Le Figaro

"En 1939, l’écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz publie un magnifique récit parisien, revenant sur ses années passées dans la capitale, entre 1900 et 1914. Un livre vagabond,   impertinent, curieux, où il porte son regard neuf et d’une tendre naïveté de citoyen vaudois sur un Paris en pleine effervescence, le Paris du temps des « tramways à deux étages, peints en noir».  Et ce, avant Fargue et Calet, Mac Orlan et Carco, dont il a le flair et l’œil, avec une sensibilité décalée. (…)

Ce petit livre qui a tous les charmes, s’achève sur ces mots : « Les provinces décident du présent ; Paris invente l’avenir. » Près d’un siècle plus tard, cela résonne étrangement à nos oreilles. Plus qu’une prophétie : une leçon." Thierry Clermont

Daily Passions

"Il y a « un ton » Ramuz, une musique d’auteur où, pour ma part, je ressens l’inquiétude humaine adoucie par l’écriture."

Un article de Noé Gaillard à lire en entier ici

RTS – Espace 2

Stéphane Pétermann, spécialiste de C. F. Ramuz, invité de Christian Ciocca dans l’émission « Caractères », à réécouter ici

L'uniscope

"Contrairement aux personnes qui dénigrent, Ramuz comprend la grandeur, l’assurance, voire l’insolence de Paris, le passé accumulé, l’attirance pour ce pôle universel, qui se désintéresse un peu trop du national et de « la » province, de nos jours on dirait la France périphérique ; on le suit quand il parle de l’homme privé de soleil en ville, ou de la mainmise sur la planète, lui dit « l’univers », on glisse de hier à aujourd’hui. Une jolie réédition sous la direction de Daniel Maggetti et Stéphane Péterman."

Le Monde

"Ses notes tracent un portrait pas toujours tendre de Paris à l’aube du XXe siècle et permettent de réfléchir à des aspects tout à fait actuels de nos relations avec la ville : le travail, la politique, la nature, la langue... « Qu’est-ce que c’est que la littérature ? Qu’est-ce que c’est que la langue ? (...) Voilà les questions que se posait le petit Vaudois dans sa mansarde, mais s’il se les posait, c'est à l’occasion de Paris, parce qu’il était à Paris, et que lui-même n’en était pas. » Glisser sur le gris pavé gras, c'est déjà l'aventure." Mathias Enard

RTS - Culture

"Dans ses souvenirs de la capitale, l’écrivain, consacré tant en Suisse romande qu’en France, revenait sur ces années parisiennes qui furent marquantes, mieux, qui lui permirent de devenir "un Vaudois" et découvrir sa langue, par la langue, et contre la langue du français normé dès le Grand Siècle par l’Académie française.

Récit croustillant, rempli de réflexions sur l’opposition entre un grand centre urbain et la nature qui l'environnait dans son enfance, le lac, les montagnes, les vignobles. Tension lisible dans son chantier poétique et romanesque que Paris lui a offert en contre-plan. (…)  Par un travail acharné, il a exprimé une langue-geste, non descriptive, allitérative, une langue en spirale qui, en une syntaxe particulière, a considérablement enrichi la littérature francophone."

Un sujet de Christian Ciocca à lire/écouter en entier ici

Le Soir

"Vingt ans avant qu’Hemingway ne s’installe à Paris et bien avant qu’il songe à écrire Paris est une fête, Ramuz débarque à Montparnasse dès l’automne 1900 et découvre le ruisseau, les rues sales, les combles froids et la nécessité de se chauffer « avec un seau de flambant et un margotin ». Le « provincial » va y rester douze ans et élabore notamment une réflexion sur les différences de langage entre le centre (Paris) et la périphérie (la province française mais aussi son canton de Vaud ou la Wallonie) : «Si nous sommes plein d‘archaïsmes, ce qui n’est pas un mal en soi, nous souffrons d’autre part d‘une grande impropriété dans les termes, surtout les termes techniques qui sont à Paris d’une grande précision.» La province hors France serait ainsi un monde « qui suggère tout et ne nomme rien ». Ce livre a un indéniable écho belge." Alain Lallemand

24 heures

"Prises en 1900, [ces notes] décryptes, à travers l’œil d’un auteur « dépatrié mais tout le temps repaysé », les relations entre centre et périphérie." C.R. 

