parution mars 2021
ISBN 978-2-88927-845-9
nb de pages 144
format du livre 140x210 mm

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Madeleine Lamouille

Pipes de terre et pipes de porcelaine: Souvenirs d'une femme de chambre en Suisse romande, 1920-1940

résumé

« En somme j’étais beaucoup moins bien nourrie que chez les B. Cela ne me gênait pas tellement. Ce qui m’ennuyait, c’était que les patrons ne nous disaient pas bonjour, et ne nous donnaient pas les journaux. »

Voici les souvenirs de Madeleine Lamouille : les temps de l’enfance, la faim au ventre, dans les années 1900, puis l’adolescence dans une « manufacture-internat » ; l’engagement, surtout, comme femme de chambre dans une famille de l’aristocratie vaudoise, puis dans une maison bourgeoise de Genève. À la campagne comme à la ville, bonnes et cuisinières sont des « pipes de terre » quand leurs maîtres seraient de « porcelaine ». Mais si Madeleine Lamouille connaît sa place auprès de « Monsieur » et de « Madame », elle sait se faire entendre pour obtenir un minimum de considération. Presque un siècle après, son récit n’a rien perdu de son actualité. Il en dit long sur cet esclavagisme des temps modernes.

biographie

Née à Cheyres (Fribourg) en 1907, Madeleine Lamouille a travaillé de 1929 à 1937 comme femme de chambre dans des familles bourgeoises romandes. Dans les années 1970, elle raconte son expérience en tant que domestique à l'écrivain Luc Weibel, le petit-fils d'une famille genevoise pour laquelle elle a travaillé. De ces conversations naît le livre Pipes de terre et pipes de porcelaine, publié en 1978.

Valeurs actuelles

"Les pipes de terre et les pipes de porcelaine sont l’équivalent des torchons et des serviettes et ne se mélangent pas plus. Mais cette enfant campagnarde et affamée, devenue femme de caractère engagée (et bonne lectrice), invisible chez ses maîtres, est souveraine quand elle se livre." François Kasbi

Archives Passe-Mémoire

"Madeleine décrit son éducation catholique, ses rapports avec le curé – elle détestait la confession –, son abandon de la religion, comme elle décrit ses travaux, ses relations avec ses patrons et avec les autres domestiques. La lecture, de Victor Hugo aux écrits socialistes, lui tient compagnie. Elle se lie d’amitié avec la cuisinière et épousera le neveu de celle-ci. Elle continuera à faire des ménages et à garder les enfants de la famille."

Une chronique d'Andrée Lévesque à retrouver ici

Le Magazine suisse

"Près d'un siècle après la rédaction de ses souvenirs de femme de chambre, le récit démontre avec une effarante clarté l'asservissement des faibles par des nantis sans regard extérieur. Née à Cheyres près de Fribourg, l'ancienne domestique Madeleine Lamouille se livre à l'écrivain et historien Luc Weibel, petit-fils d'une famille qu'elle a servie. Leurs conversations ont donné lieu à l'ouvrage Pipes de terre et pipes de porcelaine, publié la première fois en 1978. Les Éditions Zoé ont eu l'excellente idée de le faire paraître à nouveau. Un livre absolument passionnant de bout en bout sur l'esclavagisme moderne." OJ

L'Humanité Dimanche

"Précieux témoignage, ce texte éclaire notre présent et retrace la naissance d’une conscience, d’une révolte et d’une voix puissante. Il faut lire les mots et la colère de Madeleine Lamouille, magnifique héroïne de la vie réelle." Sophie Joubert

24 heures

"Le succès du récit doit certainement autant au propos qui éclaire la condition [des] invisibles, qu’à son ton, précis sans être plaintif. (…) Un panorama passionnant d’une époque, entre mépris des aristocrates envers les bourgeois, revendications sociales des domestiques, puissance du clergé et place des femmes." Caroline Rieder

Livresuisse Magazine

"Bonne initiative que cette nouvelle édition, préfacée par Michelle Perrot, du récit de la vie de Madeleine Lamouille, née à Cheyres dans une famille pauvre devenue femme de chambre chez des aristocrates vaudois puis dans une maison bourgeoise de Genève. Recueilli dans les années 1970 par l'écrivain Luc Weibel, petit-fils de cette famille genevoise, ce récit direct, lucide et poignant n'a rien perdu de son actualité."

