parution janvier 2023
ISBN 978-2-88907-178-4
nb de pages 176
format du livre 105x165 mm

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Douna Loup

Les Printemps sauvages

résumé

Après une enfance solitaire au bord d'un lac, la narratrice part main dans la main avec sa mère à la recherche de son frère inconnu. Quatre années à vagabonder sur les chemins; à travailler dans les fermes et les usines. Mais quand l'adolescente découvre l'amour, il est temps pour elles de s'éloigner l'une de l'autre.
Senteurs, matières, couleurs, tous les sens sont aux aguets pour percevoir la beauté du monde, sa fragilité aussi; et l'urgence de réinventer de nouveaux rapports au vivant.

Avant-propos de Julien Burri
 

biographie

Née à Genève, Douna Loup a grandi dans la Drôme, a travaillé à Madagascar et vit désormais à Nantes. Elle a publié au Mercure de France L’Embrasure (2010, Prix Schiller découverte, Prix Michel-Dentan et Prix Senghor du premier roman), Les lignes de ta paume en 2012 et L'Oragé en 2015. Son écriture se caractérise par un rythme entêtant et sensuel. Une langue qui revient à la ligne quand elle veut, une langue qui traduit le sentiment de liberté auquel aspirent ses personnages.

Boris, 1985 (2023, domaine français)

Boris, 1985

Janvier 1985. Boris Weisfeiler, quarante-quatre ans, disparaît dans le Chili de Pinochet. Né en URSS au sein d'une famille juive, ce surdoué des chiffres s'était exilé aux États-Unis pour pouvoir exercer librement les mathématiques. Silhouette longiline, large sourire, il s'évadait souvent marcher seul dans les contrées les plus sauvages possibles.
2019-2020. Douna Loup, petite-nièce de Boris, veut comprendre cette disparition irrésolue. De Boston à Moscou en passant par le Chili, elle mène l'enquête, rencontre des témoins, rassemble des pièces à conviction. En nous transportant dans le Chili des années 80, elle nous entraîne aussi au plus intime d'elle-même.

Viceversa littérature 16 - La part sauvage (2022, Viceversa Littérature)

Viceversa littérature 16 - La part sauvage

Quelles sont les raisons et les implications de notre désir de retour à un « état naturel », que nous idéalisons peut-être, et pour lequel nous éprouvons de la nostalgie ? Comment s’infiltrent dans la littérature les friches, les broussailles, les forêts obscures ? À quoi ressemblerait un texte dont la croissance serait sauvage ?

Douna Loup • Alexandre Lecoultre • Rebecca Gisler • Julia Weber • Matteo Ferretti • Flurina Badel • Marie-Hélène Lafon • Silvia Ricci Lempen • Tom Tirabosco

Les Printemps sauvages (2021, domaine français)

Les Printemps sauvages

Après une enfance solitaire au bord d’une mare en compagnie des oiseaux, la narratrice, à peine adolescente, part main dans la main avec sa mère à la recherche de son frère inconnu. Ensemble, elles passeront quatre années à vagabonder sur les chemins, à dormir dans les champs et les forêts, à travailler dans les fermes ou les usines. Quand la fille découvre l’amour, il est temps pour sa mère et elle de s’éloigner l’une de l’autre, une séparation aussi libératrice que douloureuse.

Les Printemps sauvages raconte de manière puissante la nature et la surprise du sexe. Odeurs, matières, couleurs, tous les sens sont aux aguets pour saisir la beauté du monde. Et sa fragilité : il y a urgence à inventer de nouveaux rapports au vivant.

Déployer (2019, domaine français)

Déployer

Elly veut pouvoir aimer plusieurs hommes. Danis, son mari et le père de ses deux filles – leur couple est simple et lumineux, mais menacé par le quotidien. Et l'amant, histoire opaque.

Sept livrets à lire dans un ordre aléatoire, qui racontent la relation à l'autre, le désir, le besoin de possession, la révélation qu’est la sexualité, la mort aussi : ce sont les vies d’Elly mère et amoureuse, femme aux multiples vérités. Le chant lancinant de Douna Loup, sa cadence intérieure sa fraicheur et sa curiosité lui donnent l’audace de s'aventurer au-delà des tabous.

Les Printemps sauvages: extrait

Le soir venu je buvais l'eau des lacs car ma mère ne rentrait pas, ma mère était loin jusque dans la nuit et alors je me couchais dans l'herbe et lapais l'eau de la surface comme une chienne. J'aimais regarder au profond de sa masse et voir les poissons. Je passais des heures à tremper mes doigts et à rêver de rien, dans le vide, courir librement dans l'air bleu du soir et laisser les étoiles apparaître comme des mirages dans mon songe de gamine attardée. Attardée car je tardais, j'attendais, il était tard et le froid s'engouffrait d'un coup dans mes vêtements. Mais je ne voulais pas rentrer seule dans la maison alors j'attendais ma mère bien trop tard. Le lac devenait aussi un lac attardé sur les rives défaites de sable et de cailloux. Il ne partait pas. Il était là, calme, plat et rien ne bougeait à sa surface sauf à l'époque des têtards blancs qui se frottaient et se collaient aux pierres, alors le lac s'irisait, se froissait de leurs coups et j'aimais voir leurs taches blanches trouer son eau lisse.

— Pourquoi tu t'attardes encore près de cette eau visqueuse ? disait ma mère quand elle arrivait.

Parce que je l'aime je répondais silencieusement, parce qu'elle n'est pas visqueuse cette eau elle est limpide et fraîche et je la bois. Je ne disais rien et on rentrait. On s'endormait. On rêvait silencieusement.

Lorsque je m'éveillais je lisais l'avenir du jour dans les plis de mes draps. C'était important, j'avais pris très tôt cette habitude. Je m'asseyais et sans bouger je regardais la façon dont les draps s'organisaient et se plissaient autour de moi. Leurs froissés, leurs ombres, leurs courbes, leurs trous, tout cela m'informait sur le jour à venir et c'était important, vu les circonstances, d'avoir déjà une idée globale du court de la vie. 

Ce jour-là j'ai regardé mes draps, longtemps, regardé, regardé et je n'ai pas compris. Ça partait tellement dans tous les sens et ça parlait une autre langue que celle bien connue des jours ordinaires, alors j'ai pensé on verra.

Et j'ai vu.

Ce soir-là, comme d'habitude, ma mère est revenue tard.

S'assoir

ne rien dire directement

parler avec les ombres à l'intérieur de moi. Ne pas bouger.

Et puis quand elle entre dans la cuisine, me jeter sur les carottes et les couper en demi-lune sans la regarder jusqu'à ce qu'elle se mette à pleurer et alors, la serrer dans mes bras et pleurer avec elle longtemps, même si on ne coupe pas d'oignons, même si elle est froide et que je suis brûlante, même si on ne sait pas se parler.

L'eau de nos larmes mouille mon t-shirt jaune, je m'arrête la première et je reste là, et je la serre et on se noie et elle s'éloigne et elle annonce soudain : on va arrêter.

On va tout arrêter.

On va arrêter et on va recommencer sur rien.

Sur du vide mais ce sera nouveau et ce sera pour nous.

On va arrêter sans se soucier de plaire.

Oui, on va arrêter de se faire du mal pour le seul plaisir de quelques brutes et on va choisir notre vie.

Ça va être Notre vie. La nôtre tu m'entends ?

Tu comprends ?