Derborence (2022, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Derborence

Antoine est emmené à l'alpage par Séraphin afin qu'il apprenne le métier. Il s'ennuie et ne pense qu'à Thérèse dont il se languit, ils viennent tout juste de se marier. C'est alors qu'un éboulement va ensevelir le héros de longues semaines. Antoine parviendra-t-il à se nourrir, à boire, à respirer ? À ne pas devenir fou ?

Inspiré de faits réels, Derborence est un roman de montagne. Une montagne brutale et belle; une montagne révélatrice de la fragilité et de la grandeur tragique de la condition humaine. Une montagne dont Ramuz cherchait à restituer la solitude et le silence.

Introduction de Peter Utz

Découverte du monde (2022, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Découverte du monde

Dans Découverte du monde, C.F. Ramuz raconte comment "l'auteur" que nous connaissons est né du "petit garçon" qu'il a été. En revenant sur son enfance dans la petite bourgeoisie commerçante vaudoise, et sur son parcours d'étudiant en lettres, l'écrivain rend moins hommage à sa formation qu'il n'affirme sa vocation d'artiste.

Introduction de Luc Weibel

Jean-Luc persécuté (2022, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Jean-Luc persécuté

Le suicide de Jean-Luc Robille ponctue une vie marquée par la malédiction. Dans ce récit de 1908, Ramuz s'inspire du Valais archaïque qu'il a découvert en travaillant au Village dans la montagne. Sous son seul prénom, le protagoniste de Jean-Luc persécuté est devenu une figure universelle du malheur et de la folie.

Introduction de Laura Laborie

Le lac aux demoiselles et autres nouvelles (2021, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Le lac aux demoiselles et autres nouvelles

Ces nouvelles tardives, écrites entre 1943 et 1947, largement méconnues, dévoilent la modernité d’un écrivain qui a atteint une maîtrise virtuose de la narration. Elles déploient des récits visuels où la solitude de l’homme, le désir et la mort prédominent dans une esthétique du fragment. Ramuz s’y montre, plus encore que dans le reste de son œuvre, attentif aux personnages en marge, à la violence et à la folie sous toutes ses formes.

 

Les femmes dans les vignes et autres nouvelles (2021, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Les femmes dans les vignes et autres nouvelles

« Le petit enfant, assis sur un carré de toile à matelas dans le pré, tend la main vers un cerisier qui est bien à quarante pas de lui.

Ayant refermé sa main, il s’étonne qu’elle soit vide.

Il nous faut apprendre le monde depuis son commencement. »

En 1914, marié et devenu père de famille, Ramuz quitte définitivement Paris. Sa nouvelle situation le pousse à interroger les fondements mêmes de son choix de l’écriture. Le récit court lui offre un terrain de réflexion privilégié, entre fiction et introspection. Quelques années plus tard, au sortir de la Grande Guerre, c’est toute son esthétique qu’il entend réinventer, à la mesure des bouleversements suscités par les événements mondiaux. Une fois de plus, il recourt à la nouvelle pour mettre en œuvre sa vision des hommes « posés les uns à côté des autres ». Au fil de ses méditations, c’est toujours la même aspiration formelle qui l’anime : la quête d’une langue, d’une narration, d’un style à lui.

Les femmes dans les vignes et autres nouvelles réunit des textes écrits entre 1914 et 1921.

L'Homme perdu dans le brouillard et autres nouvelles (2021, Petite Bibliothèque ramuzienne)

L'Homme perdu dans le brouillard et autres nouvelles

« Cependant, il gardait sa langue ; et plus le reste de son corps allait s’engourdissant, plus il semblait qu’elle devînt alerte pour ces longues histoires qu’on venait écouter : des étrangers, l’été, et même des gens du village, car elles n’ennuyaient jamais, et il en savait de toutes les sortes ; et il fumait sa grosse pipe, n’ayant plus que ces deux plaisirs. »

Pour Ramuz, la nouvelle est un laboratoire. Dans sa quête de formules narratives originales et ses expérimentations stylistiques, le récit court lui offre un espace concentré dont il tire le meilleur parti dès son entrée en écriture, puis tout au long de sa carrière. Qu’il s’inspire du légendaire alpestre ou mette en scène des animaux martyrisés, qu’il campe des personnages typés ou explore la scène de genre, voire le morceau bref, l’écrivain dévoile aussi bien la cruauté des hommes que l’intensité de leur rapport aux éléments, tantôt hostiles, tantôt sublimes. D’une efficacité exceptionnelle, ces textes sont autant d’hommages au pouvoir de la fiction.