La Cliothèque

"Le présent récit est d’une très grande clarté et des plus intéressants, tant il jette une lumière crue sur les conditions de vie de femmes surexploitées en ce début de XXe siècle."

Une chronique de Grégoire Masson à lire en entier ici

Viceversa Littérature

"Le ton de Madeleine Lamouille est contenu, elle ne laisse transparaître ni reproches ni amertume, tout en nous faisant sentir l’immense écart qui sépare les démunis des nantis, par simple juxtaposition des faits."

Un article de Claudine Gaetzi à lire en entier ici

Marie Claire édition suisse

"Zoé réédite ce bijou (1978), et c’est une excellente nouvelle ! La jeune Fribourgeoise, qui a servi entre 1920 et 1940 chez les bourgeois, n’a ni les yeux ni la langue dans sa poche : travailleuse et, mais animée d’un sens aigu de l’équité sociale, elle juge avec lucidité les hypocrisies et les préjugés, d’autant plus finement qu’ils sont parés de bons sentiments. A l’heure des séries historiques qui font rêver sur Netflix, l’envers du décor que présente ce témoignage est d’autant plus salutaire qu’il n’est ni plaintif ni revanchard : simplement plein de bon sens. Merci Madeleine."

Dailypassions.com

"En publiant ce livre, l’idée ne me semble pas être de donner mauvaise conscience mais plutôt d’ouvrir les yeux du lecteur. De lui proposer de prendre conscience du monde qui l’entoure."

Une chronique de noé Gaillard à retrouver en entier ici

Le Monde

"[Le regard que Madeleine Lamouille] jette sur sa condition est d’une précision, d'une ironie, d’une colère redoutables. Dans la préface de cette réédition, Michelle Perrot souligne l'invisibilité qui s’attache au service domestique, à cette infériorité que vous rappelle sans cesse le regard des maîtres. On est humain, mais pas tout à fait. Sauf qu’on observe, qu’on juge et que parfois, comme Madeleine Lamouille, on parle, dignité reconquise, souveraine." Florent Georgesco

Stylist

"La violence feutrée, mais non moins manifeste, des dominant.e.s éclate au grand jour. Comme lorsque l’autrice se souvient que sa patronne « nous parlait toujours très aimablement, en nous regardant nous échiner ». Ou encore « on travaillait beaucoup comme des esclaves bien traités ». Un grand récit social d’une existence passée à se courber sous les nuages de fumée tout en cherchant un peu d’air et de justice." Pierre-Édouard Peillon

Terre et Nature

"Un asservissement à la violence policée, ponctué par mille petites brimades de patrons nourris du sentiment de leur vertueuse supériorité. Contre laquelle elle osera parfois se rebeller timidement autant que dignement, lucide quant à l’injustice sociale dont elle est victime. (…) Réédité aujourd’hui, le document n’a rien perdu de son acuité sociologique, historique et humaine." Blaise Guignard

En attendant Nadeau

"Sans doute parce que le livre est la transcription de propos enregistrés au fil de deux ans, le style est simple, naturellement épuré. Mais il y a plus. Madeleine a une mémoire exceptionnellement précise, un regard acéré, elle ne glose jamais, ce qui vaut la plus sûre des gloses savantes. Elle livre des faits, des souvenirs de gestes exacts, d’usages reproduits sans l’ombre d’un doute, de conventions admises les yeux fermés. Elle s’exprime avec une forme d’ascétisme qui donne à son témoignage de la force et de la beauté. (…)

Vie mécanique, réglée, soumise, répétitive. Ainsi l’imposait le métronome de l’ordre social que les lecteurs et les lectrices de 2021 redécouvriront parce qu’il perturbe la catégorie du genre et affermit celle de la classe. De quel secours est la sororité quand il faut préparer la pâte dentifrice de mademoiselle qui se comporte comme la princesse au petit pois ? Est-ce plus humiliant, moins humiliant, quand cela est fait pour les garçons ? Nos lignes de partage intellectuelles et sociales tremblent devant le tableau peint par une femme aussi clairvoyante. (…)

Elle témoigne d’un monde étroit, rigide, où la domination est reine et où la distinction fait loi : les catholiques détestent les protestants, les paysans riches toisent les paysans pauvres, les aristocrates méprisent les bourgeois, les maîtres commandent les « esclaves bien traités », soit les valets et les bonnes dont elle est. Une société stratifiée, grillagée et pas si éloignée de la nôtre. (…)

Quatre-vingts ans plus tard, en 2021, le livre éclaire d’une lumière crue ce que nous appelons les inégalités. Et il montre que ces récits de vie, recueillis à l’origine par des historiens, enrichissent non seulement l’histoire et les sciences sociales, mais aussi la littérature."