L’homme perdu dans le brouillard et autres nouvelles réunit des textes écrits entre 1905 et 1911.

Adam et Ève (2020, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Adam et Ève

« — Vous êtes un homme, il ne faut pas l’oublier, et moi une femme ; on n’est pas des anges, qu’en pensez-vous ?»

Avec Adam et Ève (1932), Ramuz donne corps à un projet qui l’a occupé pendant plusieurs années, et qui n’est rien moins qu’une réécriture des premiers chapitres de la Genèse. Destiné à « illustrer un vieux mythe d’Occident », le roman démontre la fatalité de la Chute. En peignant la désillusion de Louis Bolomey, Ramuz brosse une vision de la condition de l’homme sur terre qu’il assimile à un long désenchantement.

Introduction de David Hamidović

Posés les uns à côté des autres (2020, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Posés les uns à côté des autres

Inédit du vivant de Ramuz, Posés les uns à côté des autres est son roman le plus personnel. Il y dépeint les voisins de son village, qui s’y entrecroisent sans qu’ils ne se comprennent ni se connaissent jamais. Cette séparation des êtres entre eux, « posés les uns à côté des autres », est à l’origine de la solitude tragique des personnages ramuziens. Elle contraste ici avec la beauté bouleversante du lac et de la montagne.

Introduction de Rudolf Mahrer

Les Signes parmi nous (2019, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Les Signes parmi nous

Dans ce « tableau » de 1919 que sont Les Signes parmi nous, Ramuz peint un orage d’été qui fait croire à la fin du monde. En prévision de cette apocalypse lémanique, Caille, le colporteur biblique, répand une parole défaitiste. Mais le dernier mot appartient au couple de jeunes amoureux qu’anime une confiance toute humaine. Écrit à la fin de la Première Guerre mondiale, tandis que la grippe espagnole ajoute ses calamités aux malheurs du conflit, ce roman virtuose célèbre l’éternel recommencement de la vie.

Introduction de Gilles Philippe

Taille de l'homme (2019, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Taille de l'homme

Capitalisme, communisme, relance du colonialisme, krach de Wall Street, montée du fascisme : dans Taille de l’homme, Ramuz souligne le caractère universel de la condition humaine, rendu plus évident à ses yeux par la mondialisation qu’il observe – déjà – autour de lui. L’écrivain dégage dans cet essai la conception qu’il se fait de l’homme véritable, dont le modèle est le paysan – dénonçant les dangers de la mécanisation, l’illusion du progrès, et les contradictions de la pensée matérialiste.

Introduction de Reynald Freudiger

La Beauté sur la terre (2019, Petite Bibliothèque ramuzienne)

La Beauté sur la terre

Juliette, 19 ans, débarque de Cuba au printemps dans une communauté vigneronne petite et étriquée, prise entre lac et vignes ; et la quittera secrètement en août pour une destination inconnue. Elle a beau être la nièce du cafetier Milliquet, Juliette restera une étrangère, foncièrement différente des villageois, principalement par sa beauté mystérieuse. Sa présence éphémère au sein des habitants va modifier fortement leur quotidien et diviser le groupe jusqu’au drame. Car malgré son innocence, Juliette possède une sorte de don, de pouvoir magnétique d’attraction. Ce texte lie les thèmes de la beauté, de la solitude et du désir sexuel pour dire l’imperfection du monde.

Introduction de Christian Morzewski

Une main (2018, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Une main

Toute vie, à l’instar de toute œuvre, est faite de chutes et de rebonds, comme le montre Une main. Dans ce texte autobiographique, Ramuz se dévoile, laissant le lecteur pénétrer dans son intimité, dans sa maison, son bureau, se mettant en scène torse nu et soumis à ses médecins autant qu’aux impératifs du corps. Car un jour d’hiver de 1931, à la mi-janvier, Ramuz glisse sur du verglas et se brise l’humérus gauche. Impossible d’écrire désormais. L’auteur réfléchit dès lors à sa relation à la création : sa vie, semble-t-il conclure, n’a de sens que par la place qu’elle occupera dans son œuvre.