Un article de Cécile Dutheil de la Rochère à lire en entier ici

Le Courrier

"Au fil des anecdotes terriblement vivantes de Madeleine Lamouille, on découvre fascinés, révoltés, amusés parfois, les coulisses des grandes maisons. En 1930, il y avait en Suisse 140’000 personnes affectées à l’économie domestique, dont 132’000 femmes, rappelle Luc Weibel dans sa postface. Le livre raconte l’histoire de ces invisibles et celle « d’une domination qu’on voudrait abolie, d’une inégalité dont nous savons la force structurante », écrit l’historienne et féministe Michelle Perrot dans la préface de cette réédition. Mais c’est aussi le récit d’un refus, d’une résistance et d’une libération par « le partage, l’amitié et l’amour » autant que par les luttes politiques et syndicales. Vivifiant." Anne Pitteloud

Libération

"Il ne faudrait pas mélanger les torchons et les serviettes et pas plus les pipes de terre et les pipes de porcelaine. Le titre de ce récit reprend une expression d’une patronne qui se voyait bien, elle et ses amies, parmi les secondes, tandis que les femmes du peuple n’étaient à ses yeux que de vulgaires artefacts de glaise. (…) Madeleine se livre, parle de son enfance campagnarde affamée, de son adolescence dans un couvent-usine, du travail incessant dans des familles de la bourgeoisie romande - quatre heures de liberté par semaine, un seul dimanche par mois -, de ses accès de contestation, qui payèrent. Un témoignage très concret, publié la première fois en 1978, d’une travailleuse qui aimait lire, mue par un sens obscur de la justice et dégoutée par la morgue de classe." Frédérique Fanchette, Libération

Le Matricule des anges

"Largement ignorés par l’histoire sociale, les « gens de maisons » furent pourtant des travailleurs à part entière, soumis plus encore que les autres à l’arbitraire de leurs patrons. La rareté de leurs témoignages rend d’autant plus précieux celui de Madeleine Lamouille, longtemps femme de chambre dans de grandes familles de Suisse romande. Publié en 1978 dans le sillage des études foucaldiennes et devenu une manière de classique, il expose avec lucidité la condition de milliers de jeunes filles pauvres dont le presque esclavage devait rester un impensé jusque chez les employeurs les plus « philanthropes »." Yann Fastier

Le Temps

"« L’histoire d’une double domination, sociale et féminine » incarnée par le Père, le Prêtre et Madame. A travers la parole vive de Madeleine Lamouille, on assiste à une prise de conscience de l’état de servitude et à la naissance d’une conscience de classe. « Une belle histoire en somme, vibrante d’actualité. » Isabelle Rüf

RTS

"Ce récit est un tableau social dont le ton est modeste comme celui d’une défense mais fait pourtant une impression forte comme celle d’un réquisitoire. Tout est vrai, authentique, avec en filigrane ou en surimpression, de saisissantes images du village où Madeleine Lamouille est née en 1907. [L’auteure] raconte singulièrement bien. Pourtant bon nombre des mots qu’elle utilise ne figurent pas dans les livres. Ils appartiennent à la langue parlée, que d’ailleurs on ne parle plus. Ils regorgent de vie : épais, incarnés, chargés de sens."