Introduction de Guy Poitry

L'Amour du monde (2018, Petite Bibliothèque ramuzienne)

L'Amour du monde

Une ville de quatre ou cinq mille habitants, un petit monde où les gens se contentent d’un beau soleil et d’une belle eau, parmi les vignes. Mais lorsque Louis Noël, grand voyageur, se met à raconter la vie sous d’autres cieux ; qu’un illuminé se prenant pour le Christ se promène sur la plage ; qu’un cinéma s’installe et fait office d’usine à rêves, l’imaginaire fait irruption dans le quotidien réglé, « une fenêtre a été ouverte sur le monde ».

Introduction de Roland Cosandey

Construction de la maison (2018, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Construction de la maison

Construction de la maison nous convie auprès d’une famille de petits propriétaires terriens vivant au rythme de la vigne et des saisons du Lavaux, le temps du chantier de leur nouvelle demeure. Madame Catherine et ses enfants, Samuel, Héli, Vincent ou la «petite Marianne» : à travers les événements que traversent la famille, Ramuz illustre les tensions entre le désir des transmission des hommes et le cycle implacable de la nature.

Dans ce roman inédit ébauché en à peine trois mois en 1914, Ramuz met en place les prémisses de ses romans qui lui assureront, dès 1924 et sous l’égide des éditions Grasset, la reconnaissance du public et des milieux littéraires.

Introduction de Stéphane Pétermann

 

Aline (2018, Petite Bibliothèque ramuzienne)

Aline

« Elle était maigre et un peu pâle, étant à l’âge de dix-sept ans, où les belles couleurs passent, et elle avait des taches de rousseur sur le nez » : voici Aline, l’héroïne éponyme du premier roman de Ramuz. Tombée amoureuse de Julien Damon, fils de paysans riches, elle vit une véritable idylle, tandis que lui ne cherche qu’à apaiser sa faim. L’histoire débouche sur une fin tragique lorsqu’Aline, enceinte, apprend les fiançailles de Julien.

Tournant le dos aussi bien au récit psychologique qu’aux modèles naturalistes, Ramuz décrit avec subtilité la passion et le revirement des cœurs. En écrivain débutant, il pose dans cette épure célèbre les jalons d’une forme de roman poétique, à laquelle il aspirera tout au long de sa carrière.

Introduction de Daniel Maggetti

Paris (notes d'un Vaudois): extrait

C’est ainsi qu’un petit Vaudois (et on met « petit » bien qu’il eût plus de vingt ans, mais c’est que l’âge n’est pas seulement affaire de calendrier) s’était trouvé jeté, bien avant la guerre, un matin d’octobre, sur le quai de la gare de Lyon, sa valise à la main.

Il venait pour la première fois de franchir la frontière. Le voyage qu’il venait de faire n’est pas d’ailleurs un très long voyage ; c’est même un voyage beaucoup plus court que celui de Brest ou de Bayonne ou de Marseille, à ce même Paris ; mais, lui, il avait eu à passer par-dessous une montagne, il avait eu à passer aussi au travers d’un « cordon douanier ». Il n’avait, bien entendu, pas dormi de la nuit, tenu éveillé qu’il était par la nouveauté de l’événement, et aussi par l’inconfort de ce coupé capitonné de vieux drap bleu, qui comportait huit places, et où il occupait la huitième.

C’était le commencement d’octobre. Le beau temps qu’il faisait à son départ de Lausanne avait cédé la place, sitôt le Jura franchi, à une petite pluie persistante qui avait duré toute la nuit et qu’on avait vue dégouliner aux vitres de la portière, sitôt que le jour s’était levé. Quelqu’un avait tiré de côté les rideaux de drap bleu en même temps qu’on relevait l’écran de même étoffe qu’on avait rabattu sur la lampe au plafond (c’était encore une lampe à gaz) : et il pleuvait mélancoliquement, tandis qu’avait commencé à défiler derrière les glaces embuées une triste banlieue, en travers de laquelle la locomotive se jetait à toute vapeur, avec de hardis virages qui faisaient basculer le paysage à demi noyé dans le brouillard.