Irène Lichtenstein dans l’émission « Voix au chapitre ». Une vidéo d’archive (1978) à revoir ici

La Croix

"Ces souvenirs réédités d’une femme de chambre, recueillis et mis en forme par Luc Weibel, constituaient à leur parution en 1978 un matériau pour historien. (…) Madeleine Lamouille, née en 1907, raconte son enfance, la faim, des parents « soudés dans leur misère », au début du XXe siècle, le travail jeune, puis son entrée au service de la bourgeoisie romande en 1929. Esprit rebelle, elle œuvra à sa considération jusqu’à son mariage, en 1937, début pour elle d’une autre vie marquée par la guerre et l’engagement syndical de son mari." Sabine Audrerie

Le Temps qu'il fait

"Un récit remarquable et éclairant sur la réalité souvent méconnue d'une forme d'esclavagisme moderne. Avec la voix saisissante d'une première concernée." Elise Feltgen

Librairie de Paris

"À travers le récit de ses années passées au service de familles aristocratiques suisses, Madeleine Lamouille met en lumière les conditions de travail des domestiques dans les années 1930. Un document biographique dont l'importance historique est portée par une langue claire et sincère." Anne Zanetti

Quai des Brumes

"Madeleine, pauvre enfant contestataire trouve une place de bonne dans une famille aristocrate genevoise. Plus qu'une femme de chambre rebelle, elle s'affranchit de la pensée et des conduites de son époque pour faire valoir un minimum de dignité au sein de l'esclavage moderne qu'elle subit. Cette femme à l'intelligence fine, forgée au bon sens, se confie à nous comme l'aurait fait notre grand-mère: un témoignage à ne pas négliger !" Julie Pelletier

Henri IV

"Madeleine Lamouille livre un témoignage édifiant sur la condition des domestiques et les rapports sociaux durant la première moitié du XXème siècle. Un récit essentiel et précieux." Alexis Lessage

Librophoros

"À la fois témoignage d'une époque et d'une réalité, il y a quelque chose d'irrémédiablement actuel et stimulant dans le caractère contestataire de Madeleine. Il s'en dégage une atmosphère sincère et vivante." Claire

La Promesse de l'aube

"Souvenirs d'une femme de chambre dans la Suisse des années 20-30. Témoignage sincère, poignant, révolté. L'envers d'un décor. Récit touchant et social." Amélie

Entre les lignes

« Dans ces souvenirs qui datent des toutes premières années du XXème siècle, Madeleine raconte son enfance d'une pauvreté absolue, son adolescence dans une manufacture à Troyes, et son placement comme femme de chambre dans des familles aristocratiques suisses. Recueillis par Luc Weibel, le petit-fils d'une famille où elle a servi de 1931 à 1937, ce récit témoigne sans acrimonie mais avec une grande lucidité de cet esclavage absolu des domestiques au début du siècle: l'humiliation et la condescendance de ceux qui l'emploient sont bien plus difficile à supporter que le labeur quotidien harassant. Ces fragments de souvenirs bruts sortis d’un autre âge font mesurer l’ampleur des évolutions accomplies en un siècle. Plus qu’une leçon et pour ne pas l’oublier …à lire d’urgence. » Anne Lesobre

La Fleur qui pousse à l'intérieur

"Après une enfance très pauvre dans un village suisse (...) Madeleine Lamouille se fait embaucher dans une maison bourgeoise pour nourrir sa famille. A une époque où le droit du travail commence doucement à bouger, les employées de maison sont clairement le dernier maillon de la chaîne et Madeleine ne tarde pas à se soulever contre l'ordre établi. Un portrait nettement moins reluisant que dans la série Downtown Abbey, mais plus lucide, qui plaira sans conteste aux amateurs de littérature anglaise et sociale." Chloé

Pipes de terre et pipes de porcelaine: Souvenirs d'une femme de chambre en Suisse romande, 1920-1940

Ce livre biographique met en lumière les conditions de travail des domestiques dans les années 1930, tout en racontant la vie aristocratique et bourgeoise du point de vue du personnel de maison. La description des « pipes de porcelaine », la classe dominante, et des « pipes de terre », la classe asservie, dresse un panorama de la société de l'époque.

Pipes de terre et pipes de porcelaine: Souvenirs d'une femme de chambre en Suisse romande, 1920-1940

Ce livre biographique met en lumière les conditions de travail des domestiques dans les années 1930, tout en racontant la vie aristocratique et bourgeoise du point de vue du personnel de maison. La description des « pipes de porcelaine », la classe dominante, et des « pipes de terre », la classe asservie, dresse un panorama de la société de l'époque.

Disponible en poche ici

extrait

Chez les B., on était sept employés : cinq femmes, et deux jardiniers.