La locomotive n’avait pas tardé à s’engager dans un système enchevêtré de rails dont on apercevait les écheveaux se nouer et se dénouer à perte de vue, de chaque côté de la ligne ; et, dérivée d’un rail à l’autre, pendant qu’elle poussait un sifflement aigu, elle imprimait au wagon un soudain penchement, suivi d’un lent redressement, comme sur le pont d’un navire.

Une grande gare de brique était distinguée à peine, qu’elle soulevait au passage, puis laissait retomber, sans rien abdiquer de sa vitesse. On avait aperçu à main gauche une espèce de vignoble, c’est-à-dire beaucoup de murs blancs divisés en casiers et posés les uns sur les autres ; des cheminées fumaient à main droite ; un canal sans aucun courant était alors apparu ; et, moi, je m’étonnais de cette eau immobile, car je venais de la montagne où les cours d’eau sont des torrents, dont il n’y en a aucun qui ne se précipite ou ne tombe de roche en roche, faisant penser au dégringolement d’un interminable troupeau de moutons.

Ici, c’est une eau immobile et verte et deux ou trois bateaux dessus, sans mâts ni cheminées ; et c’était tout à coup la plaine, bien singulièrement présentée à un petit garçon qui ne la connaissait pas, toute charbonneuse et pelée, où l’œil qui fuyait à plat dans la bruine ne rencontrait d’autres verticales que celles des bâtisses basses d’ailleurs aussitôt dépassées ; suivies de terrains vagues occupés par des espèces de jardins clôturés où se dressaient des baraques faites de matériaux disparates provenant de démolition et utilisés pêle-mêle : moellons de mâchefer, tôle ondulée, planches et papier bitumé, portes et fenêtres rapportées ; – quelquefois un vieux wagon monté sur un socle en ciment.

Mais mes compagnons de voyage s’étaient mis debout tous ensemble ; et, un instant après, je m’étais trouvé sur le trottoir qui est devant la gare de Lyon, sous la grande horloge. L’affaire était à présent d’essayer d’attraper un fiacre. J’étais plein d’inexpérience, je ne connaissais pas les trucs. Il en survenait constamment, de ces fiacres, mais ils étaient tous assaillis et occupés bien avant d’être arrivés à ma hauteur. C’était encore le temps des fiacres. L’objet a disparu de la circulation, et le mot lui-même du vocabulaire : sans doute que bientôt on n’en comprendra plus le sens. Mais, en ce temps-là, les fiacres existaient, ils étaient même à peu près seuls à être en service, car il n’y avait encore que de rares automobiles ; seulement ils obéissaient à un mystérieux système de télégraphie à distance, dont le code m’était inconnu, qui faisait qu’ils étaient retenus longtemps avant d’avoir stoppé ; ou bien j’avais affaire à un grand cocher dédaigneux, dont les exigences avaient découragé la clientèle, qui me jetait un chiffre en passant du haut de son siège, et la somme m’épouvantait. Le temps s’écoulait cependant ; d’autres trains étaient sans doute entrés en gare, le nombre des voyageurs non seulement n’avait pas diminué autour de moi, mais tendait bien plutôt à augmenter encore ; je commençais à perdre courage.

Un petit garçon bien maladroit aux choses courantes de la vie, et qui l’est resté, car, le petit garçon qu’on a été, on le reste toute sa vie. C’est alors qu’il avait été abordé par une espèce de voyou à casquette, un reste de cigarette éteinte lui pendant au coin de la lèvre, qui depuis un moment tournait autour de lui, les mains dans les poches, humant l’air ; et tout à coup, par-dessus l’épaule, lui avait dit : « C’est du tabac belge ? » car j’avais, moi aussi, une cigarette à la bouche.

On m’avait enseigné depuis ma tendre enfance que je ne devais pas répondre aux gens que je ne connaissais pas, s’il leur arrivait de m’adresser sans raison la parole ; mais j’avais crâné, je lui avais répondu : « Non, du tabac suisse. »

Il s’était arrêté tout à fait, il avait repris : « Ça sent bon ! »

– Vous en voulez une ?