L’un des jardiniers était là pour le courant, pour entretenir la campagne, les arbres, le jardin potager. L’autre était attaché au jardin botanique créé par les B., et dont s’occupaient des professeurs de l’université de Genève : chaque année, ils venaient le repourvoir, y mettre de nouvelles plantes, etc.

Les B. étaient riches : immensément riches.

A Valeyres, le travail était épouvantable. Il fallait se lever à 6 heures du matin, et il fallait tout faire à genoux. Il n’y avait pas d’aspirateurs à cette époque : c’était le jardinier qui tapait les tapis. On les tapait une fois par semaine.

A part ça, on les brossait, – à genoux. On faisait le tour des pièces à genoux, tant et si bien qu’une fois j’ai été chez le docteur – bien des années après. Il m’a dit :

— Mademoiselle, pourquoi avez-vous une pareille corne aux genoux  

— Eh bien, docteur, c’est parce que j’ai travaillé pendant cinq ans à genoux, pour faire le ménage. Il n’en revenait pas :

— Non, mais ce n’est pas vrai  

— Bien sûr, c’était comme ça. On faisait les parquets à genoux.

On balayait, puis on enlevait toute la poussière sur les soubassements ; Madame faisait le tour de la maison, pour voir si ses bonnes faisaient bien leur ménage comme il faut. Elle était gentille ; elle était pleine de sollicitude ; toujours très polie avec nous. Elle nous parlait toujours très aimablement, en nous regardant nous échiner.

 

On travaillait beaucoup. Il y avait souvent des grands dîners. On était très fatigué le soir. Point de repos : une après-midi de congé par semaine, si on peut appeler ça une après-midi – c’était quatre heures à peine. On n’avait pas la permission de sortir comme on voulait. On ne devait pas aller au village. On n’avait pas à porter notre courrier à la poste. On devait le donner à Monsieur. Il ne voulait pas qu’on cause avec les gens du village. Ni avec le fermier. En cinq ans que j’ai été là-bas, je ne sais pas si j’ai vu deux fois le fermier, qui pourtant habitait à côté du Manoir. On avait la permission d’aller à Orbe, pour acheter nos effets personnels. On y allait à pied, ou en autobus ; mais souvent à pied, ce n’était pas loin7.

 

On faisait tous les services, à tour de rôle. J’ai été la femme de chambre des garçons ; j’ai été la femme de chambre des demoiselles ; j’ai été la femme de chambre de Monsieur et Madame ; puis après j’ai fait le service de table.

Quand j’étais la femme de chambre des demoiselles, il fallait attendre que ces demoiselles veuillent bien se coucher. Elles veillaient jusqu’à 10 heures, 10 heures et demie, peut-être 11 heures.

Il fallait aller leur brosser les cheveux, leur mettre la pâte dentifrice sur la brosse à dents. On apportait de l’eau chaude dans des petits brocs, on la versait dans la cuvette.

Les demoiselles avaient à peu près mon âge. L’une avait vingt ans, l’autre dix-neuf.

Je leur brossais les cheveux. Je mettais l’eau dans le verre à dents, l’eau dans la cuvette, à la température adéquate. Puis elles se lavaient les mains ; elles ne faisaient pas une grande toilette le soir. Et il fallait prendre leur robe, la porter à la lingerie, pour qu’elle soit repassée, chaque jour. Si leur robe était tant soit peu défraîchie, elles en mettaient une autre. En général, elles portaient leurs robes deux jours, mais elles ne les remettaient pas sans qu’elles aient été repassées. On les repassait très tôt le matin.

  

Pour Madame, c’était le même service, mais il fallait en plus l’aider à enlever ses souliers.

Elle se mettait dans son fauteuil, on lui enlevait ses souliers.

On l’aidait à enlever sa robe.

L’eau était préparée comme pour les demoiselles. Mais on ne lui mettait pas le dentifrice sur la brosse : elle faisait ça elle-même.

Quand elle se lavait les mains, on devait se mettre à côté d’elle, tenir le linge de toilette, qu’elle n’ait pas besoin de le prendre elle-même. On le lui tendait, elle s’essuyait les mains, et on le remettait en place.

 

Puis elle nous disait très gentiment : Bonne nuit. Le cérémonial était terminé.